Magazine - La science pensée pour les neuf à quatorze ans

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
L'équipe rédactionnelle des Débrouillards, avec à l'avant-plan la mascotte Beppo, l'éditeur Félix Maltais, la rédactrice en chef adjointe et la rédactrice en chef du magazine, Laurène Smagghe et Isabelle Vaillancourt.<br />
Photo: Source Les Débrouillards L'équipe rédactionnelle des Débrouillards, avec à l'avant-plan la mascotte Beppo, l'éditeur Félix Maltais, la rédactrice en chef adjointe et la rédactrice en chef du magazine, Laurène Smagghe et Isabelle Vaillancourt.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a trente ans, on était loin de s'imaginer que les télécopieurs et les CD, alors à leurs premiers balbutiements, deviendraient aujourd'hui des technologies complètement dépassées et que les jeunes ne pourraient survivre sans se faire greffer un téléphone portable. C'est dans ce monde low tech qu'ont paru en 1982 les premiers Débrouillards.

Félix Maltais, éditeur et fondateur du magazine Les Débrouillards, se souvient des samedis matins, armé de son bâton de colle et d'une agrafeuse, en train de mettre la touche finale aux polycopies deux couleurs des premières éditions des Débrouillards.

Au départ, l'intention était de créer un mouvement éducatif scientifique s'accompagnant d'un magazine de vulgarisation destiné aux enfants de neuf à quatorze ans. «À cet âge, les jeunes ressentent le besoin d'avoir plus de choses à se mettre sous la dent. C'est vers la 3e année du primaire qu'ils commencent à s'ouvrir davantage sur le monde, à être intéressés par la technologie, la psychologie, et qu'ils ont le goût de s'exprimer», rappelle Isabelle Vaillancourt, rédactrice en chef des Débrouillards.

«Au début, le plus difficile a été d'implanter la notion même de magazine éducatif dans la mentalité des parents, des décideurs (lire ici de ceux qui donnent des subventions) et de ceux qui font partie du milieu de la culture ou de la promotion du livre et de la culture», se souvient Félix Maltais. Aujourd'hui, le combat est encore loin d'être gagné, mais, de plus en plus, le magazine est accepté et est considéré comme un outil éducatif important. «Pourtant, il y a encore beaucoup de gens, d'institutions, d'organisations et de ministères pour qui ce n'est pas important, ce n'est pas majeur comme peut l'être le livre», rappelle M. Maltais.

Mais revenons un peu en arrière et regardons l'évolution d'hier à aujourd'hui: «Il y avait beaucoup, beaucoup de textes, plus longs, et dans un style plus scolaire. À l'époque on vouvoyait les lecteurs, maintenant on s'adresse à eux dans le tutoiement pour qu'ils sentent qu'ils font partie de la communauté», explique Mme Vaillancourt. Si le texte a beaucoup changé, aujourd'hui, on est aussi plus centré sur l'image: «On a maintenant accès à des banques de photos qui sont plutôt abordables, ce qui n'était pas le cas à l'époque, et chacune coûtait alors très cher», explique Félix Maltais.

Stimuler l'intérêt


La rédaction est aussi très soucieuse de donner aux jeunes plusieurs portes d'entrée aux différents textes du magazine, comme l'explique Isabelle Vaillancourt: «C'est rare que les jeunes commencent par lire le titre et l'amorce, on ne peut pas penser que le jeune va tout lire du début à la fin. Ce qu'on nomme les multiples portes d'entrée, c'est la possibilité qu'a le jeune d'entrer dans un article par un jeu-questionnaire qu'on met à la fin, par un test, par un bas de vignette, par une légende de photo ou encore par une phrase qui va courir au bas de la page. Avec la télévision et le jeu vidéo, les enfants sont plus habitués de zapper, c'est ce qui fait que, dans une page, on va attirer leur attention sur beaucoup de choses, on découpe l'information.»

L'équipe de la rédaction des Débrouillards est composée de communicateurs scientifiques. Grâce à eux, le style n'est ni didactique ni encyclopédique. «On propose des articles qui concernent les jeunes et qui les touchent. C'est vraiment la recette; même si le sujet n'est pas scientifique, il y a toujours un aspect qui va toucher la vie du jeune ou répondre aux questions qu'il se pose. Par exemple, si on écrit sur les volcans, on va essayer de les aborder sous la forme d'un reportage, le jeune va rencontrer des spécialistes scientifiques qui sont allés récemment sur un volcan, on va parler de l'actualité volcanique, tout ça pour offrir au jeune une information qu'il ne retrouvera pas ailleurs.»

Les enfants adorent expérimenter et s'attachent beaucoup au concret. Dans ses reportages, le magazine fait en sorte que, à la lecture, le jeune éprouve des sensations comme s'il était lui-même l'acteur de l'expérience qu'on lui décrit.

Un sur dix est abonné !

Au Québec, il y a présentement un enfant sur dix qui est abonné aux Débrouillards. On parle de 26 000 exemplaires, qui sont lues par quatre à cinq personnes, y compris les parents! Depuis sa création, le magazine a toujours misé sur la joie de l'enfant à recevoir chez lui Les Débrouillards, à SON nom, dans SA boîte aux lettres. C'est le parent qui enclenche le mouvement en abonnant son enfant, et c'est vrai que les parents aussi adorent Les Débrouillards. Ils savent très bien que l'information des Débrouillards est vérifiée, contrairement à ce qu'on peut trouver dans Internet...

Pourtant, au fil des ans, un phénomène nouveau est apparu: l'utilisation en classe des Débrouillards comme outil d'apprentissage. Pour faciliter la démarche, depuis quelques années déjà, le magazine propose aux professeurs des fiches pédagogiques adaptées aux sujets traités. On voit même apparaître des classes entières où les élèves sont abonnés.

Sur le Web, on trouve aussi Les Débrouillards, avec un site qui procure aux jeunes des compléments d'information sur les sujets traités dans le magazine, et c'est aussi un lieu d'échange: «On essaie de renforcer le sentiment de communauté. Les jeunes peuvent aller sur notre blogue pour donner leur opinion. Le webmestre est en fait un journaliste masqué écrivant sous les traits d'un personnage de la bédé. Par exemple, on peut aborder le sujet de la surconsommation en partant d'un personnage qui n'arrive pas à économiser son allocation. Les jeunes répondent et partagent leur opinion, ce qui est très important pour eux», explique Isabelle Vaillancourt. Le magazine procède aussi à des sondages en ligne afin de mieux connaître l'avis de ses lecteurs. Internet permet cette interactivité instantanée.

Garçons et... filles

Pour aider les garçons à l'école, le magazine Les Débrouillards devient un magnifique outil pour les faire lire. Voici l'explication de Mme Vaillancourt: «La façon dont l'information est présentée dans le magazine vient vraiment chercher les garçons: le documentaire séparé en petits blocs va les attirer. Ils obtiennent rapidement l'information qu'ils veulent, ils peuvent ensuite en parler et ils sont fiers de montrer qu'ils ont appris quelque chose.»

Mais Les Débrouillards est-il un magazine pour les garçons? «Malheureusement, la science fait encore parfois peur aux filles. Dans notre mise en pages, on essaie toujours d'équilibrer et d'alterner les interventions de filles et de garçons. On vise tous les jeunes.»

De son côté, Félix Maltais tente aussi une explication: «On a toujours eu 60 % de lecteurs garçons pour 40 % de filles, et ce, malgré le fait que les sciences soient de plus en plus unisexes. Rendus à douze, treize et quatorze ans, les garçons nous restent fidèles, mais nos lectrices du même âge nous quittent, parce qu'on leur offre beaucoup plus de magazines. On a une plus grande compétition sur le marché des filles que sur celui des garçons.»

Les Débrouillards a encore de belles années devant lui et, pour l'instant, ne se sent pas trop menacé par les nouvelles technologies. Laissons à Isabelle Vaillancourt le mot de la fin: «Ce que je souhaite pour le futur, c'est de continuer à bien faire ce que l'on fait déjà: démocratiser la science. Je souhaite que l'on continue d'outiller les jeunes pour que, une fois adultes, ils puissent lire des articles d'actualité scientifique (sur l'environnement, les nouvelles énergies, les recherches médicales controversées, etc.) en ne pensant pas que "c'est trop compliqué". C'est en partie ainsi qu'on les prépare à devenir des adultes qui ont une opinion fondée sur des faits.»

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Collaboratrice du Devoir