Réseau Action TI - Y aura-t-il un bogue en 2012?

Martine Letarte Collaboration spéciale
Lyne Bouchard, présidente du conseil d’admi-nistration du Réseau Action TI<br />
Photo: Source Action TI Lyne Bouchard, présidente du conseil d’admi-nistration du Réseau Action TI

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Réseau Action TI tenait samedi dernier son gala des Octas pour récompenser les meilleures réalisations dans le domaine des technologies de l'information (TI) au Québec. Cet événement est l'une des stratégies utilisées par l'organisme pour valoriser un secteur d'activité qui aura de grands défis à relever au cours des prochaines années.

À cause des technologies qui évoluent très rapidement et des nombreux départs à la retraite prévus prochainement, le Réseau Action TI croit que la pénurie de travailleurs qualifiés est toujours préoccupante dans son secteur d'activité. «De plus en plus, nous avons besoin de professionnels spécialisés, avec des compétences très poussées dans différents secteurs d'activité», affirme Lyne Bouchard, présidente du conseil d'administration du Réseau Action TI.

«Comme pour tous les autres secteurs, nous croyons que nous serons frappés par ce qu'on pourrait appeler le bogue de 2012, soit le moment où on aura plus de départs à la retraite que de jeunes qui arriveront, d'où l'importance aussi de la qualification. Comme de plus en plus de travailleurs prennent leur retraite, il faut être capable de fournir des gens avec des compétences de travailleur expérimenté pour les remplacer», ajoute Patrice-Guy Martin, président-directeur général du Réseau Action TI.

Intéresser les jeunes

On peut pourtant avoir tendance à penser que l'industrie des TI n'est pas bien vieille. «Les jeunes sont attirés par les emplois dans les entreprises de jeux vidéo et d'applications mobiles. Or le monde des TI au Québec, ce sont 200 000 personnes présentes dans tous les secteurs d'activité. L'informatique dite ordinaire, celle qui fait rouler par exemple les guichets automatiques et les systèmes de réservation de billets d'avion, est essentielle! Toute l'économie repose sur des systèmes comme ça. On n'en entend pas assez parler et les jeunes ne sont pas toujours naturellement portés vers ces secteurs», fait remarquer M. Martin.

Pourtant, il semble que les défis soient très grands dans cette informatique «ordinaire». «Les systèmes à développer pour gérer autant d'informations sont très complexes et ils sont tellement bons qu'ils sont transparents; on ne se rend pas compte qu'ils sont là. En fait, on en parle seulement si ça va moins bien! C'est de la grande informatique et la rémunération est en conséquence. Pourtant, bien des jeunes trouvent que ça n'a pas l'air très excitant au premier abord. Il faut mieux les informer», ajoute-t-il.

Le défi de la formation


Les travailleurs du secteur des TI ont aussi de grands défis à relever en matière de formation et de formation continue. En raison de la demande de main-d'oeuvre très spécialisée, les travailleurs doivent continuellement acquérir des formations très pointues.

«Les maisons d'enseignement doivent développer des offres de formations adaptées aux besoins des différents secteurs d'activité et non seulement pour les jeux vidéo!», affirme Mme Bouchard.

En même temps, il faut faire attention, d'après Patrice-Guy Martin, pour ne pas couper dans la formation généraliste qui permet aux jeunes d'apprendre les grands principes de base. «Parce que les technologies et les langages de programmation évoluent très vite, on ne peut pas demander aux universités, par exemple, de développer des formations techniques extrêmement spécialisées. Par contre, si le travailleur a eu une bonne formation généraliste, il pourra par la suite aller se chercher des formations complémentaires de différents instituts spécialisés ou de fournisseurs qui, eux, n'offrent pas de formation généraliste», explique-t-il.

Pour Lyne Bouchard, également vice-rectrice au campus de Longueuil et vice-rectrice aux technologies de l'information de l'Université de Sherbrooke, le maintien de la formation généraliste, au baccalauréat, n'empêche pas les universités de développer des formations supplémentaires, spécialisées, mises au point selon les besoins particuliers de l'industrie.

Plate-forme d'échange

Sans offrir lui-même de la formation, le Réseau Action TI souhaite devenir une plate-forme pour que les membres puissent échanger de l'information. «Par exemple, que les gens qui occupent différents postes identifient sur notre site les compétences qu'ils doivent maîtriser et, par la suite, qu'on puisse y afficher des offres de service en ce sens. Nous voulons vraiment devenir une porte d'entrée, une source d'informations pour nos membres par rapport à différents cours, documents techniques, etc.», explique Patrice-Guy Martin.

Le Réseau Action TI organise également des dîners avec des conférences de professionnels des TI qui occupent des postes de très haut niveau. Par exemple, le mois prochain, le conférencier sera Robert Ouellette, premier vice-président Services partagés et directeur général du groupe Technologies chez Desjardins.

«Lors de ces conférences, la personne vient partager les défis de son organisation avec l'auditoire, composé principalement de vice-présidents informatique. C'est une source d'inspiration pour eux», précise M. Martin.

Le Réseau Action TI souhaite également donner un coup de main à ses membres dans les prochaines années par rapport aux grands enjeux liés à la profession, comme tout ce qui touche au respect de la vie privée, à la géolocalisation, etc. «C'est une grande responsabilité qui repose sur l'ensemble de l'industrie. Par exemple, on est rendu à développer des applications pour les téléphones qui reconnaissent les serrures et permettent de les débarrer. Imaginons si on commence à faire ça avec les billets d'avion et tout le reste. Les possibilités sont infinies mais, en même temps, ces technologies détectent votre localisation, donc il y a des préoccupations et il faut en être conscient», indique M. Martin.

Le Réseau Action TI souhaite donc organiser des conférences qui aborderont ces sujets, en discuter sur ses blogues, mais aussi indiquer à ses membres des lois et des documents qui expliquent les bonnes pratiques. «Les professionnels, dit M. Martin, doivent pouvoir se référer à des processus clairs de bonne gouvernance en matière de TI et nous les soutiendrons dans cette démarche.»

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Collaboratrice du Devoir