Apprentissage - Un curieux jeu de bois...

Thierry Haroun Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Si Jeu de bois, du Consortium de recherche Forac de l'Université Laval, remporte les grands honneurs, le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2 reçoit une mention Coup de cœur.

C'est donc un certain Jeu de bois qui a remporté l'Octas de l'apprentissage en ligne. Dans l'industrie du bois, différentes entreprises interviennent, tour à tour, dans l'évolution de la matière ligneuse: de sa cueillette en forêt jusqu'à sa troisième transformation, le tout dans une chaîne logistique complexe. Ce sont cette chaîne et les relations entre les entreprises de ce secteur qu'explore le Jeu de bois.

Chaque partie est jouée avec au plus sept personnes. Ainsi, chaque joueur est aux commandes d'une entreprise qui est à la fois un client et un fournisseur d'autres entreprises. Sans échanger d'informations, les joueurs doivent prendre des décisions: achat, vente. À travers Jeu de bois, les participants en viennent à comprendre et à assimiler les divers concepts et problèmes touchant autant la gestion d'une chaîne logistique que sa dynamique.

Il faut dire que ce concept prend forme en 1960 à l'Institut de technologie du Massachusetts où est créé Beer Game, un jeu simulant un réseau de distribution de bière. Une quarantaine d'années plus tard, l'Université suédoise des sciences agricoles en a adapté les principes pour l'appliquer à l'industrie du bois (le Wood Supply Game). Et c'est précisément cela qui a inspiré l'équipe du Forac à se lancer, dès 2002, dans l'aventure du Jeu de bois.

Et ça fonctionne? «Oui, ça fonctionne vraiment bien. On y joue à travers le monde. Il y a une entreprise de tissu établie à Hong-Kong qui joue à notre jeu», précise Philippe Marier, coordonnateur des projets industriels au Forac.

D'ailleurs, la liste des établissements d'enseignement qui ont intégré ou qui comptent intégrer le Jeu de bois dans le cadre de leur formation s'allonge. Outre l'Université Laval, on notera l'Université du Québec à Trois-Rivières, l'Université de Bretagne-Sud, l'Université d'État de l'Oregon, l'École norvégienne d'économie et de gestion des affaires, la Faculté universitaire catholique de Mons, l'IAE de Lyon (École universitaire en gestion) ou encore l'Université suédoise des sciences agricoles. Et, depuis que les prototypes du jeu sont disponibles en ligne, quelque 2500 parties ont été jouées à l'échelle mondiale, dont 66 % en Europe et 22 % en Amérique du Nord.

«En fait, ajoute le professeur Marier, l'idéal, c'est de jouer dans une même salle, ce qui permet à l'animateur de faire le point à la fin de la partie et d'analyser les résultats. Mais, évidemment, une partie peut être jouée, grâce à Internet, par des gens situés dans différentes villes.»

Des oeuvres virtuelles

Quant au Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2, rattaché au Département d'études littéraires de l'UQAM, il a reçu du jury une mention Coup de coeur.

Ce répertoire propose plus de 3500 oeuvres d'art et de littérature hypermédiatiques. On aura compris qu'il vise à représenter les productions actuelles en art et en littérature dans Internet. Les oeuvres du répertoire ont toutes une dimension interactive et recoupent les différentes périodes historiques d'Internet. Elles sont répertoriées en fonction de l'expérience concrète de l'internaute, en plus de réunir les informations de base (auteur, titre, année de production, adresse du site Web, format, contenu, langue, type d'interactivité, navigation filmée, capture d'écran, etc.).

«Ce sont des oeuvres qui n'existent que dans Internet. Qui sont faites pour y être vues mais qui, en même temps, poussent à la réflexion: qu'est-ce qu'un texte? Qu'est-ce que c'est que de lire dans Internet? Quelles sont les relations entre les textes et les images? On retrouve des oeuvres qui sont de plus en plus complexes dans Internet», note Bernard Gervais, le fondateur du répertoire et professeur d'études littéraires.

Un répertoire qui prend du galon avec le temps, précise-t-il. «Le répertoire est maintenant connu et profite d'une belle reconnaissance à l'échelle internationale. D'ailleurs, les États-Unis tentent de nous imiter. On sera à Bergen, en Norvège, les 19 et 20 juin prochains pour en parler et j'arrive de l'Université Paris VIII, où j'ai aussi eu l'occasion de raconter le fonctionnement du répertoire.» Une collaboration est par ailleurs envisagée prochainement avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

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Collaborateur du Devoir