Vers l’infini… et plus loin encore

Les dernières observations du téléscope spatial Hubble atteignent les limites de ses capacités. Il faudra attendre le lancement du télescope James Webb en 2018 avant d’obtenir un portrait plus net des débuts de l’Univers.
Photo: Agence spatiale européenne Les dernières observations du téléscope spatial Hubble atteignent les limites de ses capacités. Il faudra attendre le lancement du télescope James Webb en 2018 avant d’obtenir un portrait plus net des débuts de l’Univers.

Le télescope spatial Hubble a permis aux astronomes de découvrir aux confins de l’Univers sept nouvelles galaxies datant d’une époque de l’histoire cosmique jamais encore observée. L’une d’elles serait la galaxie la plus lointaine dépistée à ce jour. Ces observations extraordinaires de galaxies qui se sont formées il y a plus de 13 milliards d’années, soit quelques centaines de millions d’années après le Big Bang, devraient nous aider à mieux comprendre comment l’Univers s’est constitué dans ses premiers moments.

Selon les astronomes Richard Ellis, du California Institute of Technology, et Ross McLure, de l’Université d’Édimbourg au Royaume-Uni, dont les équipes ont effectué ces observations uniques, ce recensement de galaxies présentes à une époque aussi reculée montre que le nombre de galaxies s’est accru régulièrement avec le temps, et que les premières galaxies ne se sont pas formées lors d’une soudaine explosion, mais qu’elles ont graduellement assemblé leurs étoiles au cours du temps.


La distance à laquelle se situent ces galaxies a été estimée par une mesure du « décalage vers le rouge » [redshift]. « Les étoiles de ces galaxies très éloignées ont émis une lumière dans l’ultraviolet. Mais nous percevons cette lumière dans l’infrarouge, car en raison de l’expansion de l’Univers, ces galaxies s’éloignent de nous à grande vitesse. Or, la vitesse à laquelle elles s’éloignent de nous étire la longueur d’onde de la lumière qu’elles ont émise. Ainsi, plus le décalage vers le rouge mesuré est élevé, plus l’objet s’éloigne rapidement de nous, et donc, plus il est éloigné de nous », explique Robert Lamontagne, professeur d’astronomie à l’Université de Montréal.

 

Des galaxies matures


Les chercheurs ont ainsi pu préciser que la galaxie UDFj-39546284, qui était considérée comme la galaxie la plus distante connue à ce jour, est en fait située à une distance encore plus grande que l’on pensait. Alors que les astronomes qui l’avaient repérée en 2011 estimaient qu’elle s’était formée environ 480 millions d’années après le Big Bang, les nouvelles observations suggèrent qu’elle était déjà constituée 380 millions d’années après le Big Bang, lequel serait survenu il y a 13,7 milliards d’années.


« Quand nous regardons les propriétés des six nouvelles galaxies qui présentent un décalage vers le rouge compris entre 8 à 9, elles semblent déjà relativement matures », a commenté à la BBC James Dunlop, professeur à l’Institut d’Astronomie d’Édimbourg. « Elles possèdent déjà une assez bonne quantité d’éléments lourds provenant de générations précédentes d’étoiles. Vraisemblablement, nous ne voyons toujours pas la toute première génération d’étoiles, mais plutôt des objets relativement évolués de seconde génération. »


Selon Robert Lamontagne, « ces nouvelles observations qui nous laissent croire que les premières galaxies se sont formées plus tôt qu’on ne le pensait suggèrent que le processus de formation des galaxies a été beaucoup plus graduel que le phénomène violent et brusque proposé par le modèle standard, résume-t-il. Mais cette hypothèse ne repose que sur l’observation de sept galaxies alors que l’Univers en renferme aujourd’hui de 50 à 100 milliards. Elle reste donc à être confirmée. »


M. Lamontagne souligne aussi que ces observations ont été effectuées aux limites du télescope Hubble et qu’il faudra attendre le lancement du télescope James Webb en 2018 avant d’obtenir un portrait plus net des débuts de l’Univers. Le télescope James Webb sera muni d’un miroir de 6,5 mètres (alors que celui de Hubble ne fait que 2,40 m) spécialement conçu pour une détection dans l’infrarouge, donc des galaxies les plus éloignées de nous.

3 commentaires
  • Marie Royer - Inscrite 14 décembre 2012 06 h 59

    Encore !


    Passionnant que ces nouvelles de l'exploration de notre univers. J'aimerais en lire plus souvent dans mon journal. Même un article tous les jours. Il y a matière. Et cela nous aide, me semble-t-il, à mieux relativer les poblèmes dont on fait le centre de nos sociétés et de nos discussions. Et mieux relativer aussi notre petite terre.

    Merci Madame Gravel.

  • François Dugal - Inscrit 14 décembre 2012 08 h 41

    Le petit chaperon rouge

    - Dis, mère-grand, qu'est-ce que ça donne de découvrir ces galaxies lointaines?
    - Ça donne de ne pas se coucher idiot le soir, mon enfant.
    - Merci, mère grand.

  • Catherine Paquet - Abonnée 14 décembre 2012 10 h 50

    L'infini et plus loin...

    Très intéressant ce titre qui nous invite à voir si l'infini mène bien aux confins de notre univers. Or la question est pertinent, car le magazine American Scientific du mois d'octobre nous dit qu'on a receuilli des indices que notre univers serait côtoyé par un autre univers.
    Il faudra sans doute chercher une autre définition de l'infini...