Congrès de l'ACFAS - Quand le bilinguisme épaissit le cerveau

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	On croit depuis déjà plusieurs dizaines d’années qu’il existe une période critique durant laquelle il serait beaucoup plus facile d’acquérir une langue et de la maîtriser parfaitement.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Bernard
On croit depuis déjà plusieurs dizaines d’années qu’il existe une période critique durant laquelle il serait beaucoup plus facile d’acquérir une langue et de la maîtriser parfaitement.

L’apprentissage de deux langues dès la naissance modifie la structure du cerveau pour la vie. Un jeune chercheur de l’Université McGill faisait part hier de cette observation étonnante dans le cadre du congrès de l’Acfas qui a lieu cette semaine au Palais de congrès de Montréal.

Doctorant au sein du Groupe de recherche en neurosciences cognitives à l’Institut neurologique de Montréal, Jonathan Berkem a utilisé une nouvelle technique d’imagerie structurelle pour voir si l’anatomie du cerveau des personnes qui ont appris deux langues simultanément dès la naissance se différenciait de celle d’individus ayant appris leur seconde langue après l’âge de cinq ans.


Grâce à cette nouvelle technique d’imagerie par résonance magnétique (IRM), il a pu obtenir une image tridimensionnelle du cerveau, ce qui lui a permis de comparer l’épaisseur du cortex cérébral de 33 sujets âgés de 18 à 30 ans, parlant le français aussi bien que l’anglais, bien que certains avaient acquis les deux langues simultanément, tandis que d’autres les avaient apprises selon un ordre séquentiel.


Il a ainsi observé que dans deux régions particulières du cerveau, le cortex cérébral était plus épais chez les personnes ayant acquis les deux langues dès la naissance que chez celles ayant été exposées à un âge plus avancé à la deuxième langue. L’une de ces régions cérébrales, le cortex préfrontal dorsolatéral, est spécialisée dans «les processus d’attention et de mémorisation. Cette région est plus épaisse chez les bilingues dits simultanés peut-être parce que ces derniers changent de langue plus souvent que les bilingues dits séquentiels [qui ont appris les deux langues l’une après l’autre]», explique le jeune chercheur.


Le cortex du gyrus occipital inférieur, dont l’épaisseur était aussi significativement plus grande chez les bilingues simultanés, intervient dans le traitement des informations visuelles. «Probablement qu’ils ont sollicité davantage cette région lors de l’apprentissage de leur première langue. Quand nous apprenons notre première langue [nos deux langues maternelles dans le cas des bilingues simultanés], nous baignons dans un environnement d’images et de sons, tandis que les bilingues séquentiels apprennent leur seconde langue dans le contexte plus formel d’une salle de classe où il y a moins d’intégration entre les sons et les images. Mais ce n’est qu’une hypothèse sur laquelle je me pencherai», avance le jeune chercheur.


Jonathan Berkem a aussi enregistré l’activation du cerveau par l’IRM fonctionnelle tandis que les sujets lisaient un texte en français et un texte en anglais. Il a ainsi observé que les mêmes régions cérébrales s’activaient dans les deux groupes.


Toutefois, l’ampleur de l’activation différait d’un groupe à l’autre. «Certaines régions étaient plus sollicitées chez les bilingues simultanés que chez les bilingues séquentiels, tandis que pour d’autres régions, c’était l’inverse», a expliqué M. Berkem, qui s’apprête à analyser ces dernières données.

4 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 9 mai 2012 08 h 06

    Ouf!


    N'y a-t-il pas des choses plus urgentes à faire?

    Est-il encore acceptable, étant donné les coûts que cela représente, de laisser les chercheurs faire ce qui leur plaît?

    Même si cela ne serait pas facile, n'est-il pas nécessaire qu' un ordre de priorité soit établi en ce qui concerne les recherches à poursuivre?

    Surtout dans l'état actuel des choses.

    • Jean Richard - Abonné 9 mai 2012 09 h 58

      Faire ce qui leur plaît ?

      Établir un ordre de priorité ?

      Êtes-vous en train de dire que la recherche scientifique devrait plutôt être soumise à un encadrement politique ou industrielle plutôt qu'à un encadrement du milieu scientifique ?

      Les chercheurs ne font pas nécessairement ce qui leur plaît. Mais un niveau de liberté est essentiel pour que les résultats de leurs recherches ne soient pas détournés par des impératifs industriels (course aux brevets par exemple) ou pire, politiques.

      Ce n'est pas urgent de faire des recherches sur l'apprentissage du langage et des langues ? Se pourrait-il que l'on oublie que des centaines d'enfants ont des difficultés d'apprentissage et qu'à la source de ces problèmes, la difficulté à communiquer occupe une grande place. Il nous coûte très cher ce système d'éducation qui n'arrive pas faire face à une réalité contemporaine qui est celle de la cohabitation de plusieurs langues, tant chez les enfants que les adultes.

    • Luciano Buono - Abonné 9 mai 2012 20 h 14

      Les questions que poursuivent les scientifiques ne sont pas déterminées en vase clos, mais reposent sur un ensemble de travaux précédents, complémentaires sans compter l'imagination des scientifiques. Il y a une grande partie de créativité quasi artistique parfois dans la poursuite de la recherche. Par exemple, les chercheurs de Manchester qui ont reçu le prix Nobel de physique 2010 pour avoir obtenu une feuille de graphène d'une épaisseur d'un seul atome par la méthode du ¨Scotch Tape¨. Il semblerait qu'ils ont eu l'idée autour d'une bière...selon la légende!

      Il faut savoir aussi que la recherche scientifique est comme un gigantesque casse-tête où les morceaux sont rajoutés petit à petit et souvent une découverte qui semble anodine peut être la pièce manquante qui permet de compléter une partie du casse-tête. Finalement, il est difficile à priori de savoir quelles recherches et surtout quels résultats auront le plus grand impact véritable sur la société.

      Pour ce qui est de la recherche ¨dirigé¨, le cas de la biologie en URSS est le cas le plus pathétique ou une théorie fausse (le Lysenkoisme) fut supporté par les autorités pendant des décennies parce qu'étant compatible avec le marxisme-léninisme. La biologie en Russie ne s'en est pas encore remis complètement.

  • Grace Di Lullo - Inscrit 9 mai 2012 17 h 21

    Résultats intéressants

    Ce n'est pas la première étude faisant ressortir les impacts d'un bilinguisme sur le cerveau. Je crois qu'une étude récente avait été publiée en relation avec le bilinguisme et le repoussement de quelques mois des premiers signes de l'Alzheimer.

    Il y a quelques jours de cela, on pouvait lire un article portant sur la plasticité du cerveau et les bienfaits potentiels tirés pour des victimes de troubles cardiaques. La plasticité du cerveau est un terme qui a émergé à la fin du siècle dernier en psychologie. On le voit maintenant en neuroscience et en médecine.

    Tout comme Monsieur Lapointe, je considère ces études utiles et nécessaires. Je voudrais ajouter qu'il y a plusieurs études ayant un caractère fondamentales qui ont par la suite été commercialisables...et surtout utiles pour notre santé physique et mental.

    Bonne continuation de la recherche.
    C'est bien cela que l'on a besoin.