Une thérapie génique pour rafistoler le coeur

Des avancées majeures ont été faites ces dernières années en génétique.
Photo: Agence France-Presse (photo) Kenzo Tribouillard Des avancées majeures ont été faites ces dernières années en génétique.

L’injection d’un cocktail de gènes dans la cicatrice engendrée au sein du muscle cardiaque par un infarctus du myocarde a permis de transformer les cellules cicatricielles en de nouvelles cellules musculaires cardiaques fonctionnelles. Très prometteuse, cette expérience menée chez des rats devra toutefois faire ses preuves sur des coeurs de plus grande taille.

Lors d’une crise cardiaque, une portion du muscle cardiaque voit son apport sanguin subitement interrompu. Les cellules cardiaques ainsi asphyxiées meurent et cèdent la place à une cicatrice qui affaiblit grandement le coeur. Des chercheurs du Weill Cornell Medical College, du Baylor College of Medicine et du Stony Brook University Medical Center aux États-Unis ont donc tenté de convertir cette cicatrice en muscle cardiaque afin de redonner au coeur la force qu’il avait perdue. Pour ce faire, ils ont procédé à une chirurgie qui a consisté à transférer dans le coeur malade de certains animaux trois vecteurs auxquels était attachée l’une des trois formes du gène codant pour le facteur de croissance vasculaire endothélial (VEGF), qui stimule la croissance des vaisseaux sanguins. Chez d’autres animaux, les vecteurs introduits dans la cicatrice cardiaque ne transportaient qu’une substance inactive, servant de comparatif. Trois semaines plus tard, certains rats ont reçu un mélange contenant les gènes Gata4, Mef 2c et Tbx5 (GMT) codant pour des facteurs de transcription, lesquels se lient à une séquence d’ADN et induisent la transcription de cette information génétique en protéines. Introduits dans le tissu cardiaque, ces trois gènes ont permis de reprogrammer les cellules cicatricielles en cardiomyocytes (cellules musculaires du coeur). Afin de faire ressortir l’effet de ces trois gènes, d’autres animaux se sont vu administrer un composé inerte.


Dans un article publié dans le Journal of the American Heart Association, les chercheurs indiquent que la quantité de tissu cicatriciel avait fondu de moitié dans le coeur des animaux ayant reçu les gènes GMT. Ce dernier comportait aussi un plus grand nombre de cardiomyocytes et pompait plus de sang que le coeur des animaux n’ayant été traités qu’avec une substance inerte. Le coeur des animaux dans lequel on avait introduit à la fois les gènes GMT et VEGF éjectait quatre fois plus de sang du ventricule que celui des animaux auxquels on avait transféré uniquement les gènes GMT. Les chercheurs expliquent que les gènes VEGF favorisaient la formation de vaisseaux sanguins qui permettaient d’irriguer les nouvelles cellules musculaires apparues grâce aux gènes GMT.


Les auteurs de cette expérimentation prometteuse font également remarquer que cette thérapie génique permet d’éviter les risques de tumeur associés à l’utilisation de cellules souches pluripotentes.

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