Inauguration du nouveau Planétarium - Collision entre science et émotions

Entre les deux théâtres où le public est invité à voyager à travers le cosmos, un espace (ci-dessus) est consacré à une exposition permanente portant sur la recherche de vie dans l’Univers.
Photo: François Pesant - Le Devoir Entre les deux théâtres où le public est invité à voyager à travers le cosmos, un espace (ci-dessus) est consacré à une exposition permanente portant sur la recherche de vie dans l’Univers.

La science, l’art et l’émotion entrent en collision dans l’espace hors temps créé au coeur du tout nouveau planétarium Rio Tinto Alcan, qui était inauguré jeudi et qui ouvre ses portes au grand public demain samedi. Les expériences que vivront les visiteurs dans ce nouveau planétarium suscitent non seulement l’éblouissement, mais donnent carrément le vertige.


Situé aux abords du Biodôme, le bâtiment lui-même, avec ses deux cônes géants gainés d’aluminium, ses espaces baignés de lumière et ses murs sertis de bois, vise à « se reconnecter sur la nature » et « permet, comme avec une oeuvre d’art, une rencontre fusionnelle qui fait naître l’émotion », souligne Charles-Mathieu Brunelle, directeur général d’Espace pour la vie.


Le premier pas vers l’exploration de l’Univers s’effectue au théâtre du Chaos, hyperdôme conçu pour accueillir la création multimédia des esthètes de l’image, Michel Lemieux et Victor Pilon. Surnommée Continuum, l’odyssée sensorielle emporte pendant 23 minutes le public dans un improbable voyage interstellaire, où l’oeil et l’ouïe sont sans cesse sollicités. Ce moment immersif débute au sol, les yeux levés vers un ciel étoilé, couché dans des sièges-sacs (bean bag) lancés au sol comme autant de pierres sur un lac. Enveloppé par les bruits de la forêt boréale, le dôme est rapidement envahi de nuées de lucioles, de chauve-souris, avant d’être plongé dans un violent orage. C’est à ce moment que s’effectue le décollage vers la voûte céleste, propulsant le spectateur dans une navette virtuelle à travers le cosmos, accompagné par la musique minimaliste de Philip Glass. Recomposées grâce à des superpositions d’images réelles captées depuis divers télescopes, dont le vétéran Hubble, les projections magnifient l’effet de mouvement, spectaculaire et renversant par moments, au propre comme au figuré.


Frôlant l’immense croûte terrestre, chutant vers le soleil en fusion, traversant nébuleuses et nuages interstellaires, le voyage vertigineux se poursuit aux confins de l’Univers, avec pour seul objet l’observation du ballet de la matière. À travers cette galerie titanesque où s’impriment les galaxies comme autant de tableaux abstraits, le vol se termine par une évocation poétique de la théorie des univers-bulles, ces espaces inconnus qui se déploieraient au-delà des limites de l’Univers connu. Et du retour à l’infiniment petit, là où bat la vie. « Nous nous sommes inspirés des souvenirs de notre enfance où l’on s’étendait dans les champs pour regarder les étoiles. C’est cette impression d’immensité et de contact avec la nature que nous avons voulu recréer », ont expliqué jeudi Victor Pilon et Michel Lemieux, concepteurs de Continuum.


Le théâtre de la Voie lactée


Les habitués de l’ancien planétarium Dow seront moins dépaysés dans le second théâtre de la Voie lactée, dont l’aménagement ressemble à s’y méprendre à celui de jadis, et qui nous met en présence d’un animateur en chair et en os qui commente les phénomènes célestes à l’ordre du jour. Au centre du théâtre trône là aussi un planétaire, sauf que celui-ci est le nec plus ultra des projecteurs optomécaniques. Conçu par la firme japonaise Konica Minolta, ce projecteur Infinium S reproduit le ciel étoilé vu depuis la Terre, mais avec une précision exceptionnelle, nettement supérieure à celle du précédent planétaire Zeiss datant de la fin des années 1960, puisqu’il projette sur le dôme les 336 332 étoiles de la Voie lactée, dont un très grand nombre ne sont pas visibles à l’oeil nu, mais qui pourront être observées par les visiteurs qui auront apporté leurs jumelles. Autre nouveauté : deux projecteurs vidéo conçus par la firme Sky-Skan qui fonctionnent en parfaite synchronicité avec le planétaire permettent de tracer des lignes entre les étoiles et ainsi de révéler les constellations. Ce système hybride permet aussi de quitter la Terre, nous donnant l’impression d’être à bord d’un vaisseau spatial qui navigue à travers l’espace. Toutes les images utilisées pour créer ces escapades virtuelles, qui sont néanmoins fidèles à la réalité, sont « de vraies images composées de photographies captées par les diverses sondes spatiales de la NASA ». « La position relative de chaque étoile et de chaque corps céleste que l’on frôle est exacte », précise Pierre Chastenay, astronome au Planétarium. « La nébuleuse d’Orion à travers laquelle nous naviguons est un modèle tridimensionnel que des chercheurs américains ont conçu à partir des mesures qu’ils ont faites de la distribution des gaz. »


Les spectacles présentés dans le théâtre de la Voie lactée seront continuellement renouvelés en fonction de l’actualité astronomique. Durant les 43 minutes que dure une représentation, on repérera les planètes qui sont visibles dans le ciel du mois avant de les approcher à bord d’un vaisseau spatial virtuel, assure M. Chastenay. « Cet été, lorsque le sagittaire sera visible au-dessus de l’horizon sud, on pourra se rendre au centre de la galaxie où se trouve un trou noir supermassif. Si ce soir, un astronome annonce qu’il vient de découvrir une nouvelle planète autour d’une étoile, le lendemain, on pourra l’ajouter dans notre base de données. »

 

Exposition permanente


Entre les deux théâtres, un espace est consacré à une exposition permanente portant sur la recherche de vie dans l’Univers, une discipline en pleine effervescence. Par le biais de bornes interactives, de projections et de jeux, les visiteurs découvrent notamment comment la vie est apparue et a évolué sur Terre. Une portion de l’exposition met en valeur la plus grande collection publique de météorites au Québec.


L’Espace pour la vie table sur l’immersion et la qualité de l’expérience émotionnelle, inspirées des « Inclusive Museum », pour permettre au public de saisir d’une tout autre manière la place de l’humain dans l’Univers. Cette prise de conscience doit dépasser la seule transmission de connaissances, estime Charles-Mathieu Brunelle.

5 commentaires
  • Catherine Cecile DUBUC - Inscrite 5 avril 2013 10 h 36

    Et pourquoi pas Notre «musique des sphères» ?

    Bravo! Il semble que ça soit une vraie merveille! au vrai sens du terme. C'est là pour longtemps, heureusement pour moi; à un moment donné, je pourrai y aller moi même.
    Et vous dites qu'on y fait entendre la musique de Philip Glass : c'est très bien et approprié
    Ce qui eut été plus parfait encore, c'est la commande une fois par cinq ans d'une pièce à l'un de nos nombreux compositeurs/trices ! Composer pour l'espace, les galaxies : Wow la commande !
    Allez : préparez ça, il est toujours temps de mieux faire encore.
    Et merci pour cette super mise à jour! Faisons de Montréal la capitale du deuxième souffle de l'Homo sapiens sapeins sur la Planète Bleue!
    CCD muséologue retraitée

    • François Robitaille - Inscrit 5 avril 2013 12 h 00

      Je ne pense pas que ce serait "plus parfait" si la musique était québécoise.

      Je préfère le meilleur compositeur, pas le meilleur québécois.

      Pour viser l'excellence, il faut mettre tout le monde en compétition.

      Si le meilleur est québécois, merveilleux.

      En passant, des compositeurs de ce genre de musique, vivant, ça ne pleut pas ici au Québec.

      J'ai très hâte d'aller visiter ça.

  • Catherine Cecile DUBUC - Inscrite 5 avril 2013 12 h 40

    mini ajustement

    Monsieur Robitaille
    L'excellence ne connaît pas de frontière, c'est vrai. Mon point de vue -pas évident ds mon propos, c'est qu'un édifice public a avantage à faire connaître la culture locale. En France, on fait ça depuis François 1'. Avec succès, je crois.
    Quant au nombre de compositeurs, à force de les ignorer, ça a cela pour effet : vous êtes du nombre de qui les croit rares ! J'ai découvert qu'ils seraient plus de 200 inscrits à la Guilde : ça donne le choix!
    Ceci dit, aujourd'hui est jour de fête plus que de querelles : ce nouveau diffuseur de connaissances est à célébrer et visiter!
    Bonne visite!

    • François Robitaille - Inscrit 5 avril 2013 16 h 07

      Je suis de ceux qui pensent qu'on ne peut ignorer un talent, si il faut les trouver c'est qu'ils ne sont pas "remarquables".

      Mais votre point de vu concernant la culture locale, c'est bien, mais il me semble qu'il y a plein d'autres trucs ou l'on pourrait le faire, ou que l'on fait déjà.

      En terminant, mon objectif n'est pas la querelle, bien sur, mais j'aime bien brasser des idées, des concepts préconcu...pour se mettre en mode "Think outside of the box"...

      Nous voulons être les meilleurs, prouvons-le et devenons-le! Ne faisons pas semblant!

  • Joanne Germain - Abonnée 5 avril 2013 16 h 01

    Pour la reconnaissance des compositeurs d'ici

    Le problème est sans fin ! Autant on ne peut en vouloir de profiter de la musique des autres (celle de Philip Glass est tout de même caractéristique et a son effet), autant le refus de reconnaître et de soutenir les compositeurs d'ici est consternant et aberrant. Cette attitude ne se voit nul par ailleurs ! Par exemple, la politique d'intégration d'œuvres d'arts publiques ne s'adresse qu'aux créateurs d'ici.

    Étant moi-même compositeur (en résidence à l'Orchestre Métropolitain : vous viendrez écouter mes créations aux concerts d'avril et de décembre à venir), je suis sans cesse confronté à ce manque de vision émanant de nos institutions et à ce manque de reconnaissance - ou d'intérêt - venant des médias et du public.

    C'est incroyable de voir la quantité ET la qualité des créateurs d'ici, toutes disciplines confondues. Mais, si on célèbre des écrivains, des poètes, des metteurs en scène, des acteurs, des chanteurs, des peintres et tutti quanti, AUCUN compositeur d'ici ne trouve place sur l'espace public. Et il faut attendre d'être mort pour qu'on s'intéresse à nous (l'exemple de Claude Vivier et d'André Mathieu est éloquent). Et encore, il y a tant de nos compositeurs décédés qui sont tout aussi ignorés que les vivants. Tout un patrimoine occulté sans raisons...

    Alors tant mieux pour Philip Glass (d'ailleurs, est-ce une œuvre originale commandée par le Planétarium ou est-ce une bande-son reprenant du matériel préexistant?), mais tant pis pour notre culture.

    À force de ne faire entendre que la musique des autres, on en vient à renier la notre. Une société qui renie à se point ses créateurs est sur le chemin de l'assimilation, puisque ce n'est que la culture de l'autre qui trouve grâce à ses yeux.

    Ceci dit, j'ai extrêmement hâte de visiter ce nouveau Planétarium, et j'espère bien qu'un jour, ce sera la musique de mes collègues créateurs qui me permettra de vivre l'émotion proposé par cette institution.

    Éric Champagne, compositeur