Endormir la douleur

Pauline Gravel Collaboration spéciale
Photo: Agence Reuters David Mdzinarishvili

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Sherbrooke — Retrouver un sommeil harmonieux et continu est un préalable pour obtenir le soulagement de douleurs tenaces, voire chroniques. Un sommeil fragmenté ne fera que les exacerber, a expliqué hier dans le cadre du congrès de l'Acfas un spécialiste de la douleur, Gilles Lavigne, professeur en médecine dentaire de l'Université de Montréal.

Rappelons d'abord que durant la nuit, nous connaissons de trois à cinq cycles de sommeil de 90 minutes, cycles qui se composent de cinq phases distinctes. Le sommeil paradoxal, qui constitue la cinquième phase du cycle, se caractérise par une intense activité électrique du cerveau et des yeux. C'est aussi la phase durant laquelle nous rêvons. «Pour ressentir un soulagement, la première chose est de consolider son sommeil afin que les oscillations entre les différentes phases du sommeil ne soient pas perturbées par un trop grand nombre de microéveils», a souligné le Dr Lavigne.

Nous subissons normalement de 10 à 14 microéveils — d'une durée de 20 à 40 secondes — par heure pendant que nous dormons. Ces microéveils nous permettent de filtrer les informations extérieures, par exemple de vérifier si le bébé pleure ou s'il y a une odeur de brûlé qui plane. Or, «au-delà de 10 à 14 microéveils, le sommeil a été tellement fragmenté qu'à leur réveil, les individus auront mal partout. On sait aussi que chez les personnes en douleur, la fréquence des microéveils peut devenir jusqu'à 50 % plus élevée que la normale», a précisé le chercheur.

Pour consolider tous les stades du sommeil, il faut donc traiter les pathologies, telles que le syndrome des jambes sans repos et les apnées du sommeil, qui peuvent provoquer jusqu'à 50 microéveils par heure, a indiqué le Dr Lavigne avant d'affirmer qu'«une fois le sommeil consolidé, les douleurs commencent à s'estomper. Les patients peuvent alors commencer des programmes d'exercices.»

Effet placebo

«Sachant que l'effet placebo analgésique requiert un état de vigilance élevé, on pensait qu'il s'éteignait quand on tombait endormi», a fait remarquer par ailleurs Gilles Lavigne. Or, quelle ne fut pas la surprise des chercheurs quand ils ont vu que l'effet placebo persistait durant le sommeil, voire était augmenté le lendemain matin. «Tout se passe comme lors de l'apprentissage d'une nouvelle tâche. Durant le sommeil a lieu une consolidation de la mémoire et des acquis faits dans la journée», a expliqué le scientifique.

Pour vérifier la portée de l'effet placebo analgésique, les chercheurs ont appliqué une crème inerte sur les deux bras de patients tout en leur affirmant qu'ils avaient reçu sur le bras droit une crème contrôle, et sur le bras gauche une crème analgésique. Pour mimer l'effet analgésique, les expérimentateurs ont abaissé la température au point d'application de la crème prétendument analgésique. Chez les bons répondeurs à l'effet placebo, le soulagement a non seulement persisté durant la nuit, il s'est même accru durant la nuit. Également, plus les patients s'attendaient à être soulagés par la crème, plus la durée de leur sommeil paradoxal était courte. Le même phénomène a été observé chez les patients traités à la morphine: leur sommeil paradoxal a raccourci. «Quand quelqu'un ressent des douleurs, la durée de son sommeil paradoxal est beaucoup plus longue, probablement parce que le cerveau chercher à activer des circuits analgésiques endogènes. Par contre, lorsque la douleur disparaît, le sommeil paradoxal diminue, car il n'a plus son utilité», a avancé le Dr Lavigne.