Alogient - Caméléon est gratuit!

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

«C'est l'accumulation de beaucoup d'efforts, estime Patrick L. Perreault, vice-président Conseil d'Alogient. Ça fait six ans qu'on développe ce produit à la sueur de notre front. Ce deuxième prix en l'espace de quelques mois vient également confirmer le fait que la décision d'affaires que nous avons prise de mettre l'accent sur la langue française est payante, mais aussi que nous avions raison de transformer Caméléon en logiciel libre, à code source libre, à un moment où de plus en plus de gens tentent de garder la mainmise sur leur produit.»

Caméléon, voici donc le programme qui est l'objet de toutes les attentions dans le petit monde des technologies de l'information ces derniers mois. Du moins, sur le marché francophone. «Nous nous sommes dit qu'il y avait une occasion d'affaires sur le marché pour lancer un produit entièrement en français, si on considère que la francophonie, ce sont plusieurs pays et c'est une étendue très large dans le monde», poursuit M. Perreault. On ne raconte pas forcément l'histoire classique... Nous ne nous sommes pas lancés là-dedans parce que le français est en danger, ajoute Jean-François Rioux, président d'Alogient. Le français est tout simplement notre axe compétitif sur le marché des systèmes de gestion de contenu et c'est un message qui est bien passé auprès des deux jurys de ces concours-là.»

Un système de gestion de contenu, ou CMS, est un programme destiné à la conception et à la mise à jour de sites web ou d'applications multimédias. Lozeau, Desjardins, CN, TD Assurance et plus d'une cinquantaine d'autres entreprises ou associations utilisent aujourd'hui Caméléon. Pour sa fiabilité, pour sa simplicité, pour son utilisation de la langue française sans doute également un peu. Mais sûrement aussi pour sa gratuité. «Quand on regarde les tendances, affirme Jean-François Rioux, on s'aperçoit que de plus en plus d'entreprises veulent aller vers des logiciels à code source libre. On espère que, chez les gens qui sont attirés par ce type de logiciel et qui se trouvent dans la francophonie, le prix Octas nous apportera un gain de notoriété et de popularité, qu'ils implanteront notre logiciel mais aussi qu'ils en poursuivront le développement.»

Source libre

Car voilà tout l'intérêt d'un programme à code source libre. Alogient a produit Caméléon et l'a mis sur le marché: libre ensuite aux développeurs qui le souhaitent de programmer des modules qui viendront compléter le produit, le rendre toujours plus performant. «L'équipe d'Alogient, qui se promène d'ailleurs la tête haute aujourd'hui dans les couloirs, travaille fort sur l'évolution du produit, mais d'autres gens peuvent travailler à cette évolution-là, en fonction de leurs besoins», explique Patrick L. Perreault.

Et le modèle d'affaires, dans tout ça? «À la base, les gens choisissent votre produit parce qu'il est gratuit, qu'il n'y a pas de frais de licence, ils économisent donc beaucoup d'argent, estime Jean-François Rioux. De notre côté, on fait notre revenu en développant des plans de soutien spécifiques pour les gens qui utilisent notre produit. Nous-mêmes, nous créons des sites avec Caméléon pour certains clients. Sans oublier les programmes de formation sur mesure qu'on peut livrer à des développeurs, à des fournisseurs de service ou encore à des entreprises, notamment le service public, qui a souvent des besoins très particuliers.»

Alogient souhaite d'ailleurs profiter de la visibilité offerte par ces deux prix pour toucher de nouveaux clients, et la fonction publique est une de ses cibles. Les particuliers également, si tant est qu'ils s'y connaissent un tant soit peu en programmation web. «Le défaut des logiciels grand public, estime Patrick Perreault, c'est qu'ils proposent toujours les mêmes designs... Caméléon permet d'aller plus loin dans la personnalisation de l'interface de votre site.»

L'entreprise montréalaise a fêté ses dix bougies l'an dernier et compte aujourd'hui une cinquantaine de salariés. Sa spécialité: le commerce électronique, Intranet et les solutions clé en main, depuis la stratégie web jusqu'à l'hébergement.

Caméléon en est à sa cinquième version et son développement a coûté environ un demi-million de dollars. «Les prix représentent beaucoup au niveau commercial, conclut M. Rioux, mais c'est surtout une grande source de motivation pour tous nos employés.» Des salariés qui ont de quoi être fiers, car un de leurs clients a également remporté un prix Octas samedi soir: Des ordinateurs pour les écoles du Québec (Opeq), qui s'est illustré dans la catégorie des technologies de l'information au service de la société.

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Collaboratrice du Devoir