Technologie - Les mutations de 2012 dans le rétroviseur

En mai dernier, Google a obtenu des autorités du Nevada une plaque d’immatriculation pour sa Toyota Prius, qui peut donc officiellement circuler sur les routes de l’État sans chauffeur.
Photo: Agence France-Presse (photo) New Mexico Department of Motor Vehicles En mai dernier, Google a obtenu des autorités du Nevada une plaque d’immatriculation pour sa Toyota Prius, qui peut donc officiellement circuler sur les routes de l’État sans chauffeur.

Voilà, c’est fini… Ou sur le point de l’être. L’inéluctable fuite du temps fait que l’année 2012, comme les précédentes, arrive aujourd’hui au bout de sa vie utile après avoir livré ses innovations, ses mutations sociales induites par la technologie et, bien sûr, ses surprises. Et, du coup, avant de négocier le premier virage de l’année 2013, un petit regard dans le rétroviseur s’impose. Pour se souvenir…

Google fait rouler sa voiture sans chauffeur sur les routes


Tout va tellement vite que désormais, même la science-fiction est chose du passé. En mai dernier, sans tambour ni trompette, la multinationale Google obtient des autorités du Nevada une plaque d’immatriculation pour sa Toyota Prius qui peut alors, officiellement, circuler sur les routes de l’État. Révolution, vraiment ? Un peu : cette voiture a effectivement tout pour trancher au milieu des autres : elle n’a plus besoin d’une composante essentielle de toute voiture, le chauffeur.


Toujours en phase expérimentale, la voiture Google - c’est son nom - se déplace de manière autonome grâce à la concordance d’un radar, d’un système de géolocalisation par satellite et du système de cartographie numérique conçu par la multinationale américaine. En gros. À ce jour, les huit véhicules qui donnent corps et mouvement à cette expérience in vivo ont parcouru 483 000 kilomètres sur les routes du Nevada, mais également sur celles de la Californie et de la Floride, sans aucun accident, ou presque. Un des véhicules a eu en effet un petit accrochage récemment en Californie. Fait amusant : il était toutefois conduit par un humain, entre deux zones de tests.


Tout en espérant poser les bases d’une transformation en profondeur du monde du transport, les voitures sans chauffeur, capables entre autres d’optimiser les temps de déplacement, pourraient devenir commercialisables d’ici cinq ans, a estimé cette année l’un des fondateurs de Google Sergey Brin, nous servant cette image : « Il va nous falloir encore plusieurs années de test » avant de démocratiser l’usage de cette voiture. Nombre d’années que « je peux compter sur les doigts d’une main », a-t-il ajouté.


La réalité augmentée dans ses lunettes


Encore eux. Encore plus loin. Le 5 avril dernier, le même Sergey Brin se présente à un dîner-bénéfice pour la Foundation Fighting Blindness à San Francisco avec, sur le nez, une drôle de paire de lunettes que tout le monde finit par remarquer : les Google Glass, dont le prototype sort pour la première fois des laboratoires de la multinationale. Classes, avec leurs lignes épurées et contemporaines, ces lunettes ont de quoi impressionner. Elles proposent de faire entrer en effet la réalité augmentée dans la vie des gens, soit la possibilité de voir, avec cet objet, des éléments virtuellement superposés au réel : un menu déroulant en suspension sous nos yeux, l’hologramme d’un interlocuteur à l’autre bout du monde, des balises pour connaître le chemin à suivre afin d’arriver à temps à la porte d’embarquement dans un aéroport. Entre autres choses. Le projet Glass qui prend forme depuis deux ans chez le géant du tout numérique expose depuis le printemps dernier, dans une vidéo virale, les grandes lignes de ses possibles, qui se résumeraient ainsi : être ici et ailleurs en même temps, hyperconnecté, en contact avec la connaissance en tout temps peu importe l’endroit où l’on est. Bref, la même folie d’ubiquité, d’instantanéité, d’omniscience portée par le téléphone dit intelligent, avec des lunettes pour mieux la voir.




Le vrai visage de Facebook


L’un ne pouvait pas aller sans l’autre. En faisant son entrée officiellement en bourse - sur le NASDAQ, pour être précis -, le 18 mai dernier, le réseau social Facebook a finalement dû montrer son véritable visage en 2012, soit celui d’une multinationale qui désormais a l’obligation, face à ses actionnaires, de transformer en argent sonnant les quantités astronomiques d’informations personnelles qui transitent sur ses serveurs. La matérialisation du projet a pris plusieurs formes : apparition de bannières publicitaires plus visibles et intrusives, développement des « contenus sponsorisés » par la transformation des « j’aime » en publicité, achat d’Instagram pour 715 millions de dollars afin de tirer profit du phénomène en ascension du partage de contenus photographiques améliorés par des effets de filtres, création en Angleterre d’un service de paris en ligne, introduction de la publicité en format vidéo… Et la liste n’est pas exhaustive.


De manière conséquente, Facebook a poursuivi également le lissage de son espace de socialisation pour ne pas laisser des contenus prêtant flanc à la critique, au litige ou aux questionnements moraux nuire à ses projets de commercialisation. Cela a donné des épisodes cocasses, comme celui de cette caricature du New Yorker montrant Adam et Ève censurée par l’entreprise en raison de la présence de deux seins nus dans une case. De la sexualité explicite selon Facebook. Au printemps, une photo montrant une femme nue de dos qui accompagnait un dossier du Devoir et de l’ONF sur le féminisme et présentée sur la page Facebook du quotidien de la rue de Bleury a connu d’ailleurs le même sort. Triste.


Intrusif et pudibond, l’un comme l’autre donne toutefois pour le moment des résultats plutôt mitigés : introduite en bourse à 38 $, l’action de Facebook a fondu depuis à 27 $ après avoir planté en dessous de 18 $ en septembre. Dans son dernier rapport trimestriel, la compagnie annonce un chiffre d’affaires de 1,16 milliard de dollars, en hausse de 36 % par rapport à l’an dernier. Les profits ne sont toutefois pas là : elle déclare des pertes de 59 millions de dollars.


Une chanson pop pour un phénomène Web


L’écouter, c’est être hanté. En 2012, la chanson banalement pop intitulée Call Me Maybe - appelle-moi peut-être - a alimenté un incroyable phénomène culturel numérique, celui du mimétisme numérique et de ses interminables déclinaisons. C’est un peu la faute à Justin Bieber, l’idole des midinettes, qui a, au début de l’année, attiré l’attention de ses fans sur cette création de la Canadienne Carly Jae Jepsen - les inconditionnels de l’émission Canadian Idol reconnaissent sans doute ce nom. La suite n’était pas prévisible, quoique : en quelques semaines, la chanson se répand de manière virale sur la Toile, mais se met aussi à attiser la création des internautes qui décident d’en modifier la forme, le fond et les intentions, tout en restant proches de l’original. En français, on appelle ça des « mèmes », croisement entre gène et mimesis, qui veut dire imitation en grec.


Au moment de fermer l’année, ce Call Me Maybe existe donc sur un YouTube près de chez vous, dans une multitude de versions dont une qui passe par les discours de Barack Obama, les dialogues de la double trilogie Star Wars ou qui met en vedette Colin Powell. Des militaires américains en Afghanistan reprenant une chorégraphie réalisée par des meneuses de claques sur cette chanson, des chats, Batman ainsi qu’une expérience menée sur le site Chatroulette - site de socialisation par le hasard - nourrissent également ce fragment de la culture numérique qui gagne bien sûr à rester d’où il vient, c’est-à-dire en 2012.