Pour les 7 à 10 ans - Le J'aime lire d'ici fêtera bientôt ses 25 ans

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Paule Brière
Photo: Source Bayard Paule Brière

Ce texte fait partie du cahier spécial Jeunesse - Les Débrouillards

Fondé en France en 1977, le magazine J'aime lire s'est doté dix ans plus tard de sa version québécoise. Depuis sa création, J'aime lire Québec poursuit le même objectif: donner envie de lire aux enfants qui débutent en matière de lecture.

Avec ses dix numéros par an vendus essentiellement par abonnement, la formule du magazine J'aime lire a prouvé son succès: 76 pages qui comprennent un petit roman, des pages de bédés, de jeux, d'activités ou encore de documentaires. S'il y a un nouveau roman dans chaque numéro, les personnages de bédé, eux, reviennent d'une fois à l'autre: on retrouve régulièrement Ariol, petit âne enfant qui fait des bêtises, Anatole Latuile, Toto et une création locale, Simone et ses monstres, signée Rémy Simard.

«L'intérêt du magazine est sa continuité, puisqu'il garde toujours la même structure, le même esprit, avec un élément de surprise dans le roman», avance Paule Brière, rédactrice en chef de J'aime lire, Pomme d'Api et Popi, dans leurs versions québécoises.

Ludique


Comme son nom l'indique, tout est mis en oeuvre pour placer la lecture sous le signe du plaisir. Le petit magazine met ainsi l'accent sur un apprentissage aussi ludique qu'agréable, divertissement et détente à l'appui, avec un caractère non obligatoire qui séduit les enfants. «Le magazine est conçu pour les aider à la compréhension du texte. C'est facile à lire, il y a des illustrations dans chaque page, des résumés dans chaque chapitre, des phrases courtes et des mots accessibles. Les textes sont très vivants et les enfants s'y retrouvent facilement», explique Suzanne Spino, coéditrice du pendant québécois de J'aime lire.

Pour cela, la tranche d'âge ciblée est bien précise: de sept à dix ans, c'est-à-dire les premiers pas de l'enfance dans la lecture autonome. «Les enfants qui lisent J'aime lire sont en 2e année du primaire et en sont aux premiers rudiments de l'apprentissage de la lecture, nous dit Suzanne Spino. J'aime lire les aide à entrer dans la lecture et leur permet d'apprendre petit à petit à lire tout un roman.»

Dès sa création, en 1987, J'aime lire Québec a trouvé son public. Il a atteint les 20 000 abonnés après cinq ans de publication. La clé du succès, selon Suzanne Spino, tient en partie à la formule du magazine de lecture: «Le concept de l'abonnement au magazine éducatif était nouveau. Lire un magazine est plus facile que lire un livre: au moment de l'apprentissage, un livre peut rebuter car il a trop de pages.»

Toute la francophonie

Dans la version québécoise de J'aime lire, neuf numéros sur dix sont issus de la version française du magazine, avec des romans écrits par des auteurs issus de toute la francophonie et parfois même traduits d'autres langues. On choisit, parmi les J'aime lire français, les romans qui ont le plus de résonance pour les jeunes lecteurs québécois d'aujourd'hui.

Côté thématique, le magazine mise sur la diversité: roman historique, humour, espionnage, science-fiction, fantaisie, conte de fées, roman policier... Tous les goûts, les sexes et les niveaux sont à l'honneur, puisque les romans proposés sont de complexité variable, pour cibler les lecteurs débutants comme ceux qui ont déjà une ou deux années d'entraînement à la lecture derrière eux.

Ce qui plaît le plus? «L'humour!, s'exclame Paule Brière, même si ce n'est pas toujours facile de trouver de bons textes humoristiques.»

Mais, chose importante: tous les textes sont retravaillés, remaniés et adaptés aux intérêts et aux spécificités linguistiques des enfants québécois, avec les «mots d'ici». «C'est important pour les enfants de retrouver les mots qu'ils connaissent, dit Suzanne Spino. La signification des mots n'est pas toujours la même: en France, un "cartable" désigne un sac d'école, par exemple.» Une autre spécificité de la version québécoise par rapport à la version française réside dans le nombre de pages documentaires plus élevé, avec un côté «magazine» plus marqué.

Tout Québec

Un numéro sur dix est en revanche 100 % québécois et accueille un roman écrit et illustré par un auteur et un illustrateur d'ici. Les thèmes abordés peuvent varier sensiblement d'un pays à l'autre. Certains thèmes, en effet, ne sont jamais abordés en France, puisqu'ils ne correspondent pas à des réalités que connaissent les petits Français, comme l'Halloween ou les tempêtes de neige, sans pour autant «tomber dans le bête folklorisme», souligne Paule Brière.

«Mais ça peut aussi être des sujets universels, traités différemment. Par exemple, un roman publié dans le J'aime lire québécois se déroulait pendant un Noël où il faisait chaud, et le père Noël décidait de se raser la barbe. Ici, quand il n'y a pas de neige à Noël, c'est presque une catastrophe naturelle! Mais cette histoire ne correspondait pas au public du J'aime lire français, et pour cause: en France et en Espagne, il n'y a généralement pas de neige à Noël, et l'histoire ne voulait donc rien dire», poursuit la rédactrice en chef.

Aujourd'hui, le «drôle de petit magazine qui donne le goût de lire», comme il se présente, fait face à de nouveaux défis pour continuer de garder sa clientèle. À l'heure où la concurrence est rude, à grand renfort de jeux d'ordinateur, le petit magazine éducatif garde ses moyens de séduction.

À l'avenir, pourquoi ne pas explorer différentes formules, en mettant davantage l'accent sur les pages de bricolage, de recettes et de documentaires?, se questionne Paule Brière. Mais, quelle que soit la formule choisie, l'objectif restera le même: «Aider les enfants à développer le plaisir de lire, de toutes les manières possibles».

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Collaboratrice du Devoir

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