Un test oral fiable pour détecter le VIH

Le test Oraquick advance HIV-1/2, commercialisé par la compagnie états-unienne OraSure Technologies Inc., est un test qui permet de savoir si une personne est infectée par le VIH en une vingtaine de minutes tout au plus.
Photo: Marcello Casal JR/ABr Le test Oraquick advance HIV-1/2, commercialisé par la compagnie états-unienne OraSure Technologies Inc., est un test qui permet de savoir si une personne est infectée par le VIH en une vingtaine de minutes tout au plus.

On savait qu'il était désormais possible de déceler une infection au VIH par un simple test oral. Une nouvelle étude menée à l'Université McGill confirme que la précision du test oral Oraquick advance, qui est largement utilisé en Afrique subsaharienne et aux États-Unis pour dépister les infections au VIH, est comparable à celle des tests sanguins standards.

Le test Oraquick advance HIV-1/2, commercialisé par la compagnie états-unienne OraSure Technologies Inc., est un test qui permet de savoir si une personne est infectée par le VIH en une vingtaine de minutes tout au plus. Ce test à résultat rapide peut détecter la présence d'anticorps dirigés contre le VIH autant dans une goutte de sang prélevée sur le bout d'un doigt à l'aide d'une lancette que dans la salive, ou plutôt dans le «transsudat, ce liquide plasmatique qui suinte à travers les parois des capillaires et qui s'épanche dans les tissus avoisinants, en l'occurrence la muqueuse buccale», et que l'on extrait entre la lèvre supérieure et la gencive.

Rappelons qu'«une personne porteuse du VIH ne peut transmettre le virus par sa salive que si celle-ci est teintée de sang. Ce ne sont donc pas les virus que le test détecte dans la salive, mais les anticorps qui circulent dans tous nos liquides biologiques et que l'on retrouvera dans le transsudat de la muqueuse buccale», explique le Dr Gilles Lambert, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.

Non invasif, indolore et pratique, le test oral Oraquick advance HIV-1/2, qui peut être utilisé de façon confidentielle à la maison, à l'instar des tests de grossesse, est devenu extrêmement populaire aux États-Unis depuis son homologation par la Food and Drug Administration (FDA) en 2004. Aux États-Unis, comme dans les pays de l'Afrique subsaharienne et en Inde, il est très apprécié des personnes qui redoutent d'aller dans une clinique pour subir un test de dépistage par crainte d'être stigmatisées.

Bien qu'il existe sur le marché un autre test oral, l'Aware HIV1/2 OMT, fabriqué également par une entreprise américaine, l'équipe de chercheurs de l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR CUSM) et de l'Université McGill s'est intéressée plus particulièrement au test Oraquick advance qui a fait l'objet de plus nombreuses évaluations d'efficacité à travers le monde. Les chercheurs de McGill ont donc procédé à une méta-analyse de ces différentes études dans le but de comparer la précision du test oral et celle des tests sanguins. Ils ont ainsi relevé que la précision du test oral était tout à fait comparable à celle des tests sanguins. Pour être plus précis, «les tests sanguins, parce qu'ils mesurent une plus grande concentration d'anticorps, sont apparus 1,4 % plus précis que le test salivaire, ce qui n'est pas une grande différence», affirme la Dre Nikita Pant Pai de l'IR CUSM, qui est l'auteure principale de l'étude, dont les résultats sont publiés dans la revue Lancet Infectious Diseases.

Les chercheurs soulignent néanmoins que le test peut échouer à dépister les personnes qui ont été infectées récemment et qui se trouvent toujours dans la «période fenêtre» — qui dure de trois à six semaines, voire trois mois — durant laquelle le système immunitaire commence à produire des anticorps, dont le nombre demeure peu élevé et indétectable. «Si le résultat du test s'avère négatif et que la personne craint d'avoir été infectée, il est important qu'elle se soumette à un autre test, cette fois en clinique, où on pratiquera un test sanguin qui permettra de détecter les antigènes du virus», précise la Dre Pai.

«Le test oral demeure un excellent test de première ligne. Avec une précision de 99 %, il s'avère meilleur que les tests de dépistage de la syphilis et de l'hépatite C, poursuit la chercheuse. Les seuls défauts qu'il présente sont d'une part son coût, qui demeure trop élevé [en général supérieur à celui des tests standards], et d'autre part le fait qu'il ne détecte pas les antigènes du virus. Il ne permet donc pas de dépister les toutes récentes infections, ce qui est dommage, car le dépistage précoce est la pierre angulaire de la prévention et des stratégies de traitement que nous adopterons.»

Le test Oraquick advance n'est pas vendu au Québec. Le seul test à résultat rapide auquel ont accès les Québécois depuis 2008 est le test INSTI VIH-1/VIH-2, qui ne se présente pas sous une forme orale et qui nécessite une goutte de sang. De plus, Santé Canada n'autorise que les professionnels de la santé à l'utiliser, lesquels ne l'offrent qu'aux populations à risque chez lesquelles «la prévalence de l'infection est élevée, afin de rejoindre les personnes infectées le plus tôt possible», précise le Dr Gilles Lambert, qui est coauteur de l'article. En d'autres termes, «il n'existe pas au Canada de tests de dépistage du VIH qui puissent être utilisés à la maison», souligne le médecin-conseil, tout en déclarant qu'au pays, «nous ne visons pas la mise en vente libre d'un tel test rapide, car nous croyons qu'il est important que l'administration d'un test de dépistage du VIH s'accompagne de counselling et d'une compréhension des limites du test et de ses résultats», car comme tout autre test de dépistage, il peut donner des résultats faussement positifs ou faussement négatifs. De plus, «il n'y a pas ici de discrimination qui rendrait nécessaire la vente libre de ce test et l'accessibilité aux services de santé y est plus grande que dans les pays africains ou en Inde», ajoute le Dr Lambert.
1 commentaire
  • Patrick Charette-Dionne - Inscrit 26 janvier 2012 13 h 16

    Et le désir des gens, lui?

    Face à l'expertise médicale, parfois, il faut aller chercher la voix des personnes et des communautés marginalisées.... Plusieurs souhaitent ardemment que ce test soit en vente libre!
    À M. Lambert, nous disons : Que ne comprenez-vous pas dans l'idée que la démédicalisation de la prévention du VIH est la seule stratégie efficace pour l'empowerment des communautées touchées et la responsabilisation des gens? 90% des médecins ne font même pas de councelling.
    La prévention du VIH est un échec cuisant depuis 30 ans. La peur semble avoir été la seule stratégie mise en place - et la conquête du traitement est la seul arme efficace que nous mettons en action pour réellement avoir un impact sur la prévalence et l'incidence.
    Parfois, il faut faire un pas en arrière et réfléchir globalement aux opportunités technologiques quand elles se présentent!