Le nuage informatique sous la loupe des écolos

Greenpeace appelle les Apple, Amazon, Google et Twitter de ce monde à se montrer plus verts et plus transparents en matière d’infonuagique.
Photo: - Le Devoir Greenpeace appelle les Apple, Amazon, Google et Twitter de ce monde à se montrer plus verts et plus transparents en matière d’infonuagique.

Pratique, moderne, mais pas forcément très... net. Le développement rapide de l’informatique en nuage pour répondre aux besoins contemporains de la communication mobile préoccupe les environnementalistes en raison de la forte consommation d’énergie qui accompagne ce nouveau besoin technologique. Une énergie pas toujours propre, souligne Greenpeace dans un rapport dévoilé hier, qui appelle du coup les Apple, Amazon, Google et Twitter de ce monde à se montrer plus verts et plus transparents en matière d’infonuagique.

«De nombreux géants du secteur ont réalisé de grands progrès en matière d’efficacité énergétique, a souligné Gary Cook, de Greenpeace International, par voie de communiqué. Mais ce n’est pas suffisant: ils doivent également faire en sorte que l’énergie qu’ils consomment provient de sources propres.»

Sur 52 pages, les gardiens de la paix verte décryptent l’impact environnemental de l’infonuagique («cloud computing» en anglais) qui, en prenant de l’ampleur sous l’effet de nos nouvelles pratiques sociales et technologiques, fait se multiplier partout sur la planète des fermes de serveurs informatiques. Les photos, les courriels, les textos, les vidéos... que l’humanité branchée produit chaque jour s’y accumulent. Placées ainsi dans ces centres de serveurs, ces informations sont alors accessibles, par l’entremise d’Internet, peu importe l’endroit où l’on se trouve sur la planète.

Or cette liberté a une conséquence environnementale, dit Greenpeace, qui estime que, si ce nuage informatique, nom donné à l’ensemble de ces fermes de serveurs, était un pays, il se placerait au 5e rang des plus gros consommateurs d’électricité au monde, derrière les États-Unis, la Chine, la Russie et le Japon. Évaluée à 623 milliards de kWh, cette consommation électrique du nuage informatique est 15 % plus élevée que celle du Canada dans son ensemble.

Dans la foulée, Greenpeace dénonce au passage les pratiques environnementales d’Amazon, d’Apple tout comme de Microsoft, qui selon les activistes «n’accordent pas suffisamment d’attention à la provenance de l’électricité» consommée et «continuent d’avoir largement recours aux énergies sales pour alimenter» leur nuage, peut-on lire. L’électricité issue du charbon et du nucléaire est montrée du doigt par le groupe de pression.

À l’inverse, Yahoo! en tête, suivie de Dell, de Google et de Facebook, continue «de montrer l’exemple» en favorisant les sources énergétiques renouvelables pour répondre à ses besoins en matière de nuage informatique. Greenpeace cite d’ailleurs en exemple Yahoo! et Google, qui font pression sur les autorités locales où elles implantent des fermes de serveurs pour qu’elles adoptent des politiques favorables à l’électricité verte. Oracle et Salesforce, quant à elles, sont qualifiées de pires élèves de la classe.

Les compagnies se défendent

Accusée de polluer pour répondre aux besoins de ses clients, Microsoft a vivement dénoncé hier le contenu du rapport de Greenpeace qui, selon elle, «surestime la consommation énergétique» des centres de données et sous-estime les efforts d’approvisionnement en énergie verte des grands acteurs du numérique.

«Notre centre de données de la Caroline du Nord consommerait 20 mégawatts à pleine capacité [soit l’équivalent de la production d’une centrale hydroélectrique comme celle des Sept-Chutes à Sainte-Anne], a résumé une porte-parole, et nous sommes sur le point d’atteindre plus de 60 % d’énergie renouvelable pour nos besoins.» L’empire de Bill Gates prétend également qu’un centre en construction dans l’Oregon sera alimenté l’an prochain à 100 % par des sources d’énergie verte.

Le grand libraire en ligne, Amazon, estime pour sa part que «l’infonuagique est plus écologiquement responsable» que l’informatique traditionnelle, puisque des centaines d’entreprises partagent aujourd’hui le même centre de données au lieu d’avoir chacun le sien.

Du vert au nord

La question environnementale liée au développement de l’informatique dans le nuage est actuellement en train de jouer en faveur des pays nordiques, où le climat devient un avantage pour climatiser naturellement ces grandes concentrations de serveurs dont les besoins en énergie sont principalement poussés par la climatisation: un serveur chauffe quand il fonctionne et a besoin d’une température stable pour bien fonctionner.

C’est d’ailleurs ce qui a poussé récemment Facebook à implanter un centre de données en Suède. L’endroit est entièrement alimenté par des sources d’énergie renouvelable.

Montréal cherche également à trouver sa place dans ce marché du centre de données en exhibant son hydroélectricité, moins polluante que le charbon et le nucléaire, mais aussi son climat hivernal aux compagnies qui façonnent le nuage informatique. Un projet est d’ailleurs sur les planches à dessin pour transformer une partie de l’ancien silo à grain, le silo no 5, dans le Vieux-Port de la métropole, en centre de serveurs.

Baptisé Siloctet, le plan de transformation attend toujours le feu vert de la Société immobilière du Canada (SIC), désormais propriétaire de cette structure conçue pour offrir une température propice à la préservation du grain et qui, à l’avenir, pourrait en faire autant pour la préservation des données informatiques.

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