79e Congrès de l'Acfas - Le stress durant la grossesse a des répercussions sur le nouveau-né

Pauline Gravel Collaboration spéciale
Tant le stress gestationnel que le stress néonatal ont des répercussions sur le nombre d’apnées et d’instabilités respiratoires chez le nouveau-né.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Didier Pallages Tant le stress gestationnel que le stress néonatal ont des répercussions sur le nombre d’apnées et d’instabilités respiratoires chez le nouveau-né.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Sherbrooke — Le stress vécu par la mère durant la grossesse ainsi que celui subi par le nouveau-né accroît la fréquence des épisodes d'apnée non seulement chez le nouveau-né, mais tout au long de la vie. Qui plus est, il favoriserait l'apparition de l'hypertension à l'âge adulte, indiquent les résultats d'une étude présentés dans le cadre du 79e congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas) qui débutait hier à Sherbrooke.

Des études ont montré que les mères qui fumaient, buvaient de l'alcool et se nourrissaient mal en raison de leur anxiété donnaient plus souvent naissance à des bébés atteints de problèmes respiratoires. Le chercheur Richard Kinkead du département de pédiatrie de l'Université Laval a voulu savoir si le stress en lui-même vécu par ces femmes était un facteur qui pouvait causer ou aggraver l'instabilité respiratoire chez le nouveau-né. Pour ce faire, il a étudié l'effet du stress néonatal (sur le nouveau-né) ainsi que durant la grossesse chez des animaux, en l'occurrence chez des rats.

Pour mesurer l'effet du stress durant la grossesse d'une femme souffrant d'anxiété, par exemple, l'équipe du chercheur a exposé régulièrement les rates en gestation à une odeur de prédateur (en l'occurrence un extrait d'excrément de renard) afin d'induire une montée d'hormones de stress chez la mère gestante. «Nous voulions voir si l'activation répétée de la réponse neuroendocrinienne au stress chez la rate, qui modifie le milieu hormonal dans lequel baigne le foetus, était suffisante pour causer des désordres respiratoires chez les nouveau-nés. Or, nos résultats démontrent qu'elle a des impacts importants», indique le chercheur tout en précisant que le nombre d'apnées chez le raton dont la mère avait subi des épisodes de stress durant la gestation était plus élevé que chez les ratons nés de mères n'ayant pas été exposées au stress. Le développement des réflexes respiratoires était aussi beaucoup plus tardif chez les ratons ayant été soumis indirectement au stress. Ces derniers présentaient également une concentration moindre à la naissance de certains neurotransmetteurs cérébraux, dont la sérotonine, et leur réponse à l'hypoxie (au manque d'oxygène) était inadéquate.

Les chercheurs ont ensuite fait subir à des ratons un stress néonatal en les séparant de leur mère et en les introduisant dans un incubateur. Ils ont ainsi reproduit le stress vécu par les nourrissons humains qui ne reçoivent aucune stimulation de leur mère dépressive, ou qui sont placés en incubateur. «Les différents stimuli provenant de la mère contribuent au bon développement du nouveau-né. Leur absence cause un stress chez le nouveau-né», explique Richard Kinkead qui est titulaire de la chaire de recherche du Canada en neurobiologie respiratoire. «Malgré le fait que les ratons se retrouvaient en température contrôlée, l'absence des stimulations tactiles et olfactives de la mère déclenchait une réponse hormonale au stress qui, normalement, ne doit pas avoir lieu à ce moment du développement, car il s'agit d'une période où les circuits nerveux sont en développement et donc très vulnérables. Les ratons sont alors très sensibles à tout changement des conditions habituelles.»

Les chercheurs ont alors observé que tant le stress gestationnel que la séparation d'avec la mère, qui constitue un stress néonatal, ont des répercussions sur le nombre d'apnées et d'instabilités respiratoires chez le nouveau-né. À l'instar de ce qui est observé en clinique, ils en augmentent la fréquence.

Plus étonnant encore est le fait que lorsqu'ils atteignaient l'âge adulte, les ratons qui avaient subi un stress néonatal étaient plus souvent atteints d'hypertension que les ratons qui avaient vécu leurs premières semaines bien entourés et bichonnés par leur mère. Ils continuaient à souffrir d'instabilité respiratoire au cours du sommeil et ils présentaient des dérèglements au niveau des hormones du stress et des hormones sexuelles. De plus, «ces effets étaient nettement plus importants chez les mâles que chez les femelles, à l'image de ce qu'on observe en clinique», précise M. Kinkead. En effet, il est bien connu que la prévalence de plusieurs pathologies respiratoires, telles que le syndrome de la mort subite du nourrisson, l'apnée du sommeil et l'instabilité respiratoire, est plus grande chez les individus de sexe masculin que chez ceux de sexe féminin.

«Le stress, peu importe sa nature, aura des répercussions sur l'enfant, et ce, probablement en affectant la façon dont les circuits nerveux sont programmés, ce qui expliquerait la manifestation de retombées même plus tard dans la vie de l'individu», croit le spécialiste.
2 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 10 mai 2011 06 h 56

    C'est en prison et dans les pénitenciers «habités» que j'ai...

    ...aussi entrepris certaines démarches de réflexions et d'interrogations sur ma fort «pôvre» personne d'alors. Mercis à vous deux Madame Gravel et Dr.Kinhead. Je suis fort sécurisé par vos propos moi qui me suis demandé «à quel moment, alors que j'étais foetus, a pris ou ont pris naissance mes propriétés, mes capacités, sentimentales et émotionnelles ?» Je soupçonnais que c'était bien dans le sein de notre maman. Sein dans lequel j'ai eu et j'ai encore le sentiment d'y avoir été fort inconfortable. «J'étais mal dans le ventre de maman» «Ça ne marchait pas...» Il m'en a pris des années pour trouver réponses aux «Pourquoi?» et «Comment?» il se faisait que j'étais porté à bouffer chocolats et ananas lorsque je vivais fortes émotions. Et «ma» très chère (aujourd'hui) maman de m'y avoir fourni appaisantes réponses. Lorsqu'elle me portait, elle y allait de tant de bon gré à manger chocolats aux cerises et vider grosse «canne» d'ananas. Je souris....et aujourd'hui, je comprends mieux certains de mes réflexes. Je m'arrête ici en vous remerciant de nouveau. Puis, vous me permettez de saluer et de redire à maman :«Je t'aime»
    Ton fils, «vieux croûton» de 67 heureux printemps.
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - Écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • France Marcotte - Inscrite 10 mai 2011 11 h 51

    Être en cloque sous une cloche

    Oui, c'est bien ainsi qu'il faudrait vivre idéalement sa grossesse semble-t-il.
    J'aurais bien aimé que cet article se termine sur au moins une recommandation sur la nécessité de ménager autant que possible les femmes enceintes.
    Car la vie étant ce qu'elle est, ce n'est rose tous les jours pour toutes quand on est en cloque. Et toutes les mamans ne savent-elles pas d'instinct qu'il serait préférable de ne pas souffrir?
    Doit-on se réjouir qu'on observe jusque dans les molécules la détresse ou le bonheur de la future maman? Oui, si c'est pour inciter l'entourage à mieux prendre soin d'elle. Pas pour la culpabiliser d'avantage, elle l'est déjà assez.
    Et la science ne pourrait-elle aussi se pencher sur d'autres hypothétiques phénomènes plus réjouissants comme par exemple le formidable lien qui se tisse entre la mère et l'enfant pour venir ensemble à bout du pire, quand dehors c'est encore pire que stressant.