VIH/sida - Un vaccin canadien prêt à être testé chez l'humain

La constitution même du vaccin suscite aussi l'espoir, car il se compose de virus entiers, alors que les diverses approches vaccinales expérimentées jusqu'à maintenant ne contenaient que des «portions du virus [d'immunodéficience acquise (VIH)] — très immunogéniques — que l'on intégrait à un autre virus inoffensif.
Photo: Agence Reuters Jason Lee La constitution même du vaccin suscite aussi l'espoir, car il se compose de virus entiers, alors que les diverses approches vaccinales expérimentées jusqu'à maintenant ne contenaient que des «portions du virus [d'immunodéficience acquise (VIH)] — très immunogéniques — que l'on intégrait à un autre virus inoffensif.

C'est la consécration de plus de 10 ans de travail pour une équipe de chercheurs de la University of Western Ontario qui a mis au point un vaccin préventif contre le VIH/sida, car la FDA, l'agence américaine responsable de la gestion des médicaments, vient d'autoriser le démarrage d'essais cliniques visant à éprouver ce nouveau vaccin chez l'humain. Selon certains spécialistes, ce feu vert accordé par une autorité réputée très exigeante est de bon augure.

La constitution même du vaccin suscite aussi l'espoir, car il se compose de virus entiers, alors que les diverses approches vaccinales expérimentées jusqu'à maintenant ne contenaient que des «portions du virus [d'immunodéficience acquise (VIH)] — très immunogéniques — que l'on intégrait à un autre virus inoffensif. Nous craignions trop d'infecter des humains en utilisant des virus entiers inactivés, car on ne peut jamais être sûrs d'avoir inactivé tous les virus, et la présence d'une seule particule virale pouvait infecter quelqu'un», explique Rafick-Pierre Sékaly, directeur du Vaccine & Gene Therapy Institute de la Floride.

Pour rendre le virus inoffensif, l'équipe du Dr Chil-Yong Kang, de la University of Western Ontario, l'a modifié génétiquement. «Nous avons d'abord retiré le gène qui est responsable de la pathogénicité du virus. Nous avons également dû modifier un autre gène afin d'accroître la production de ce virus moins dangereux, mais qui se reproduisait moins bien. Ensuite, le virus a été complètement inactivé par un traitement chimique et une exposition à des rayonnements gamma. Ces diverses manipulations n'altèrent absolument pas la structure du virus», a précisé en entrevue téléphonique le Dr Kang, qui s'est associé à Sumagen Canada Inc., une filiale de la Sumagen Co., une compagnie pharmaceutique à capital de risque coréenne, pour fabriquer ce vaccin.

Bien que le recours à des virus «entiers tués» soit une première dans la lutte contre le VIH, il s'agit d'une stratégie qui est couramment employée dans les vaccinations contre la polio, la grippe, la rage et l'hépatite A, a souligné par ailleurs le chercheur.

Le vaccin dénommé SA001 a donc été administré à des souris et des singes, chez lesquels il a induit une bonne production d'anticorps. «Nous avons obtenu une production d'anticorps contre les différentes protéines du virus que nous avons injectées chez l'animal», a indiqué le Dr Kang avant de préciser qu'il ne pouvait que mesurer la réponse immunitaire chez ces animaux, «car aucun d'eux ne peut être infecté par le VIH et devenir atteint du syndrome d'immunodéficience acquise [sida]».

L'équipe du Dr Kang a donc soumis ces résultats fort encourageants à la Food and Drug Administration (FDA) dans l'espoir d'éprouver le vaccin chez l'humain. L'agence états-unienne, dont les exigences en matière de sécurité sont parmi les plus élevées au monde, vient d'accorder son feu vert à la poursuite d'essais cliniques dans le pays de leur choix. «La FDA a beaucoup plus d'expérience et de moyens que l'agence canadienne correspondante pour juger de la sécurité d'une approche vaccinale», ajoute M. Sékaly.

Le vaccin SA001 sera dans un premier temps administré à une quarantaine de personnes séropositives — des États-Unis — dans le but de vérifier l'innocuité du vaccin. Si les résultats s'avèrent positifs, les phases II — qui visera à mesurer la réponse immunitaire chez 600 volontaires sains — et III — qui visera à évaluer l'efficacité du vaccin chez 6000 volontaires sains — seront effectuées dans différents pays du monde, dont le Canada.

«Le fait que le vaccin a reçu le sceau de la FDA est prometteur. Mais ce n'est pas un gage d'efficacité», affirme M. Sékaly tout en avouant néanmoins que l'utilisation du virus complet suscite plus d'espoir.

Le fait que le vaccin induise une bonne production d'anticorps permet d'espérer que ces derniers neutraliseront le virus avant qu'il infecte les cellules, ajoute le Dr Jean-Pierre Routy, du Service d'hématologie et d'immunodéficience de l'hôpital Royal Victoria. «Selon ce mode classique de prévention, les virus sont enveloppés par des anticorps qui sont ensuite mangés par le système de nettoyage du corps qui se compose de macrophages, lesquels détruisent le virus par des enzymes de digestion», explique-t-il.

Pour le Dr Routy qui se réjouit de cette «grande réalisation canadienne», le soutien d'une entreprise privée était «indispensable pour développer un tel vaccin».

Les deux spécialistes restent toutefois prudents et préviennent que l'on ne peut crier victoire avant de savoir comment les humains réagiront au vaccin. Car ils se souviennent que certains vaccins expérimentaux qui avaient induit de très bonnes réponses immunitaires chez le singe ne se sont pas avérés aussi efficaces chez l'humain.
3 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 21 décembre 2011 10 h 59

    Et comment va-t-on le tester?

    Va-t-on demander aux cobayes d'avoir des relations sexuelles non protégées avec des personnes infectées?

  • MJ - Inscrite 21 décembre 2011 11 h 14

    @ Sylvain Auclair

    Je me suis posée la même question! J'ai sursauté en entendant cette nouvelle au Téléjournal hier. Le Devoir la reprend aujourd'hui. Y a-t-il moyen de nous informer sur cet important aspect éthique?

  • Benjamin Hebert - Inscrit 21 décembre 2011 13 h 27

    @ Sylvain Auclair

    En général, lors d'études de ce type, le vaccin est administre à un échantillon d'une population à risque. Par exemple, au Botswana, ou près de 80% de la nation est infectée du virus. En donnant le vaccin à un enfant de 15 ans n'étant pas infecté, il y a environ 1 chance sur 4 qu'il le devienne dans l'année qui suit... Ils vont ensuite vérifier si le groupe contrôle (n'ayant pas reçu de vaccin) est considérablement différent du groupe expérimental. C'est ainsi que les chercheurs ont procédé jusqu'à maintenant lors de l'étude de vaccins préventifs pour le SIDA. Assez questionable d'un point de vue éthique, mais quand des millions de vie sont perdues chaque année, l'enjeu est énorme.