Appel à une réforme des Nobel

Les critères de sélection des prix imaginés par Alfred Nobel gagneraient à être revus.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jonathan Nackstrand Les critères de sélection des prix imaginés par Alfred Nobel gagneraient à être revus.

Il s’agit de la règle de trois, propres aux prix Nobel : la prestigieuse médaille ne peut être remise qu’à un maximum de trois personnes. Le problème, c’est qu’en science, depuis des décennies, une « découverte » n’est plus le fruit d’individus, mais d’équipes. Non seulement une équipe de seulement trois chercheurs est-elle chose rare, mais il est même rare qu’une percée ne soit que le fruit d’une seule équipe ! Ainsi, le Nobel de physique de l’an dernier, sur l’accélération de l’expansion de l’univers : cette découverte avait été le résultat du travail conjoint de deux équipes rivales, totalisant 51 personnes.


Avec le Nobel de médecine de cette année, problème différent mais injustice similaire : le comité récompense une séquence de découvertes, celle qui a ouvert la voie au clonage de cellules en 1962 (John B. Gurdon), et celle qui, en 2006, a ouvert la porte à reprogrammer nos propres cellules (Shinya Yamanaka).


Sauf qu’entre les deux, il y a eu l’équipe d’Ian Wilmut qui a cloné le premier mammifère - la brebis Dolly - en 1997, ou celle de James Thomson à qui on doit la première lignée de cellules souches humaines en 1998. Deux percées sans lesquelles celle de Yamanaka n’aurait pas été possible, dénonce le médecin et blogueur Jalees Rehman. S’ajoute à cela toute l’équipe derrière Yamanaka lui-même, y compris l’auteur principal de l’article de 2006, Kazutoshi Takahashi. Pourquoi l’un et pas les autres ?


Le Scientific American lançait lundi un appel à réformer la façon d’attribuer les Nobel. Il serait temps « d’attribuer le Nobel à des équipes plutôt qu’à des individus ». Ce type d’appel est relancé régulièrement depuis quelques années.


La nature du travail scientifique a changé. Les équipes sont maintenant derrière les travaux à fort impact. Alors que, il y a un siècle, un employé du bureau des brevets pouvait concevoir la théorie de la relativité dans son temps libre, la découverte du boson de Higgs a nécessité des décennies de planification et les efforts de 6000 chercheurs. Personne - pas même un trio - ne peut légitimement s’approprier tout le crédit.


La Fondation Nobel n’aurait pas à chercher loin pour trouver une source d’inspiration : son propre Nobel de la paix peut être remis à des groupes autant qu’à des individus.
 

Une autre critique fréquente des trois Nobel scientifiques est qu’ils demeurent ancrés dans le XIXe siècle : médecine, chimie, physique sont des divisions qui avaient du sens lors de leur création. Mais 111 ans plus tard, cette division a pour résultat que deux immenses pans de la science - la neurologie et la génétique - sont laissés de côté, sauf lorsqu’un traitement médical pointe le bout de son nez.


Cela signifie que le colauréat du Nobel de médecine de cette année, John Gurdon, dont la découverte remonte à 1962, n’aurait sans doute jamais reçu le Nobel, si l’autre colauréat n’avait pas, 40 ans plus tard, ouvert la porte à une application médicale.


Parallèlement, les Nobel de chimie, eux, sont souvent attribués à des travaux qui penchent, comme cette année, du côté de la biologie…

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