Cartagène commence à porter ses fruits

Le projet Cartagène, qui a permis de constituer une biobanque composée d’échantillons sanguins et d’informations détaillées sur la santé et les habitudes de vie des Québécois, commence à porter ses fruits. Cette dernière a permis de constater qu’une importante proportion de la population québécoise souffre d’hypertension, d’hypercholestérolémie ou d’insuffisance rénale chronique légère sans le savoir. Fort de ce succès, l’équipe de Cartagène amorcera dans les prochains jours le recrutement de 17 000 participants supplémentaires.

La première phase de recrutement, qui avait commencé en 2009, avait permis de récolter les données de 20 000 Québécois choisis au hasard au sein de la population. Ces données ont été anonymisées, cataloguées et entreposées à la Biobanque Génome Québec de Chicoutimi. L’équipe de Cartagène se lance maintenant à la recherche de 17 000 nouveaux candidats : hommes et femmes âgés de 40 à 69 ans habitant à Gatineau, Montréal, Québec, Saguenay, Sherbrooke ou Trois-Rivières.


« Même si un plus grand nombre de Québécois qu’il y a 10 ou 12 ans sont traités pour des problèmes de santé qu’ils ignoraient, comme l’hypertension, Cartagène nous a permis de constater qu’encore aujourd’hui une grande proportion de la population québécoise présente à son insu une tension artérielle ou un taux de cholestérol élevés qui devraient faire l’objet d’un traitement », affirme Philip Awadalla, directeur scientifique de Cartagène.


Pour sa part, l’équipe du néphrologue François Madore, directeur du Centre de recherche de l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, a pu obtenir de la biobanque un très petit échantillon de sang de chacun des 20 000 sujets de Cartagène dans le but d’évaluer la fonction rénale des individus, soit la capacité de leurs reins à éliminer les déchets, explique le Dr Madore, dont l’équipe a observé qu’entre 5 et 7 % - selon la formule qu’ils utilisaient pour estimer la fonction rénale - des sujets, ou en quelque sorte de la population québécoise, souffraient d’insuffisance rénale chronique. Et plus de 90 % de ces personnes ignoraient leur état.

 

Insuffisance rénale


Le Dr Madore explique ce phénomène par le fait que « l’insuffisance rénale légère est très peu symptomatique. Les symptômes apparaissent uniquement lorsque l’insuffisance rénale est modérée, voire sévère. Seules des analyses de laboratoire permettent de la détecter. Or, si une personne souffre également d’hypertension, de diabète ou de pierre au rein, sa fonction rénale risque de se détériorer beaucoup plus rapidement. Si l’on dépiste une insuffisance rénale chez une personne, on pourra lui faire diverses recommandations afin de ralentir à tout le moins la détérioration de sa fonction rénale », indique le chercheur.


Philip Awadalla souligne que « Cartagène est une telle réussite qu’il est devenu un modèle à travers le monde », et que les chercheurs québécois s’y sont grandement intéressés dans le cadre de recherches sur les maladies infectieuses, le diabète de type 2, l’arthrite rhumatoïde, les maladies rénales.

 

Le projet Cartagène, qui a permis de constituer une biobanque composée d’échantillons sanguins et d’informations détaillées sur la santé et les habitudes de vie des Québécois, commence à porter ses fruits. Cette dernière a notamment permis de constater qu’une importante proportion de la population québécoise souffre d’hypertension, d’hypercholestérolémie ou d’insuffisance rénale chronique légère sans le savoir. Fort de ce succès, l’équipe de Cartagène commencera dans les prochains jours le recrutement de 17 000 participants supplémentaires.


La première phase de recrutement, qui avait commencé en 2009, avait permis de récolter les données de 20 000 Québécois choisis au hasard au sein de la population. Ces données ont été anonymisées, cataloguées et entreposées à la Biobanque Génome Québec de Chicoutimi. L’équipe de Cartagène se lance maintenant à la recherche de 17 000 nouveaux candidats afin d’accroître la représentativité de la population québécoise. Ce nouveau recrutement s’effectuera de la même façon : la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) sollicitera par lettre la participation d’hommes et de femmes âgés de 40 à 69 ans et habitant à Gatineau, Montréal, Québec, Saguenay, Sherbrooke ou Trois-Rivières. Lors de la première phase de Cartagène, cette missive n’a permis d’établir un contact qu’avec 50 % des destinataires. Et parmi ceux-ci, de 25 à 50 % ont accepté de participer au projet, précise Philip Awadalla, directeur scientifique de Cartagène. « Il s’agit d’une très forte participation si on compare à celle qui a conduit à la constitution de la UK Biobank au Royaume-Uni et des autres biobanques canadiennes qui n’ont pu compter que sur la participation de 5 % des personnes sollicitées. À Montréal, la participation s’élevait à environ 25 %. Mais plus on s’éloignait de Montréal vers l’est du Québec, soit à Québec, Sherbrooke et Saguenay, plus elle grimpait, atteignant 50 % à Saguenay. » Pour ces diverses raisons, l’équipe de Cartagène prévoit devoir écrire à 300 000 personnes.


M. Awadalla souligne que cette seconde phase de recrutement au Québec « permettra de se joindre à un projet canadien de plus grande envergure, dénommé Projet de partenariat canadien Espoir pour demain, dont l’objectif est de recruter 300 000 candidats à travers le Canada ». « Ces 17 000 nouveaux candidats permettront aussi de revitaliser et de rajeunir la cohorte qui a été constituée en 2010 et ils permettront d’étendre notre recrutement à deux nouvelles régions, soit Trois-Rivières et Gatineau », ajoute le chercheur.


Découvertes grâce à Cartagène


« Même si un plus grand nombre de Québécois qu’il y a 10 ou 12 ans sont traités aujourd’hui pour des problèmes de santé qu’ils ignoraient, comme l’hypertension, Cartagène nous a permis de constater qu’encore aujourd’hui une grande proportion de la population québécoise présente à son insu une tension artérielle ou un taux de cholestérol élevés qui devraient faire l’objet d’un traitement », affirme Philip Awadalla.


Pour sa part, l’équipe du néphrologue François Madore, directeur du Centre de recherche de l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, a pu obtenir de la biobanque un très petit échantillon de sang de chacun des 20 000 sujets de la première phase de Cartagène dans le but d’y mesurer la concentration de créatinine, un composé toxique produit essentiellement par nos muscles, que les reins éliminent normalement. « Mais si les reins fonctionnent moins bien, la créatinine va augmenter dans le sang, car ces derniers n’arrivent plus à l’éliminer. Le niveau sanguin de créatinine permet donc d’évaluer la fonction rénale des individus, soit la capacité de leurs reins à éliminer les déchets », explique le Dr Madore, dont l’équipe a observé qu’« entre 5 et 7 % - selon la formule qu’ils utilisaient pour estimer la fonction rénale - des sujets, soit ni plus ni moins de la population québécoise, souffraient d’insuffisance rénale chronique, et plus de 90 % d’entre eux l’ignoraient ». Pour le Dr Madore, le résultat le plus marquant est « cette méconnaissance de la maladie rénale au sein de la population, et particulièrement chez ceux qui souffrent d’insuffisance rénale », mais il explique ce phénomène par le fait que « l’insuffisance rénale légère est très peu symptomatique. Les symptômes apparaissent uniquement lorsque l’insuffisance rénale est modérée, voire sévère. Les symptômes, tels qu’une faiblesse, un manque d’énergie, une perte d’appétit et de poids, voire des nausées, surviennent seulement quand l’insuffisance rénale est assez avancée ». Si les personnes atteintes d’insuffisance rénale légère ne vont pas chez le médecin et qu’elles ne subissent pas d’analyses permettant de la détecter, elles ignoreront la présence de la maladie.


« Si, en plus, la personne souffre d’hypertension, de diabète ou de pierre au rein, sa fonction rénale pourra se détériorer beaucoup plus rapidement. C’est pour cela que, dans plusieurs pays, il existe des programmes de détection précoce de l’insuffisance rénale, car en sachant qu’une personne est atteinte d’insuffisance rénale, on peut lui faire certaines recommandations, comme d’éviter de consommer certains médicaments, de faire attention à son alimentation, de bien contrôler sa tension artérielle et son taux de sucre si elle souffre d’hypertension ou de diabète, afin de ralentir à tout le moins la détérioration de sa fonction rénale », explique-t-il.


Dans le laboratoire de Philip Awadalla au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, Youssef Idaghdour, a découvert un groupe de gènes qui est associé à la rigidité artérielle, qui précède l’hypertension artérielle. « Ces gènes nous permettront peut-être de développer des biomarqueurs de la maladie, que l’on mesurerait par de simples tests sanguins et qui indiqueraient une tendance avant que la maladie s’installe », explique le chercheur.


« Le grand intérêt de Cartagène est qu’il permet de mieux comprendre l’étiologie des maladies en mettant en évidence les interactions entre la géographie [le lieu de résidence], l’environnement et la génétique particulière d’un individu qui concourent à l’apparition de ces maladies », fait valoir M. Awadalla avant de souligner que Cartagène est une biobanque accessible à tous les chercheurs du monde. « Déjà, les chercheurs québécois s’y sont grandement intéressés dans le cadre de recherches sur les maladies infectieuses, le diabète de type 2, l’arthrite rhumatoïde, les maladies rénales. Une quinzaine de projets de recherche faisant appel aux données de Cartagène sont en cours », indique-t-il.


« Cartagène est une telle réussite qu’il est devenu un modèle à travers le monde », lance avec fierté Philip Awadalla, qui a été contacté par les National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis, le Welcome Trust au Royaume-Uni et des pays africains qui désirent développer des projets similaires.