Prix Desjardins et Ressources naturelles - Demain, de grands esprits, aujourd'hui, des lauréats

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale
Martin Picard<br />
Photo: Source Acfas Martin Picard

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L'Association francophone pour le savoir (Acfas) souligne chaque année depuis 1944 l'apport considérable de chercheurs québécois à la recherche scientifique. En plus de récompenser des percées éloquentes dans tous les domaines de la recherche, les prix de l'Acfas viennent aussi soutenir les chercheurs qui proposent des avancées prometteuses pour demain.

Cette année, l'association a récompensé huit chercheurs et trois étudiants-chercheurs à la maîtrise et au doctorat, à l'occasion de son gala annuel, qui s'est tenu le 29 septembre. Tandis qu'on considère également leur expérience de travail et leurs réalisations personnelles dans le cadre du processus de sélection, les lauréats-étudiants sont nommés en vertu de la qualité du dossier universitaire, de la pertinence du projet de recherche, de son originalité et de sa clarté. Ainsi, les prix Acfas permettront aux trois jeunes maîtres-penseurs de poursuivre leurs projets de recherche respectifs avec l'aide d'une bourse de 5000 $.

De la mitochondrie

Avant de commencer une maîtrise en 2008, Martin Picard a empoché un baccalauréat en physiologie à l'Université McGill, où il a étudié la mitochondrie dans les maladies chroniques. En 2009, ses superviseurs l'encouragent à passer directement au doctorat. Entre-temps, il a aussi complété une formation professionnelle en homéopathie à l'Institut d'homéopathie classique de Montréal (MICH), ce qui lui a permis d'avoir une vision intégrative et plus large des processus actifs dans la santé et la maladie au cours du vieillissement. Sa formation universitaire inclut aussi une formation complémentaire en oncologie psychosociale et en biologie des systèmes.

Le projet de recherche de Martin vise les mécanismes biologiques par lesquels les facteurs écologiques affectent le fonctionnement et le vieillissement cellulaires. Dans ce contexte, la mitochondrie, soit la partie de la cellule qui produit l'énergie nécessaire à la vie, intègre les divers éléments de l'environnement, tels les niveaux de nutriments (sucres et gras) et les hormones de stress, pour informer et dicter le fonctionnement des cellules. «Les mitochondries sont très sensibles à ce qu'on mange et à l'activité physique qu'on fait. Elles informent les cellules en modifiant la partie malléable du génome, soit l'épigénome. Or des études connexes récentes indiquent que l'épigénome est très influent dans le vieillissement cellulaire et prédisposerait les gens aux maladies reliées au vieillissement. Je vois donc en la mitochondrie le centre giratoire par lequel transitent des informations vitales pour la cellule. J'imagine ainsi des stratégies alimentaires, comportementales ou autres mises en place à différentes périodes de la vie qui maximiseront le potentiel de santé des gens.»

À court terme, le lauréat prévoit effectuer un post-doctorat à Philadelphie avec un leader dans le domaine de la médecine mitochondriale. Plus tard, il compte développer un programme de recherche qui étudiera le lien entre le corps et l'esprit. Une recherche qui permettra d'instaurer des stratégies durables d'optimisation de la santé et de prévention des maladies associées au vieillissement.

Du temps de réaction


Infirmier de profession, Simon Grenier-Michaud poursuit maintenant ses études de maîtrise à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). L'Acfas l'a récompensé pour mener à terme son projet de recherche, qui relève d'une étude menée en 2008 par l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé, laquelle a révélé que le temps de réaction pour la prise en charge des infarctus aigus du myocarde à l'urgence, en Mauricie et au Centre-du-Québec, était trop long. «Chaque minute qu'on perd, on perd du muscle», précise l'infirmier, qui travaille bien quand l'adrénaline est à son paroxysme. Ce dernier s'intéresse surtout au délai entre le moment où le patient franchit les portes de l'urgence et le moment où on effectue un électrocardiogramme (ECG), délai qui ne doit pas dépasser 10 minutes, puisqu'il s'agit de celui qui a le plus d'impact.

Âgé d'à peine 24 ans, Simon enseigne déjà les soins d'urgence comme chargé de cours à l'UQTR. Il a d'ailleurs reçu une subvention du Fonds d'innovation pédagogique (FIP) afin de travailler à améliorer l'ensemble des soins d'urgence en traumatologie. Bien qu'il travaille toujours sur le terrain au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières (CHRTR), où on a d'ailleurs instauré une nouvelle structure en ajoutant un ECG et en implantant un nouveau code d'appel — procédure qui permet dorénavant aux infirmiers de réaliser un ECG à l'arrivée du patient qui fait clairement un infarctus — le jeune infirmier est très enthousiasmé par l'idée de poursuivre une carrière universitaire. «Jumeler la pratique et des projets visant l'amélioration des soins infirmiers en général est une carrière qui m'intéresse vivement.»

De la dépendance

Diane Bastien travaille à l'intégration d'espaces vitrés aux bâtiments. Une fois en poche son baccalauréat en physique, elle a entamé une maîtrise en génie du bâtiment pour être presque aussitôt transférée au doctorat. «Avec les innombrables défis posés par les changements climatiques et les luttes géopolitiques pour des ressources d'autant plus convoitées et dispendieuses, il devient impératif de réduire notre dépendance envers les carburants fossiles, lit-on dans le document qui présente le projet de recherche de celle qui s'est tournée vers l'énergie solaire, une ressource abondante et renouvelable pouvant nous aider à atteindre cet objectif. Considérant que les bâtiments consomment 50 % de l'électricité et génèrent 28 % des gaz à effet de serre (GES) au pays, l'intégration de l'énergie solaire aux bâtiments se révèle être un domaine de recherche important avec un fort potentiel d'économie d'énergie et de réduction des GES.»

En plus d'être un excellent collecteur solaire, le solarium est un espace agréable pour relaxer et suffisamment ensoleillé pour cultiver légumes et plantes. Concrètement, les modèles traditionnels de simulation de bâtiments n'étant pas bien appropriés pour la modélisation de grands espaces vitrés, Diane se concentre sur le design et le contrôle d'une serre-solarium à haute performance énergétique rattachée à une maison résidentielle. Ainsi, son travail vise le développement d'un modèle de simulation thermique détaillé qui prédira les conditions à l'intérieur du solarium. Un modèle qui sera utilisé pour comparer des stratégies novatrices, à savoir lesquelles sont plus efficaces pour maximiser la performance énergétique.

Ultimement, Diane aimerait travailler à l'élaboration d'une politique d'énergie renouvelable pour le Québec ou le Canada. Bien que l'énergie soit une compétence qui relève surtout du gouvernement provincial, elle souhaiterait d'abord que, plutôt que de financer le nucléaire et les combustibles fossiles, le fédéral redirige ses subventions vers les sources d'énergie renouvelables. «Voilà qui donnerait un bon coup de pouce à la lutte contre les changements climatiques...»

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Collaboratrice du Devoir