Pour les 6 à 10 ans - Et les jeunes apprennent et lisent

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

C'est le p'tit frère, il est jeune, il est né en 2001, quelques années après le grand frère Les Débrouillards. Le magazine Les Explorateurs s'adresse aux jeunes de six à dix ans et est bourré de découvertes excitantes.

Sarah Perreault, la rédactrice en chef des Explorateurs, a pris les commandes de ce magazine en 2003, deux ans après sa fondation. «Publié à raison de quatre numéros par année pendant deux ans, on a ensuite testé le marché, puis à partir de 2003, voyant que le magazine fonctionnait très bien, on a décidé d'en faire un mensuel à raison de dix numéros par année. C'est à ce moment que j'ai pris les commandes du magazine, ce qui coïncidait avec la fin de la série télévisée sur laquelle je travaillais», raconte Sarah Perreault.

Ici, au Québec, la niche pour le magazine destiné aux enfants de six à dix ans avait été laissée complètement vide après la fermeture de Hibou et Coulicou. Au tout début de son existence, 60 à 70 % du matériel utilisé pour Les Explorateurs provenait d'un mensuel canadien-anglais de Toronto qui s'appelait ChickaDEE. «Graduellement, on a augmenté le pourcentage de contenu original et aujourd'hui on est rendu à plus de 90 % de matériel original», rappelle Mme Perreault.

Le mandat des Explorateurs est resté le même depuis le début: il a été créé pour satisfaire la curiosité des enfants de six à dix ans. C'est un groupe d'âge où les enfants sont très curieux, ils ont une curiosité scientifique quasi naturelle, ils observent, ils se questionnent et ils émettent des hypothèses. «On avait le mandat de servir d'outil d'éveil aux sciences, comme l'avait aussi le magazine Les Débrouillards. On s'est rapidement rendu compte qu'on devait ajouter à ça une préoccupation importante qui découlait du fait que notre lectorat était composé de lecteurs débutants, donc on avait un obstacle important qui était celui de la lecture.» Le magazine a dû s'ajuster à cette contrainte et est rapidement devenu un outil d'éveil à la lecture. Pour beaucoup d'enfants, le magazine va constituer le principal outil de lecture. Ce sera une première véritable lecture. Si les parents lisent des albums avec leurs enfants, «le magazine, c'est différent; l'enfant a l'impression que ça lui appartient, c'est un courrier qui arrive dans sa boîte aux lettres à son nom et à la maison. Il se l'approprie et va se plonger seul dedans», précise Sarah Perreault.

Faire lire

Il faut d'abord donner à l'enfant le goût d'ouvrir le magazin et, après, lui donner le goût de la lecture en tant que tel. Mme Perreault ajoute: «Il y a un lien très étroit entre la mise en pages et l'écriture, tout est fait simultanément: le texte est pensé et écrit en fonction de la mise en pages et il est retravaillé une fois la mise en pages terminée. Il faut que ce soit attrayant, qu'il y ait un certain confort de lecture, il faut que l'enfant se sente bien, que la typo soit facile à lire, que le vocabulaire utilisé soit accessible, que les phrases soient formulées de façon simple, parce que ce qui rebute le plus souvent l'enfant, c'est la densité du texte.»

La volonté d'établir une relation avec l'enfant est très forte chez l'équipe de rédaction des Explorateurs: «Pour nous, c'est un rendez-vous mensuel. Ça veut dire que l'enfant va retrouver des personnages et qu'il reconnaît entre autres ceux de la bande dessinée. C'est important que les chroniques reviennent, qu'il y ait une certaine constance dans nos pages, de mois en mois. On a les mêmes chroniques à peu près aux mêmes endroits, donc l'enfant y trouve des repères», explique Mme Perreault.

Filles et garçons

Ici, pas de clivage entre les garçons et les filles: «Comme on traite de sujets comme les animaux et les sciences de la nature, on va retenir les filles un peu plus longtemps que les garçons. On rejoint autant les garçons que les filles parce que c'est un groupe d'âge où il y a moins de disparités, et les intérêts sont assez similaires. Les enfants ont le même attrait pour les animaux et pour la bande dessinée, c'est après que les intérêts vont changer.»

Dans l'élaboration de son contenu, la rédaction apporte une attention particulière non pas aux sujets abordés, mais plutôt au rendu visuel, c'est-à-dire à l'utilisation des couleurs: le rose étant associé aux filles, on n'en voit pas beaucoup dans les pages des Explorateurs.

Comme pour le grand frère Les Débrouillards, on s'est rendu compte bien vite de l'utilisation qui était faite des Explorateurs en classe: «Les classes s'abonnaient au magazine et il y avait des enseignants qui l'utilisaient comme outil d'apprentissage de la lecture. Le magazine est intégré à l'enseignement du français. Contrairement au livre, le magazine offre un contenu renouvelé chaque mois, donc beaucoup d'avantages. Sans négliger l'utilisation du livre, Les Explorateurs devient un complément très intéressant.»

Des fiches pour enseignants

Par suite de cette constatation, des fiches pédagogiques à l'intention des enseignants ont été greffées au magazine. Ces fiches sont créées par un enseignant en sciences au primaire, Alain Labonté, un ancien conseiller pédagogique. L'enseignant peut utiliser la fiche, sur laquelle se trouvent des espaces pour les réponses de l'élève. Les contenus sont très variés et adaptés aux programmes scolaires du Québec.

À n'en pas douter, les jeunes développent un rapport affectif avec leur magazine, et ce, dès l'âge de six ans. Plus jeunes ils seront mis en contact avec les sciences, plus ils seront en mesure de comprendre le monde qui les entoure. Et, sait-on jamais, Les Explorateurs est peut-être en train de former une nouvelle génération de scientifiques...

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Collaboratrice du Devoir