Archéologie - L'arrivée des premiers humains en Amérique est repoussée de 1000 ans

Une nouvelle découverte archéologique repousse de 1000 ans la présence humaine en Amérique du Nord, apprend-on dans la dernière édition de la revue Science.

C'est la mise en évidence parmi les restes d'un mastodonte, ce très grand mammifère voisin de l'éléphant aujourd'hui disparu, d'une pointe de lance façonnée dans de l'os par la main d'un humain qui oblige à réviser la chronologie du premier peuplement de l'Amérique du Nord. Les ossements du mastodonte en question avaient été exhumés du site de Manis dans l'État de Washington, à la fin des années 1970.

Toutefois, ce n'est que récemment, grâce aux technologies de la science moderne, que les chercheurs sont parvenus à les dater précisément, à identifier l'espèce à laquelle ils appartiennent et à caractériser l'outil qui a servi vraisemblablement à le tuer ou à le dépecer. Un tomodensitomètre à haute résolution a permis de voir en trois dimensions comment la pointe de lance était enfoncée dans l'os costal du mastodonte, notamment, explique en entrevue l'un des auteurs de la publication, Michael Waters, du Center for the study of the First Americans de l'université du Texas A&M M.

Datation au carbone 14

À l'aide des techniques les plus récentes de datation au carbone 14, les chercheurs ont analysé le collagène qu'ils ont extrait des ossements du mastodonte, ainsi que de l'os ayant servi de matériau pour la fabrication de la pointe de lance. Finalement, des échantillons d'os ont été envoyés au Center for GeoGenetics de l'Université de Copenhague, où l'équipe d'Eske Willerslev a procédé à une analyse d'ADN et de séquençage de protéines qui ont révélé que ces échantillons provenaient d'un mastodonte.

«Cette découverte nous fournit une autre preuve solide que les humains ont peuplé l'Amérique plus tôt que [ne l'indiquait le site archéologique de] Clovis [aux États-Unis où ont été retrouvés des artefacts vieux de 13 000 ans]», affirme Michael Waters.

Le modèle de Clovis a longtemps été la principale hypothèse avancée pour décrire le peuplement de l'Amérique à l'époque préhistorique. Selon cette hypothèse, des humains venant du nord-est de l'Asie ont traversé le pont de terre qui émergeait du détroit de Béring, et ont ainsi rejoint l'Alaska avant de descendre vers le sud et de se répandre aux États-Unis, au Mexique et en Amérique centrale.

«L'essentiel de cette hypothèse reste correcte, indique M. Waters. Toutefois, alors que les plus vieux artefacts de Clovis datent de 13 000 ans, ceux du site de Manis remontent à 13 800 ans, soit 800 ans plus tôt que ceux de Clovis. Cette découverte nous montre non seulement que les premiers humains sont arrivés plus tôt, mais qu'ils chassaient des mammifères, tels que des mastodontes, à l'aide d'outils qu'ils fabriquaient à partir d'os, il y a 14 000 ans.»
3 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 24 octobre 2011 10 h 06

    Nouveau monde?

    Les Espagnols ont débarqué en Amérique du sud au XVe siècle en disant découvrir un nouveau monde alors que des civilisations raffinées y avaient déjà construit de grandes villes fonctionnelles. Le Mexico actuel est lourdement assis sur une de ces merveilles enfouies.
    La production agricole en terrasses ou en îlots, qui a pu efficacement nourrir des milliers de personnes, n'a jamais été égalée depuis. Des secrets d'efficacité sont perdus ou ignorés.

    Il faudrait bien avoir dans la mémoire collective que ce monde n'était nouveau que pour les ignorants y débarquant et qui ne pouvaient réussir à s'y projeter.
    Il me semble que ce n'est pas encore le cas, nous avons plein de trucs qui porte le nom de "nouveau monde".
    La nouveauté était plutôt dans ce qui a été perdu.
    Ayons au moins l'humilité de vouloir la retrouver.

  • Renaud Blais - Inscrit 24 octobre 2011 10 h 28

    Ce que nous devons aux Indiens d'Amérique

    Je viens de terminer la lecture d'un excellent bouquin sur le sujet:
    Jack Weaterford, Ce que nous devons aux Indiens d'Amérique, et comment ils ont transformé le monde, Chez Albin Michel, 1993, original 1988.
    C'est une approche anthropologique et ce bouquin répond largement aux normes scientifiques les plus sévères.
    Renaud Blais
    Huron-Wendat (C-3)

  • France Marcotte - Inscrite 24 octobre 2011 10 h 40

    Tuer mieux que l'autre

    L'arme à feu a-t-elle été la plus "grande" découverte utile aux peuples colonisateurs?
    Sans elle, comment auraient donc été possibles pillages et assujettissements?

    Le pouvoir de tuer à distance et avec fracas: c'est là-dessus qu'a reposé notre supériorité?
    Magnifique...

    Les Aztèques dit-on arrachaient le coeur palpitant de la poitrine des pauvres gens qu'ils offraient au dieu Soleil dont ils croyaient qu'il devait boire le sang humain pour continuer à briller.
    Au moins, une certaine proximité avec la victime était-elle nécessaire.