Myopie spatiale - Les longues missions dans l'espace endommagent la vision

Un astronaute effectue une manœuvre à l’extérieur de la Station spatiale internationale. Certains astronautes ont rapporté que leur vue s’était dégradée ou au contraire améliorée à la suite de leur séjour dans l’espace.<br />
Photo: Agence Reuters Source NASA Un astronaute effectue une manœuvre à l’extérieur de la Station spatiale internationale. Certains astronautes ont rapporté que leur vue s’était dégradée ou au contraire améliorée à la suite de leur séjour dans l’espace.

On savait que les missions prolongées dans l'espace diminuaient les masses osseuse et musculaire, une nouvelle étude montre qu'elles induisent aussi des dommages oculaires. Ces nouvelles observations qui doivent être élucidées risquent de remettre en question les missions humaines de plus longue durée, comme celle que l'on envisageait vers Mars.

Les chercheurs s'intéressant aux effets de la microgravité sur la santé humaine avaient été alertés par les témoignages de certains astronautes, dont la vue s'était dégradée ou au contraire améliorée à la suite de leur séjour dans l'espace. Pour évaluer l'ampleur du problème, Larry Kramer, de l'University of Texas Health Science Center à Houston, a mené une étude auprès de 27 astronautes ayant effectué des voyages à bord d'une navette spatiale et de la Station spatiale internationale d'une durée d'au moins 30 jours d'affilée. Des examens du cerveau et des yeux effectués à l'aide de l'imagerie par résonance magnétique ont révélé que plusieurs des 27 astronautes présentaient des déformations aux globes oculaires, aux nerfs optiques ou à la glande pituitaire (hypophyse).

Plus précisément, les chercheurs ont remarqué un aplatissement de l'arrière de l'un ou des deux globes oculaires chez 26 % des astronautes examinés. En réduisant le diamètre de l'oeil, cet aplatissement induisait une hypermétropie, qui chez certains réduisait leur myopie. Chez 15 % des 27 astronautes, ils ont observé un gonflement du nerf optique qui était susceptible d'affecter la transmission des signaux de l'oeil vers le cerveau. Et chez 11 % d'entre eux, ils ont détecté une concavité anormale de l'hypophyse qui s'accompagnait d'une déviation de sa connexion vers le cerveau.

Or, ces différentes anomalies anatomiques sont caractéristiques d'une pathologie rare, appelée hypertension intracrânienne idiopathique, affirment le chercheur et ses coauteurs dans un article publié hier dans le journal Radiology. «Les astronautes ne se plaignaient toutefois pas de maux de tête, à l'instar des personnes sur Terre qui souffrent de cette maladie. Leur principal symptôme était qu'ils devaient changer la prescription de leurs lunettes, ou bien qu'ils en avaient besoin alors qu'ils n'en portaient pas précédemment. De plus, quand nous avons mesuré la pression du liquide céphalo-rachidien [liquide dans lequel baignent la moelle épinière et le cerveau], elle était élevée et comparable à celle des personnes atteintes d'hypertension intracrânienne», précise au bout du fil Douglas Hamilton du Département de médecine interne de l'Université de Calgary, l'un des coauteurs de l'article.

Déplacement des liquides corporels

Les chercheurs attribuent ces effets indésirables, et potentiellement dangereux, au déplacement des liquides corporels vers le haut du corps en situation de microgravité. Ce phénomène hydrostatique s'observe couramment chez les astronautes se trouvant dans l'espace, lesquels ont le visage boursouflé — ce qui, en effaçant les rides, leur donne un air plus jeune — et les jambes décharnées. «Nous pensons que ce déplacement de liquide modifie aussi la pression dans le crâne», indique Doug Hamilton. Or, si la pression augmente à l'intérieur du crâne, les globes oculaires et le nerf auquel ils sont attachés seront comprimés, entraînant des modifications de la vision.

«Certains astronautes éprouvaient des problèmes alors qu'ils étaient dans l'espace, mais ceux-ci disparaissaient une fois de retour sur Terre. Chez d'autres, ces changements semblaient permanents, car ils étaient toujours présents après plus d'un an. Et nous ne savons pas qui aura quoi, ajoute le chercheur de Calgary. Ce qui nous porte à croire que certains individus sont plus sensibles à ces déplacements de liquides corporels que d'autres. Et pour des raisons que nous ne connaissons pas encore, chez certains, la pression intracrânienne ne revient pas à la normale. Et nous cherchons à comprendre pourquoi. Quand nous connaîtrons les véritables causes de cette pathologie, nous pourrons tenter d'en inverser les effets chez les astronautes, mais aussi chez les personnes qui sur Terre souffrent d'hypertension intracrânienne. En attendant, il faudra revoir les critères de sélection des astronautes. Il nous faut donc mettre au point un test qui permettra de déterminer quels astronautes sont susceptibles de souffrir de ces anomalies.»
3 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 14 mars 2012 09 h 29

    Comment choisir un astronaute

    "...nous ne savons pas qui aura quoi, dit le chercheur de Calgary. Ce qui nous porte à croire que certains individus sont plus sensibles à ces déplacements de liquides corporels que d'autres."
    "Il nous faut donc mettre au point un test qui permettra de déterminer quels astronautes sont susceptibles de souffrir de ces anomalies."

    On pourrait dire plutôt: Il nous faut donc mettre au point un test qui permettra de déterminer qui peut être astronaute et qui ne le peut pas.
    Un peu comme on exclu un personne sujette au vertige du métier de constructeur de gratte-ciel...

    Supposons que l'on découvre que les Noirs, les femmes blanches et les Autochtones d'Amérique ne sont pas sujets à ces problèmes oculaires. En fera-t-on préférablement des astronautes?

    En tout cas, faudra changer les scénarios de science-fiction sous peine d'avoir l'air ringard...

  • Jacques Thibault - Inscrit 14 mars 2012 09 h 39

    Hubble!!!

    Selon une rumeur qui coure dans les couloirs du parlement à Ottawa, un ministre conservateur du gouvernement Harper qui serait par ailleurs la référence du parti en matière de science, cela expliquerait ''la raison de la mauvaise vision du télescope Hubble que l'on a dû réparer dans l'espace il y a quelques années''...!!!

  • France Marcotte - Abonnée 14 mars 2012 10 h 02

    Mmmm

    "...on exclut une personne..."
    Pourtant je ne suis pas astronaute, je le jure.