La maltraitance en bas âge altère l’ADN cérébral

On savait que la maltraitance durant la petite enfance laisse des séquelles durables qui pourront se manifester sur la santé mentale future de l’enfant. Des chercheurs de l’Université McGill avaient aussi observé chez des rats et sur des cerveaux de personnes décédées que ces expériences traumatisantes vécues durant les premières années de vie modifiaient dans le cerveau l’expression d’un gène intervenant dans la réponse au stress.

Dans une nouvelle étude, la même équipe, dirigée cette fois par le professeur de pharmacologie Moshe Szyf de l’Université McGill, a remarqué que l’adversité en début de vie avait un impact non seulement sur un gène, voire quelques-uns, mais sur l’ensemble du génome, comme en témoignaient les centaines d’altérations relevées dans la méthylation de l’ADN des cellules de l’hippocampe du cerveau de rats ayant reçu peu de soins maternels au début de leur vie. « La méthylation de l’ADN est un processus normal. L’ajout d’un groupement méthyle sur certaines portions de l’ADN permet d’activer certains gènes dans un type de cellules et pas dans d’autres. Chez les enfants ayant été maltraités, le processus de méthylation est altéré, il peut s’accroître sur certains gènes et diminuer sur d’autres », explique M. Szyf.


Ses collègues et lui ont observé que « les altérations dans la méthylation des gènes étaient structurées. Plusieurs gènes qui étaient voisins se comportaient d’une certaine façon, et d’autres d’une tout autre manière, ce qui suggère qu’il existe probablement une réponse adaptative et non accidentelle à la maltraitance » dans l’épigénétique du cerveau, c’est-à-dire des modifications de l’expression des gènes - par le biais de la méthylation - sans altération de leur séquence.


Grâce à la banque de cerveaux Douglas qui se trouve à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, les chercheurs ont aussi pu comparer les patrons de méthylation de l’ADN des cellules de l’hippocampe du cerveau d’individus ayant subi des mauvais traitements durant leur enfance à ceux de personnes ayant grandi dans des conditions favorables.

 

Épigénétique


Ils ont ainsi découvert que le cerveau des sujets ayant connu l’adversité en bas âge présentait des altérations de la méthylation de l’ADN comparables à celles observées chez les rats ayant été privés de soins maternels après leur naissance.


« Dans son ensemble, la réponse [de l’épigénétique du cerveau] des humains aux mauvais traitements infligés durant l’enfance était similaire à celle des rats. Cela nous confirme que la maltraitance a un impact comparable chez les deux espèces. Et le fait que ce sont les mêmes conséquences qui ont été conservées au cours de l’évolution souligne aussi leur importance, fait remarquer M. Szyf. Nous avons examiné le cerveau de personnes qui ont été maltraitées, mais on ne peut pas savoir avec certitude si les changements au niveau épigénétique que nous avons observés sont dus à la maltraitance ou à autre chose. Mais comme nous avons relevé les mêmes changements chez les animaux dans le cadre d’une expérience dont on pouvait mieux contrôler les paramètres, on peut désormais l’affirmer plus certainement. »


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