Fonds de recherche - Un réinvestissement bienvenu, mais réparti inéquitablement

Les chercheurs se réjouissent des 26,5 millions de dollars que le gouvernement Marois accordera en recherche afin d’atténuer les coupes qu’il avait annoncées en décembre dernier. Mais la répartition des 16 millions destinés au Fonds de recherche du Québec (FRQ) entre les trois secteurs de recherche suscite des critiques.


Cette répartition favorise nettement le FRQ en santé, qui recevra 8 des 16 millions et récupérera ainsi l’essentiel des 10 millions dont on devait le priver. Le FRQ Nature et technologies (NT) recevra pour sa part 7 millions, ce qui ne représente que la moitié des compressions (14,8 millions) qu’on devait imposer à ce vaste champ de recherche. Le FRQ Société et culture (SC) souffrira lui aussi particulièrement puisqu’il ne récupérera qu’un seul million des 6,2 qu’on devait lui enlever.


Bernard Gendron, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport (CIRRELT), affirme que les chercheurs du FRQNT ont l’impression « d’avoir évité le pire », mais ils auraient aimé que la répartition les soulage un peu plus. « En santé, on peut dire qu’il n’y a pratiquement plus de coupes, car les 2 millions de compressions qu’ils subiront représentent 2,5 % de leur budget annuel de 80 millions. Par contre, le FRQNT doit toujours faire face à des coupes de 15,6 % de son budget annuel de 50,1 millions, et le FRQSC a un manque à gagner de 10,6 % d’un budget annuel de 49,1 millions », précise-t-il avant de souligner que les chercheurs en santé ont mené « une campagne percutante qui a beaucoup joué » dans les dernières annonces du gouvernement.


« À travers la campagne que nous avons menée [de notre côté] pour alerter les politiciens, les médias et le grand public, on s’est aperçu que la recherche en sciences et génie n’est pas très connue. Nous devons mieux faire connaître la recherche que nous effectuons, comment nous la faisons et quelles en sont les retombées pour la société et l’économie », a-t-il ajouté.

 

Un autre coup de pouce


Au dire de Louis Bernatchez, de l’Université Laval, lauréat du prix Marie-Victorin 2012, les chercheurs soutenus par le FRQNT « sont satisfaits d’avoir été entendus, écoutés et qu’il y ait eu une prise de conscience que les coupes étaient excessives ». Mais compte tenu du fait que le FRQNT demeure le plus défavorisé des trois fonds, ils espèrent que le gouvernement leur donnera un autre coup de pouce.


L’Association francophone pour le savoir (Acfas) « accueille positivement le réinvestissement », mais aurait souhaité que les 16 millions prévus pour les trois fonds « soient répartis à la mesure des coupes respectivement annoncées dans chacun des secteurs de recherche ». « L’Acfas a toujours défendu le principe de l’unité de la connaissance, soit l’idée que toutes les disciplines doivent trouver un soutien significatif parce qu’on ne sait jamais d’où peuvent venir les solutions. […] On comprend que c’est plus facile de justifier d’investir en santé que dans d’autres secteurs, mais c’est justement contre ça qu’il faut lutter », affirme Pierre Noreau, président sortant de l’Acfas.


Pour le professeur de l’UQAM Claude Hillaire-Marcel, lauréat du prix Marie-Victorin 2002 et fondateur du Centre de recherche en géochimie et géodynamique (Geotop), « le montant consenti par le ministre Duchesne ressemble plus à un marchandage de souk oriental qu’à une mesure raisonnée ». « Le FRQNT reste sous-financé comparativement aux autres fonds. Si M. Quirion [le scientifique en chef] allouait la totalité des 15 millions à ce seul fonds, ce qui est improbable, il serait encore sous-financé. Bref, une demi-mesure et des coupes effectives qui auront un impact immédiat sur les réseaux de recherche du Québec bien au-delà de ce que M. Duchesne ou Mme Marois semblent croire », a-t-il commenté par courriel depuis l’Inde.

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