Pour les 1 à 7 ans - De Pomme d'Api à Popi, et vice-versa

Catherine Lalonde Collaboration spéciale
Jacqueline Kergueno a été responsable internationale du développement jeunesse pour Bayard Presse.<br />
Photo: Source Bayard Jacqueline Kergueno a été responsable internationale du développement jeunesse pour Bayard Presse.

Ce texte fait partie du cahier spécial Jeunesse - Les Débrouillards

Le magazine Pomme d'Api est passé par bien des petites mains. Depuis son premier numéro paru en France, en 1966, la publication parle aux lecteurs hauts comme trois pommes: les 3 à 7 ans. Le Pomme d'Api québécois, fruit d'outre-Atlantique, fête cette année son vingtième anniversaire, pendant que Popi, nouvelle graine québécoise pour les 1 à 3 ans, s'enracine.

«Pomme d'Api a été créé en France au moment où les mères ont commencé à travailler, où les deux parents se retrouvaient, le soir et les fins de semaine, à s'occuper des enfants et à rechercher un moment d'attention particulière, se rappelle Jacqueline Kergueno lors d'une entrevue téléphonique accordée depuis l'Hexagone. Le magazine est né car les parents avaient besoin d'un partage avec les enfants et d'un soutien pour ce partage, un soutien qui allait les aider à trouver la juste image et la juste phrase pour leur tout-petit.»

Avec ses personnages récurrents, ses microdocumentaires (Comment poussent les cheveux?), ses mini-bandes dessinées, ses jeux, ses bricolages, ses activités manuelles, Pomme d'Api devient cet intermédiaire entre parents et rejetons.

La revue s'inspire de la philosophie d'éducation de Maria Montessori, cherchant à faire découvrir le monde avec les sens, explique encore Jacqueline Kergueno. Alors responsable internationale du développement jeunesse pour Bayard Presse, c'est elle qui a pensé, il y a deux décennies, l'adaptation québécoise du magazine. Situations autres et «différences de vocabulaire. Quand on parle de l'école, les enfants français vont manger à la cantine, alors qu'au Québec ils apportent leur boîte à lunch, par exemple. Plusieurs situations ne sont pas les mêmes, et les enfants doivent s'y reconnaître. Le Québec a commencé très vite ses propres créations, qui sont revenues dans le magazine français.»

Des idées, des auteurs et des illustrateurs jeunesse d'ici passent ainsi désormais dans les pages françaises. «On a échangé nos cultures à travers nos Pomme d'Api, précise Jacqueline Kergueno.

Désormais à la retraite, cette passionnée n'a pu s'arrêter. «Je continue cette ligne d'édition, ce savoir-faire jeunesse de Bayard, mais dans les pays en développement. Là, je travaille sur le Cambodge, et en Afrique dans 25 pays.» Les enfants sont-ils les mêmes aux quatre coins du globe? «Le basique reste, partout dans le monde: un enfant, vers trois ans, commence à prendre conscience de l'espace au-delà de la maison, du temps au-delà de la journée, des changements de la nature autour de lui. Ce qui va changer, c'est la culture. On ne va pas apprendre les choses avec les mêmes supports. On ne va pas parler des mêmes plantes ni des mêmes animaux, mais les étapes fondamentales pour grandir sont les mêmes.»

Le Popi d'ici


Dès décembre, les pré-Pomme d'Api pourront recevoir, chaque mois, leur propre magazine. Popi arrive, lui aussi de la France, pour les 1 à 3 ans et rejoint les rangs de la quarantaine de magazines jeunesse que Bayard gère au Canada.

Paule Brière, rédactrice en chef de J'aime Lire et Pomme d'Api Québec, dirige aussi cette aventure. «Quand on a commencé il y a vingt ans, ce n'était pas évident d'expliquer aux parents que des enfants qui ne savent pas lire pouvaient bénéficier d'un magazine. À cette époque, on commençait à lire à un enfant seulement quand il entrait à l'école. On a fait du chemin depuis et on a compris l'importance de parler aux tout-petits et de leur lire aussi.»

Le format Popi sera réduit à la portée des petits doigts, les coins seront ronds, les pages, cartonnées, le tout, plus solide. «On sait bien que certains vont déchirer le magazine, mais voilà, ce n'est pas un livre! On a le droit d'y dessiner, de découper, de manipuler. Comme pour la rubrique Lili Souris, où on doit découper Lili pour la faire passer dans les trous des pages.»

Peu de mots


Popi sera un magazine de peu de mots, et c'est le défi de la rédactrice-adaptatrice, qui proposera pour certaines rubriques deux niveaux de lecture: un de quelques phrases, pour les enfants contemplatifs, et un de quelques mots, pour les grouillants qui ne sont pas sûrs d'avoir compris ce qu'est un magazine et qui ont besoin de passer plus vite à travers. «On joue à la fois sur la répétition et la surprise. Les enfants vont retrouver de mois en mois les mêmes personnages — Popi, Petit Ours Brun, Lili Souris — et cet effet de série, ces personnages auxquels on s'attache, mais avec assez de surprises pour les parents», qui n'auront pas ainsi à re-re-relire toujours le même livre favori.

«C'est très accessible, très varié, c'est rare que dans un livre on va avoir autant d'éveils possibles, à travers de la fiction, de petites bandes dessinées, des jeux et des possibilités de manipuler. Et recevoir un magazine à son nom chaque mois, c'est vraiment une fête pour un enfant.» Les deux premiers Popi étaient sous presse au moment de l'entrevue et sortiront en janvier. En kiosque, le magazine se vendra 6,95 $.

Les abonnés le recevront douze mois sur douze, et les parents, au début, auront un guide «pour savoir comment utiliser le magazine jeunesse, comment aller plus loin. Chaque mois, ils trouveront des pages pour eux dans le site Internet lié à Pomme d'Api, précise Mme Brière. Ce qui est fascinant quand on lit avec les tout-petits, c'est qu'on crée une bulle magique. On les prend sur nos genoux et plus rien n'existe autour que l'histoire qu'on est en train de lire.»