La banque de cerveaux du Douglas va doubler

La banque de cerveaux de l’Institut Douglas compte actuellement plus de 3000 spécimens.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La banque de cerveaux de l’Institut Douglas compte actuellement plus de 3000 spécimens.

La banque de cerveaux de l'Institut universitaire en santé mentale Douglas pourra doubler sa capacité d'entreposage grâce à un don de 2 millions de dollars offert par Bell Canada. L'annonce de cet apport financier a particulièrement réjoui les chercheurs s'intéressant aux maladies mentales étant donné qu'il s'agit de pathologies propres à l'humain qui ne peuvent être étudiées que sur des cerveaux humains.

C'est en 1980 que l'Institut Douglas a créé sa banque de cerveaux qui compte aujourd'hui plus de 3000 spécimens, dont la majorité proviennent de personnes qui se sont suicidées, qui ont souffert d'une maladie mentale telle que la dépression, le trouble bipolaire ou la schizophrénie, ou d'une maladie neurodégénérative, comme les maladies d'Alzheimer, de Parkinson ou d'Huntington. Le directeur de la nouvelle Banque de cerveaux Douglas-Bell Canada, Naguib Mechawar, déplore toutefois la sous-représentation des cerveaux sains, dont le nombre s'élève à quelques centaines à peine. Les cerveaux de sujets sains sont pourtant nécessaires pour la réalisation d'études visant à dépister les anomalies cérébrales associées à ces différentes maladies, car ces études s'effectuent «en comparant des cerveaux sains à des cerveaux atteints d'une maladie psychiatrique ou neurologique», souligne-t-il.

«La banque reçoit une centaine de cerveaux par année, mais grâce au don de Bell Canada qui nous permettra d'agrandir notre laboratoire et nos locaux d'entreposage, d'accroître notre personnel et de disposer d'équipements additionnels et modernes pour préparer les tissus cérébraux, nous devrions pouvoir en recevoir au moins deux fois plus», se réjouit M. Mechawar, qui est professeur au Département de psychiatrie de l'Université McGill.

24 heures

Lors du décès d'un proche qui a manifesté le désir d'offrir son cerveau pour la recherche, la famille doit prévenir immédiatement le personnel de la banque de cerveaux qui est opérationnelle 24 heures sur 24, 7 jours 7. Le cerveau doit être idéalement prélevé dans les 24 heures suivant le décès. À son arrivée au laboratoire, chaque cerveau est divisé en deux. L'un des hémisphères est fixé dans la formaldéhyde afin de pouvoir être utilisé pour des études neuroanatomiques. L'autre hémisphère est coupé en tranches d'un centimètre d'épaisseur avant d'être inséré dans des congélateurs qui maintiennent les échantillons à -80 °Celsius. Ces spécimens congelés servent principalement aux recherches biochimiques et de biologie moléculaire (génétique).

«Les cerveaux des personnes souffrant de schizophrénie ou de dépression majeure ne se distinguent pas à l'oeil nu des cerveaux sains, car les modifications qu'ils ont subies sont d'ordre cellulaire, moléculaire, voire génétique, et donc microscopiques. Seuls les cerveaux atteints d'une phase avancée de la maladie d'Alzheimer qui ont subi une importante neurodégénérescence présentent une atrophie majeure, et donc visible», fait remarquer M. Mechawar avant d'expliquer que généralement les chercheurs ont besoin d'examiner de fines coupes de cerveau sous microscope, ou de procéder à des expériences de biologie moléculaire pour comprendre comment la maladie altère le cerveau.

La Banque Douglas-Bell Canada est la seule à mettre ses cerveaux à la disposition des chercheurs du monde entier. «Les chercheurs qui ont besoin d'échantillons de régions précises du cerveau doivent faire parvenir à la banque une requête en bonne et due forme, accompagnée de l'approbation éthique de leur institution», précise M. Mechawar. Chaque année, plus de 1000 échantillons cérébraux sont distribués à des chercheurs du Canada, des États-Unis, d'Europe et du Japon.

La banque de cerveaux a déjà permis de grandes découvertes, telles que celle du gène ApoE4 qui prédispose à la forme la plus commune de la maladie d'Alzheimer, par l'équipe du chercheur montréalais Judes Poirier. Plus récemment, l'équipe de Gustavo Turecki, de l'Université McGill, a pu démontrer que la maltraitance infantile entraînait des modifications dans l'expression de gènes intervenant dans la régulation du stress, modifications qui prédisposent à la maladie mentale et au suicide.

L'équipe de Naguib Mechawar vient quant à elle de démontrer que dans les régions du cerveau impliquées dans l'humeur, certaines cellules cérébrales, appelées astrocytes, sont hypertrophiées et possèdent de plus nombreux prolongements chez les sujets dépressifs, qui se sont suicidés, que chez les sujets témoins en bonne santé mentale. Or, ces changements morphologiques semblent être provoqués par la présence accrue de médiateurs proinflammatoires qui a été observée chez les dépressifs, avance le neuroanatomiste.

Finalement, M. Mechawar a insisté sur «le manque criant de cerveaux sains» tout en faisant remarquer aux intéressés que les dons de cerveau sont distincts des dons d'organes qui se destinent à des personnes en attente de greffe. «Les personnes qui désirent offrir leur cerveau à la science doivent remplir un formulaire de consentement particulier. Apposer sa signature à l'endos de la carte d'assurance-maladie ne suffit pas», précise-t-il.