L’objet de l’année 2011: le BlackBerry

Le BlackBerry, cet outil de désir du début du siècle qui, en 2001, a fait entrer le courriel, puis le Web, la photo, la vidéo dans l’ère de la mobilité, n’a plus trop la cote.
Photo: Agence Reuters Le BlackBerry, cet outil de désir du début du siècle qui, en 2001, a fait entrer le courriel, puis le Web, la photo, la vidéo dans l’ère de la mobilité, n’a plus trop la cote.

En 2011, le célèbre téléphone a fait vaciller son fabricant, Research in Motion (RIM). Il a aussi accompagné la déchéance d’un politicien français, DSK.

C’est un peu ce qu’on appelle avoir la poisse. Il y a quelques semaines, la compagnie Research in Motion (RIM), créatrice du célèbre BlackBerry, s’est fait voler un camion sur une route de l’Indiana, aux États-Unis. Le véhicule était en route vers le Canada avec à son bord 22 palettes de téléphones cellulaires, mais également de PlayBook, la tablette numérique développée par la compagnie et dont la popularité n’a pourtant toujours pas été démontrée. Valeur totale du larcin: 2 millions de dollars.

Le fait divers est anecdotique, certes, mais il vient toutefois, dans le cas de RIM, trouver sa place dans une spirale infernale dans laquelle le géant canadien des télécommunications, fleuron et moteur économique de la ville de Waterloo en Ontario, est entré depuis quelques années. On résume: part de marché qui s’étiole par rapport à la concurrence redoutable menée depuis 2006 par l’iPhone d’Apple et les téléphones fonctionnant avec le système Androïd du géant Google, effondrement des marges bénéficiaires, licenciements massifs, échec de la mise en marché de sa tablette numérique, hésitation dans le choix d’un nouveau système d’exploitation, problème technique prolongé touchant une clientèle ultra-influente...

L’année qui s’achève a poursuivi la fragilisation de l’entreprise, ex-championne de l’innovation, précurseur de l’Internet mobile, icône de la modernité, aujourd’hui dépassée par le présent. RIM suit désormais une courbe descendante qui pourrait bien dessiner, en 2012, les contours des mots «incertitude» et «catastrophe», tout en affectant les 30 000 emplois qui, de près ou de loin, tournent autour de RIM à Waterloo, dans des entreprises pleines d’experts en haute technologie qui ont généré 18 milliards en revenu l’an dernier.

Le BlackBerry n'a plus la cote

Le BlackBerry, cet outil de désir du début du siècle qui, en 2001, a fait entrer le courriel, puis le Web, la photo, la vidéo dans l’ère de la mobilité, n’a plus trop la cote. Sur le marché du téléphone dit intelligent, son étoile pâlit avec des parts estimées par Nielsen en cette fin d’année à 17 %. C’est à des années-lumière des 71 % que se partagent Apple et les appareils fonctionnant dans l’environnement informatique Androïd. Et c’est surtout en chute constante.

«Palm et RIM, les compagnies pionnières dans la révolution du téléphone intelligent, sont maintenant laissées dans la poussière», résumait le magazine Time dans ses pages il y a quelques jours. Une poussière dans laquelle regarderaient toutefois Amazon, Microsoft et Nokia qui sembleraient vouloir, selon Reuters et le Wall Street Journal, racheter la compagnie et surtout les nombreux brevets qu’elle a accumulés au fil des ans.

N’empêche, de premier à dernier, le destin sombre de RIM a été sans doute scellé en 2011 avec ses hésitations, mais aussi avec cette incroyable panne de service qui a affecté en octobre des millions d’usagers sur quatre continents. Pendant trois jours, ils ont été incapables d’échanger des courriels de manière instantanée, une activité de base et souvent vitale aujourd’hui dans le monde des affaires, accentuant par le fait même l’image de désuétude et d’obsolescence qui colle désormais à la marque.

Sur les compteurs boursiers, le mal se chiffre: en un an, l’action de RIM a perdu... 75 % de sa valeur. Pis, évaluée à quelque 7 milliards de dollars, la valeur de la compagnie équivaut aujourd’hui à celle du seul Apple Store, le magasin en ligne d’un de ses plus grands concurrents. C’est aussi 50 fois moins que l’empire de Steve Jobs au complet.

La chute à côté d’un BlackBerry

Il n’est pas coupable, mais il était là. Qui? Le BlackBerry, qui a également accompagné cette année la chute de Dominique Strauss-Kahn (connu désormais sous l’acronyme DSK), chute amorcée le 14 mai dernier avec des accusations d’agression sexuelle sur une femme de chambre de l’hôtel Sofitel à New York portées contre le président — à l’époque — du Fonds monétaire international (FMI) et candidat préféré des Français pour les prochaines élections présidentielles. Depuis, il n’est ni l’un ni l’autre.

Retour en arrière. L’ex-futur chef d’État est arrêté par la police dans l’avion d’Air France 023 en partance de New York vers Paris, le soir du 14 mai. Quelques minutes plus tôt, il contacte le Sofitel pour signaler la perte de son téléphone, un BlackBerry, sans doute oublié dans la suite, numériquement célèbre 2806, qu’il vient de quitter. À l’autre bout du fil, l’employé a été mis au parfum de l’agression de la femme de chambre. Il questionne DSK sur sa localisation — la porte 4 du terminal Air France de l’aéroport JFK —, lui annonce qu’il va venir lui porter son téléphone en sautant dans un taxi. Le hic, à la place d’un BlackBerry, c’est finalement, le détective Diwan Maharaj, de la section des crimes sexuels de la police de New York, que DSK va voir apparaître dans l’avion.

Entre accusation, humiliation, déchéance, résidence surveillée, décrédibilisation de la victime et libération, l’appareil de communication va trouver facilement sa place, comme l’a récemment prétendu le journaliste américain Edward Epstein qui, en octobre dernier, dans les pages du New York Review of Books, vient relancer la théorie du complot en centrant, entre autres, son enquête sur le BlackBerry de DSK. L’appareil aurait été piraté, permettant à ses opposants politiques de prendre connaissance de courriels privés échangés avec son épouse, la journaliste Anne Sinclair.

Pis, son BlackBerry, DSK ne l’aurait pas perdu. L’appareil aurait «disparu» une heure après sa «rencontre» avec la femme de chambre. Le système de géolocalisation aurait même été déconnecté, un geste que seul un expert pouvait poser, prétend Epstein, apportant du coup de l’eau au moulin à ceux qui croient que toute cette aventure n’est finalement qu’un coup monté.

L’enquête du journaliste américain n’a toutefois pas convaincu. Aux dernières nouvelles, le BlackBerry de DSK n’a toujours pas été retrouvé.

Après avoir été une étoile montante, le politicien français vit désormais au temps du rejet. Au cœur de «l’affaire DSK», en août dernier, plus de la moitié des Français indiquaient ne plus vouloir le voir sur l’échiquier politique. Même chose pour le BlackBerry: en 2012, près de la moitié des propriétaires de cet appareil annoncent vouloir s’en débarrasser au profit d’un iPhone 5 — dont l’existence et la date de sortie n’ont pas encore été confirmées —, selon un sondage mené aux États-Unis par la firme InMobi, confirmant du coup le caractère éphémère du succès. Qu’il soit technologique ou pas

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Objet de l’année, les finalistes:

1- Le grand collisionneur d’hadrons du CERN à Genève. L’accélérateur de particules a marqué l’année avec ses neutrinos qui ont dépassé la vitesse de la lumière et son Boson de Higgs, une particule élémentaire de la matière que personne n’avait encore jamais vue.

2- Le cône orange. Incontournable contourné en période de construction, il est devenu en 2011 le symbole de nos infrastructures vieillissantes et des importantes questions éthiques et morales accompagnant leur rénovation.

3- La pièce de un euro. La crise des finances publiques qui a frappé de front la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et les autres et la contagion qui s’est répandue dans le reste de la zone euro pourraient-ils sonner le glas de la monnaie unique européenne?

4- La seringue. La Cour suprême du Canada a donné cette année une leçon d’humanisme aux conservateurs de Stephen Harper en confirmant la pertinence du site d’injection supervisée InSite de Vancouver.

5- La tente. De ludique à revendicateur. La tente, symbole d’évasion et d’activités en plein air, a vu son image modifiée en 2011, sous la pression du mouvement «Occcupy» qui en a fait l’emblème de l’indignation et de la résistance en milieu urbain.
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 26 décembre 2011 10 h 38

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    Le téléphone intelligent attire les non-intelligents.
    Twitter attire les twits.