Amendement au projet de loi 130 - Soulagement dans le milieu de la recherche

Les chercheurs se réjouissent de la décision du gouvernement de préserver l'intégrité des trois fonds (FRSQ, FQRNT et FQRSC) qui subventionnent la recherche au Québec. Ils sont reconnaissants à la ministre d'avoir entendu leurs arguments qui démontraient l'inutilité, voire le danger de la fusion des trois fonds qui était envisagée par le projet de loi no 130.

L'amendement apporté au projet de loi indique que le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) et le Fonds québécois de la recherche sur la nature et la technologie (FQRNT) ne subiront «aucun changement de personnalité» et qu'ils «continueront leurs activités sous leur nouveau nom, sans autre formalité». Ils conserveront leur conseil d'administration respectif, qui sera toutefois présidé par un scientifique en chef.

Selon le président de l'Acfas, Pierre Noreau, il s'agit d'«un compromis très acceptable». «En commission parlementaire, on avait répété que l'idée de fusionner des fonds n'était pas le produit d'une demande du milieu scientifique. On avait soulevé qu'une telle fusion pouvait conduire à des confusions dans les processus d'évaluation des demandes, qui doivent être analysées par des spécialistes du champ de recherche dont elles sont issues. Les trois grands champs de la recherche qu'on connaît sont des divisions qui existent partout dans le monde, ce n'est pas une caractéristique québécoise. Même les fonds fédéraux sont structurés autour des mêmes trois champs.»

«On souhaitait que les trois conseils d'administration continuent à être l'instance décisionnelle dans l'attribution des fonds; c'est acquis dans les amendements actuels, poursuit M. Noreau. Le scientifique en chef qui présidera les conseils d'administration des trois fonds ne devrait pas nuire à l'autonomie décisionnelle de chacun des fonds et des secteurs. Par ailleurs, il donnera une certaine visibilité au monde de la recherche à l'intérieur du gouvernement.»

Le sociologue des sciences Yves Gingras, de l'UQAM, sait gré au ministre d'«avoir entendu les suggestions rationnelles venant des personnes impliquées dans la recherche et qui étaient à peu près unanimes à décrier l'idée d'une fusion des trois fonds qui ne tenait nullement compte de la spécificité des disciplines». Il affirme que «cela montre qu'il ne faut pas hésiter à se mobiliser lorsque les gouvernements proposent des changements mal avisés».

Le président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU), Max Roy, est heureux de voir que «le gouvernement a compris qu'il était préférable pour les chercheurs et la communauté scientifique que les trois fonds, qui ont prouvé leur raison d'être et leur efficacité dans le passé, conservent leur autonomie et aient un conseil d'administration singulier, capable de juger au mérite les projets qui leur sont soumis dans leur secteur respectif de recherche».

Le rôle du scientifique en chef

Ses membres s'interrogent toutefois sur «le rôle, l'imputabilité» et particulièrement «l'impartialité qu'aura vraiment le scientifique en chef puisqu'il tiendra son mandat du ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation». «Comme il doit conseiller le ministre, cela veut donc dire qu'il ne sera pas seulement le relais entre les trois fonds, mais qu'il pourrait avoir un rôle déterminant sur les orientations scientifiques. Ce serait un peu plus embêtant, car son mandat lui vient du ministre. Il ne faut pas l'accuser tout de suite, mais il fera l'objet d'une attention particulière de notre part. Plus il sera indépendant par rapport au ministère, plus son rôle sera crédible au sein de la communauté des chercheurs et plus son autorité sera assurée.»

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