L'homme des images - La science, c'est «de la poudre aux yeux»

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
Jacques Goldstyn<br />
Photo: Source Bayard Jacques Goldstyn

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dessinateur scientifique et créateur des multiples personnages qui animent Les Débrouillards, Jacques Goldstyn n'est pas le bricoleur de machines que vous pourriez imaginer.

Enfant, Jacques Goldstyn voulait devenir dessinateur. Pompier? Policier? Nenni. Dessinateur, répondait ce fan de Tintin à l'adulte qui lui posait la question à laquelle tous les garçons et filles sont confrontés. Un jour, une de ces grandes personnes, du haut de sa voix de sage, l'aurait prévenu: «Tu ne mettras pas beaucoup de beurre sur ton pain.»

Aujourd'hui, l'homme cinquantenaire accompagne ce vieux souvenir d'un grand rire, moqueur. «Vrai, je ne mets jamais du beurre sur mon pain. Je préfère la margarine et la confiture», dit celui qui pratique le métier de dessinateur depuis trois décennies.

Kim, Van, Robert et Beppo

Jacques Goldstyn est un peu l'âme des Débrouillards, «le magazine drôlement scientifique des jeunes de 9 à 14 ans». Son âme, et ses visages les plus connus. Kim, la blondinette militante, Van, l'inventeur aux yeux bridés, Robert, habillé de son

inusable chandail du CH, et toute la cohorte des personnages qui animent chacun des numéros sont nés du crayon de Goldstyn. La célèbre Beppo aussi, cette espiègle grenouille qui met ses pattes partout et que son créateur n'hésite pas à qualifier de «petit batracien hyperconsommateur».

«Beppo a sa propre vie. Il passe des commentaires, dénonce les bêtises humaines», dit l'illustrateur, qui s'est amusé, au fil des années, à faire de l'amphibie un «bouche-trou». À l'interne, on a même baptisé «beppousser» la dernière étape avant l'envoi à l'imprimerie, qui consister à insérer quelques grenouilles pour agrémenter l'ensemble des pages.

Géologue?

Jacques Goldstyn est l'âme des Débrouillards depuis ses débuts, mais il s'en est fallu de peu pour qu'il n'en soit pas ainsi. Il y a trente ans, le jeune homme ne dessine plus. L'idée du pain sans beurre a fait son effet: ce calé en sciences opte pour des études à l'École polytechnique. Diplômé en géologie, fasciné par l'histoire physique de la planète, il se trouve un emploi en Alberta, l'Eldorado de la profession.

«C'était l'apothéose pour un géologue. On m'offrait un pont d'or, c'était prestigieux», commente-t-il, tout en admettant avoir haï l'expérience.

Un ancien compagnon d'université se souvient de lui, de ses dessins dans Le Polyscope, le journal étudiant, et l'incite à se présenter auprès de Félix Maltais, le futur fondateur des Débrouillards, qui cherche à illustrer ses propres textes scientifiques. Pendant quelques mois, Goldstyn bosse le jour pour l'industrie pétrolière, dessine le soir. Il n'insiste pas: il abandonne le pont d'or albertain et revient à Montréal vivre sa véritable passion.

Les Débrouillards aura fait la carrière de Jacques Goldstyn. Son gagne-pain. Son bonheur. Tête de scientifique, âme de créateur, il ne pouvait trouver meilleur terrain de jeu. Parce qu'aussi, il faut le dire, il a un coeur d'enfant. Il s'agit de le voir reprendre la lecture en cantonnais d'une des planches de «Van l'inventeur». Si, si, Les Débrouillards a son édition chinoise. Et non, son principal dessinateur ne parle pas la langue. Il n'est qu'un habile cabotin.

Vulgariser

«La vulgarisation m'a toujours fasciné», dit Jacques Goldstyn pour expliquer sa longue association au magazine scientifique. Le dessinateur, qui peut se faire très politisé ailleurs (au Couac ou à L'Aut'journal, par exemple), carbure à l'explication de phénomènes scientifiques.

Si on comprenait mieux la science, on vivrait mieux, voilà un peu le credo de celui qui, en quelques traits vifs et précis, peut résumer les différences entre la couche d'ozone et le réchauffement de la planète.«Il faut connaître les principes scientifiques pour savoir d'où on vient, comment notre Terre est constituée. La science est un peu mystérieuse. Elle explique aussi», insiste-t-il.

«Quand j'entends Lucien Bouchard parler du gaz de schiste, [qui dit] qu'il ne faut pas tourner le dos au progrès... J'aimerais avoir Lucien Bouchard un après-midi et lui expliquer pourquoi ça ne marchera pas, cette chose-là. Il faut écouter les scientifiques.»

Il faut savoir de quoi on parle, poursuit Jacques Goldstyn. Tout comme il faut savoir ce qu'on dessine lorsqu'on explique des concepts complexes. Ses cases sont limpides, même s'il ne se considère pas comme un grand dessinateur, de la trempe des Uderzo et Enki Bilal. Modeste, notre maître débrouillard accepte toutefois de dire que sa «force, c'est de pouvoir dessiner tout ce qu'il veut».

Pas Van qui veut

Serait-il lui-même le personnage de Van, qui invente tou-tes les machines qu'il veut, de celle qui fait les lits à celle qui transforme la pelouse en lait? Du tout, répond Goldstyn. Le bricoleur passionné par les machines ne lui correspond pas. Pas question, par exem-ple, d'abandonner ses feutres et papiers pour un écran tactile. En fait, admet cet adepte de la simplicité volontaire, le progrès technologique, il n'y croit plus.

«Dans les années 1970, donne-t-il en exemple, l'avenir passait par un avion supersonique qui nous amènerait à Paris en deux heures. Aujourd'hui, le Concorde est enterré. Ça veut dire qu'en 2011 ça prend le même temps [pour se rendre à Paris] qu'en 1960. Cinquante après? Eh oui, bravo pour la science.»

Jacques Goldstyn l'admet: la science, c'est de la «poudre aux yeux». Il ne la renie pas pour autant, fidèle encore aux principes de base. Et il les défendra et les décortiquera encore et toujours aux Débrouillards. Jusqu'à sa mort, assure-t-il. Même s'il caresse d'autres projets, comme celui de faire un album — «mais ça me prend un scénario» — Goldstyn restera fidèle au groupe qui lui a permis de faire sa vie. Sans beurre, mais à quoi bon?

***

Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Dr Tournesol - Abonné 5 novembre 2011 13 h 02

    De la poudre aux yeux?...

    Comme d'autres sans doute, j'ai été attiré par ce titre provocateur. Espérons seulement que les lecteurs ne tireront pas des conclusions hâtives sur la seule lecture de ce titre car s'il est vrai que la science ne peut résoudre tous nos maux, elle possède l'incroyable possibilité de changer radicalement notre monde. Pensons seulement à l'avènement du transistor, du laser ou de la bombe thermonucléaire. D'autres avancées aussi significatives sont possibles mais je crois que les scientifiques devraient dès maintenant prendre le recul nécessaire et viser une science la plus "verte" possible, que ce soit dans la réalisation de leurs tâches au quotidien comme dans l'examen, essentiel selon moi, de la pertinence des études à venir ou de celles déjà entreprises.

    Je suis en partie d'accord avec le fait que la science, au vu des technologies qui nous entourent, peut revêtir un caractère futile voire inhumain mais il faut aussi reconnaître qu'elle seule peut nous éclairer sur des enjeux comme les dérèglements climatiques, la perte de biodiversité ou l'effet de la pollution sur notre santé.

    Bref, l'article aurait selon moi réclamé un titre moins tape à l'oeil....

  • Gert - Inscrit 6 novembre 2011 11 h 29

    La science

    Je suis bien d'accord avec la science et même que il faut bien être scientifique pour avoir trouver les inventions qui existent sur la terre.

    Il y a de bonnes inventions comme l'électricité qui est propre et les éoliennes , bien sur les barrages sont dommagables mais nous donne un certain confort, mais le dommage que ça occasionne , ils innondent la terre et retiennent l'eau . Question de logique , si les barrages retiennent l'eau, la circulation de l'eau sur la terre balance la terre et si on en retiens trop , ça débalance la terre et c'est le pouquoi que la terre a dévié de 2 degrés, c'est beaucoup 2 degrés pour la terre et je crois que c'est ce qui active toutes les calamitées qui arrivent présentement sur la terre et qui sont de plus en plus présente et plus fortes, on a pas besoin d'ètre scientifique pour comprendre ça.
    On se doit d'arrêter de faire des barrages car ça vas empirer et ce sera des dommages irréversibles pour la terre et on se doit aussi d'arrêter de la poluer cette belle terre sinon l'humain vas s'éteindre et la terre vas recommencer a 0 comme c'est déja arrivé.

    Il faut penser a nos enfants et petits enfants et la nouvelle génération qui s,en vient , l'héritage qu'on lui laissera sera pour eux . Le mal ou le bien et si on continue comme ça , dans pas grand temps , il n'y aura pas de nouvelle génération qui vas vivre convenablement et ce sera l'apocalipse pour eux et il sera trop tard pour revenir en arrière .Il faudra remettre Dieu dans nos vies si on veut un meilleur monde et non un Dieu argent.
    Gerty