Europe - De la France, Les Petits Débrouillards essaiment sur toute la planète

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Les Petits Débrouillards proposent des expériences pour intéresser les jeunes à la science.<br />
Photo: Source Bayard Les Petits Débrouillards proposent des expériences pour intéresser les jeunes à la science.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le mouvement associatif des Petits Débrouillards a commencé à se déployer sur l'ensemble de la France en 1984. L'Hexagone regroupe aujourd'hui une vingtaine d'associations régionales; plusieurs pays du reste de l'Europe et d'ailleurs dans le monde lui ont emboîté le pas en se joignant à leur tour à ces clubs de jeunes scientifiques en herbe véhiculant des valeurs éducatives et humaines.

L'Association française des Petits Débrouillards présente actuellement un bilan chiffré plus que positif qui montre l'ampleur de l'évolution qu'elle a connue en l'espace d'un peu plus d'un quart de siècle: 51 antennes et relais territoriaux, 90 organisations non gouvernementales (ONG) et associations partenaires internationales, plus de 160 salariés permanents, 2000 animateurs et bénévoles, 4000 partenaires, associations de maisons de quartier, établissements scolaires, 40 000 jeunes qui pratiquent des activités scientifiques durant l'été, 250 000 visiteurs de ses expositions et utilisateurs de ses malles pédagogiques, 500 000 participants à ses activités, de la maternelle au lycée, 1 500 000 lecteurs de ses ouvrages et de ses sites Internet.

Comment l'idée s'est-elle répandue en France? «Nous avons commencé le magazine en janvier 1982 et, deux à trois ans plus tard, des animateurs des Débrouillards québécois sont allés en France pour dire ce qu'on faisait; ils ont décrit nos expériences, ont montré nos livres et nos magazines. D'ailleurs, les livres des expériences avaient déjà été publiés par l'éditeur Belin et étaient diffusés en France à ce moment-là», explique l'éditeur Félix Maltais, l'homme à l'origine de la mise sur pied au Québec de ces regroupements de jeunes, dont les Français ont finalement assumé l'essaimage à travers le monde.

«Les Français ont trouvé que c'était une bonne idée et les gens ont embarqué dans le projet en fondant ce qu'ils ont appelé à cette époque l'Antenne française des Petits Débrouillards, qui est devenue par la suite l'Association; ils fêtent cette année leur 25e anniversaire.»

À la grandeur du territoire français et plus

Directeur des Petits Débrouillards France, François Deroo prend alors la relève et, par la suite, le mouvement prend son essor: «On s'est très vite autonomisé par la création de cette association et, au cours des dix premières années, on s'est appliqué à montrer la pertinence de la pédagogie employée. À partir des années 1990, la croissance a été assurée par la mise sur pied graduelle de plusieurs associations régionales.»

Il en trace ce portrait: «C'est un réseau de regroupements qui se développe à proximité des collectivités et qui propose des activités de loisir scientifique pour les jeunes, avec une petite différence par rapport au mouvement québécois: très vite, au tournant des années 1990, on a réalisé certaines activités à l'intention des plus âgés, soit les jeunes de 12 à 16 ans. Par la suite, on s'est tourné vers les lycéens et on a donc ajouté des cordes à l'arc des Débrouillards en créant aussi des clubs sciences et société.»

Pour le reste, la France s'en tient à la démarche québécoise: «On poursuit vraiment la démarche expérimentale scientifique, qui représente l'objectif pédagogique pour développer l'esprit critique.» François Deroo souligne que les Français se sont même tournés vers d'autres pays pour exporter cette pédagogie: «On est allé vers tout le Maghreb, où Les Débrouillards sont implantés de façon assez importante; ils sont présents en Belgique, en Allemagne et dans une grande partie de l'Europe de l'Est [République tchèque, Slovaquie, Russie]. Après quoi, on s'est dirigé du côté de l'Amérique du Sud, où Les Débrouillards sont bien présents au Mexique, au Venezuela, en Colombie, en Argentine et au Brésil.»

À ce sujet, le Québécois Félix Maltais vante les mérites d'un individu: Jean-Claude Guiraudon, alors à la direction de l'animation à la Cité des sciences et de l'industrie, à La Villette.

«Ses fonctions l'amenaient à voyager à travers le monde; il était un mordu des Débrouil-lards et, partout où il allait, il sensibilisait des musées, des associations de scientifiques ou d'autres groupes pertinents pour qu'ils adoptent le concept de ceux-ci. Ce sont donc les Français qui, après avoir adopté notre idée et l'avoir transportée chez eux, l'ont fait essaimer en Europe et ailleurs dans le monde.» Il leur lève son chapeau: «Ils ont toujours été très corrects en reconnaissant, auprès de leurs interlocuteurs étrangers, que la paternité de ce concept-là appartenait à des gens du Québec. C'est vraiment grâce à eux si Les Débrouillards se sont retrouvés dans un grand nombre de pays.»

L'engouement est au rendez-vous

Les jeunes Français ont répondu positivement à l'appel du mouvement, assure M. Deroo: «Contrairement à ce qu'on imagine, ils sont très enthousiastes. Ils ont beaucoup d'appétit pour les sciences, qui leur sont évidemment présentées d'une façon différente de celle que l'école leur propose; ils les apprécient quand celles-ci sont bien amenées, bien organisées sous l'aspect ludique, quand ils ne sont pas jugés pour leurs interventions, quand ils peuvent travailler avec leurs mains en fabriquant des trucs, lorsqu'ils peuvent réfléchir en groupe et proposer eux-mêmes des activités. On se situe vraiment dans une démarche très participative.»

Pour ce qui est de la tranche d'âge des 12 à 16 ans, les adolescents sont invités à aborder différemment le monde des Petits Débrouillards: «Il y a un appétit de leur part, mais pour une pratique de l'activité qui est davantage écocitoyenne; ils s'intéressent à des projets qui, par exemple, vont avoir un impact sur leur quartier, sur leur milieu de vie, sur leur école et sur leur centre de loisirs; on développe donc avec eux des projets qui sont en osmose avec ces attentes.»

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Collaborateur du Devoir