La technologie au service des dictateurs?

Torture, géopolitique et technologie. L’arrestation et la torture d’opposants au régime Khadafi, avant la chute du dictateur libyen, auraient été facilitées par un outil de surveillance électronique vendu à la Libye par une entreprise française. C’est en tout cas ce qu’indiquent des procédures judiciaires amorcées en France contre Amesys, spécialiste de l’architecture de systèmes de télécommunication sécuritaires et critiques, pour «complicité de torture».

La semaine dernière, la Cour d’appel de Paris a ordonné la poursuite d’une enquête après le dépôt d’une plainte contre la compagnie par deux organismes de défense des droits de la personne : la Fédération internationale des droits de l’homme et la Ligue des droits de l’homme. Cinq blogueurs libyens, une femme et quatre hommes de Tripoli, de Benghazi et de Misrata, se sont également constitués parties civiles au début de l’année contre Amesys, accusant l’entreprise d’avoir vendu un système de surveillance de la Toile qui aurait permis leur arrestation et leur torture par le régime de Khadafi, prétendent-ils.


En 2007, la compagnie française a fourni au dictateur et à sa branche policière le système Eagle. Comme indiqué dans un document interne rendu public il y a quelques semaines par WikiLeaks, Eagle a été conçu pour les agences de surveillance, de répression et d’espionnage afin de « réduire les niveaux de crimes, se protéger contre les menaces terroristes et identifier les nouvelles menaces à la sécurité d’un pays ». Ce système permet, entre autres, une interception massive des communications dans les univers numériques, tout comme l’analyse fine des lieux d’émission et de production de ces messages.


Pour l’avocat de la Ligue des droits de l’homme, Michel Tubiana, l’enquête est nécessaire pour «déterminer si Amesys, en donnant au régime de Mouammar Khadafi les moyens technologiques d’identifier toute voix dissidente, s’est rendue complice de la répression exercée à l’encontre de la population par ce régime meurtrier», a-t-il indiqué à l’Agence France-Presse. Depuis deux ans et le dépôt d’une première plainte contre elle, Amesys se défend «très fermement» de «complicité de torture». Elle ne nie pas par contre avoir vendu son système Eagle à la Libye de Khadafi, dont le régime est tombé en août 2011, faisant du coup apparaître cette potentielle assistance française à la surveillance numérique.


Succursale montréalaise


La compagnie française Amesys a ouvert une succursale à Montréal avec l’appui de Montréal International. C’était en 2008. Joint par téléphone par Le Devoir, le responsable de ce bureau dit toutefois ne pas être concerné par ces révélations. «Nous ne sommes pas touchés par cette enquête, a indiqué mardi William Mallol, vice-président d’Amesys Canada. Notre bureau de Montréal développe des systèmes de communication dits embarqués pour le monde ferroviaire et aéronautique, pas des systèmes pour la sécurité et la défense», comme celui visé par l’enquête. Il estime par ailleurs que l’image de la division montréalaise de la compagnie, tout comme celle des succursales asiatiques qui officient dans le domaine du transport et non de la sécurité, ne devrait pas être ternie par cette «affaire très franco-française», a-t-il indiqué.

3 commentaires
  • Marc Collin - Inscrit 23 janvier 2013 08 h 23

    rien de bien nouveau...

    qui pensez-vous qui vent au chinois?
    microsoft, cisco...

  • Nicolas Blackburn - Inscrit 23 janvier 2013 09 h 58

    Rêver en couleur, vivre en noir et rouge

    Amesys n'est pas responsable de la mauvaise utilisation qui est faite de son système informatique qui à la base a été conçu pour la sécurité et non la torture. On peut par contre s'interroger sur la moralité de la vente d'un tel système à un régime dictatorial reconnu pour être violent et répressif et bafouant les droits et libertés fondamentaux. «Complicité de torture» ? Non. Acte immoral répréhensible ? Selon moi, oui.

    Maintenant qu'en est-il pour tous les fabriquants et vendeurs d'armes de ce monde ? Complicité de génocide ? Complicité de destruction et d'homicide de masse ? Il est difficile de se prononcer sans faire de procès d'intentions. Mais il reste que la vente d'armes est complètement immorale sur plusieurs points et contribue à bafouer les droits fondamentaux dans bien des cas, si ce n'est la majorité du temps. Tout cela pour une poignée ... de milliard de dollars.

    Dans mon petit monde utopique, mon plus cher souhait serait que la vente d'armes soit complètement interdite légalement dans toutes les sphères de l'action humaine. Mais je rêve en couleur. Pendant ce temps des gens meurent en noir et rouge sang.

  • Jean Pierre Daviau - Inscrit 24 janvier 2013 09 h 32

    L'Oeuf ou la Poule

    Quand donc cessera-t-on d'utiliser la matière comme bouc émissaire?