Prix Léo-Pariseau - Vers un vaccin thérapeutique pour guérir la leucémie

Martine Letarte Collaboration spéciale
Claude Perreault<br />
Photo: source udm Claude Perreault

Ce texte fait partie du cahier spécial Sciences et Culture - Les prix de l'ACFAS

Claude Perreault, chercheur principal à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l'Université de Montréal (UdeM), est le lauréat du prix Léo-Pariseau. Cet honneur est décerné chaque année à un acteur déterminant dans le domaine des sciences biologiques ou des sciences de la santé.

Après une trentaine d'années de travail acharné, Claude Perreault voit que ses efforts en recherche fondamentale dans le domaine du traitement de la leucémie sont sur le point d'aboutir en applications médicales concrètes. Il souhaite prochainement mettre au point un vaccin pour guérir la leucémie.

En janvier, l'hôpital Maisonneuve-Rosemont ouvrira un tout nouveau centre d'excellence en thérapie cellulaire pour traiter entre autres les gens atteints de leucémie. Les patients pourront s'y faire injecter des cellules, des lymphocytes T, qu'on a activées pour qu'elles attaquent des cellules cancéreuses. Ce sera le seul centre du genre au Canada. Pour le mettre en place, plusieurs millions doivent être investis. «Ce sera un aboutissement pour moi», affirme M. Perreault.

Mais, pour être capable de traiter des patients atteints de leucémie avec cette technique, plusieurs découvertes ont été nécessaires. Claude Perreault a commencé à travailler sur le sujet au début des années 80. «J'ai eu la chance d'être le premier au Québec à effectuer une transplantation de moelle osseuse. Il y avait une grande effervescence à ce moment-là parce qu'on comprenait que ces transplantations permettraient de guérir les patients atteints de leucémie. Pourquoi? On ne le savait pas», se souvient-il.

Les chercheurs ont finalement compris que des cellules dans le greffon, les lymphocytes T, rejetaient les cellules cancéreuses du receveur.

Pourquoi, chez les patients cancéreux, les lymphocytes T ne jouent plus leur rôle d'attaquer les cellules cancéreuses?«Le système immunitaire doit éliminer les cellules cancéreuses avant que le cancer n'apparaisse. Tous les gens qui ont un déficit immunitaire ont de la difficulté à le faire. Je ne parle pas seulement des gens atteints du sida. Tous les gens de plus de 50 ans ont un déficit immunitaire parce que l'organe qui les produit, le thymus, commence à s'atrophier dès l'âge d'un an. En 1900, l'espérance de vie était de 40 ans, donc le système immunitaire n'avait pas besoin d'une durée de vie beaucoup plus longue», explique-t-il.

Le chercheur a énormément travaillé à comprendre le fonctionnement du processus du rejet des cellules cancéreuses par les lymphocytes T. «Pour le système immunitaire, l'univers se sépare en deux: le soi et le non-soi. Il fallait donc trouver la définition de ce que le système immunitaire considère comme le soi. Nous avons découvert que cela se détermine avec les fragments de protéines, les peptides, qui se trouvent sur la surface des cellules. Si les peptides sont normaux, le système immunitaire ne fait rien. Si les cellules sont infectées ou cancéreuses, le système immunitaire les rejette», explique le Dr Perreault, qui pratique une journée par semaine à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Peaufiner la technique

Actuellement, lorsqu'on transplante une moelle osseuse, on injecte de façon non sélective les lymphocytes T du donneur au receveur. «La conséquence, c'est qu'ils rejettent les cellules cancéreuses, mais aussi les bonnes. C'est ce qu'on appelle la maladie du greffon. Une chose importante que mon équipe a montrée, c'est que c'est possible chez la souris d'avoir un effet anticancéreux amplifié et d'éviter d'attaquer les bonnes cellules en sélectionnant les lymphocytes T et en les activant contre les peptides des cellules cancéreuses», indique M. Perreault.

Pour faire cette sélection, il a fallu également trouver les peptides présents sur les cellules cancéreuses et absents sur les cellules normales. «Avec le chimiste Pierre Thibault et le bio-informaticien Sébastien Lemieux, mon équipe a mis au point une technique qui permet d'y arriver», explique le Dr Perreault. Après plusieurs années à travailler avec des souris, son équipe effectuera prochainement un premier traitement sur un humain.

Le chercheur est optimiste quant à ses chances d'arriver à développer un vaccin thérapeutique contre la leucémie. Le Dr Perreault est fasciné de voir l'évolution de la science dans le domaine de l'hématologie.

«D'ailleurs, j'ai pratiquement toujours voulu être médecin, mais mon premier amour était les neurosciences. J'adorais ça, mais je trouvais que les possibilités d'interventions étaient limitées. Avec le sang, ça évolue beaucoup plus vite parce qu'on peut faire 10 prises de sang par jour si on veut pour analyser l'effet de médicaments. Je suis un amateur de nouveauté», affirme-t-il.

Lorsqu'il a commencé à pratiquer la médecine, le Dr Perreault a rapidement compris qu'il était plus touché par les patients qu'il n'arrivait pas à guérir que par les autres. C'est pour cette raison qu'il s'est orienté vers la recherche. Un chemin tout de même naturel pour celui qui vient d'une famille de professeurs. «D'ailleurs, que ce soit en faisant de la recherche ou en enseignant, j'aime beaucoup l'interaction avec les étudiants. C'est extrêmement stimulant. J'apprends beaucoup avec eux, même si c'est moi le vieux chien et eux les jeunes loups!»

Le vaccin thérapeutique contre la leucémie n'est pas le seul projet de Claude Perreault. Il travaille aussi sur le thymus qui produit les lymphocytes T. «L'atrophie du thymus est une barrière à l'espérance de vie. Nous travaillons à trouver des façons de rajeunir le thymus. Nous sommes encore au stade de la souris, par contre», précise-t-il.

Malgré tous ses grands travaux en chantier, le Dr Perreault affirme ne pas toujours être dans son laboratoire. «Je ne crois pas que ce soit bon d'être toujours dans les mêmes lieux physiques. Par contre, mes questions m'accompagnent partout. Je suis un peu monomaniaque. Je crois que ça prend ça pour avoir du succès. En fait, je crois que ça prend deux qualités: avoir de la rigueur et de la créativité. Le problème, c'est que ce sont souvent deux opposés.»

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Collaboratrice du Devoir