79e Congrès de l'ACFAS - La force de l'abréviation

Fabien Deglise Collaboration spéciale
L’envoi de messages courts et codés est chose courante dans les espaces mobiles de communication, que ce soit dans l’écriture de textos ou lors de clavardage.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Adek Berry L’envoi de messages courts et codés est chose courante dans les espaces mobiles de communication, que ce soit dans l’écriture de textos ou lors de clavardage.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lâcher printanier de bribes de connaissance. Pour la 79e année de suite, le congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS) prend officiellement son envol aujourd'hui dans l'enceinte de l'Université de Sherbrooke et de l'Université Bishop où, jusqu'au 13 mai, des centaines de chercheurs d'ici et d'ailleurs, dans une multitude de domaines, vont partager les résultats de leurs travaux. Le Devoir présente ici le premier d'une série d'articles qui, toute la semaine, témoigneront de cette effervescence.

L'abréviation n'est pas incompatible avec la création, l'imagination et la profondeur. C'est en tout cas ce que tendent à démontrer les études linguistiques des messages qui, en nombre croissant, se multiplient depuis quelques années dans les espaces mobiles de communication. Des messages courts et codés en raison des contraintes techniques qui, loin d'appauvrir la langue française, mettent plutôt en relief l'intelligence et l'inventivité de ceux qui la manipulent en ces lieux.

«Les stratégies d'abréviation sont beaucoup plus complexes et plus variées en français que dans d'autres langues, lance à l'autre bout du fil Anaïs Tatossian du département de linguistique de l'Université de Montréal. Et c'est certainement lié à la complexité de la langue». Elle présentera aujourd'hui les résultats d'une étude comparative sur les pratiques d'écriture dans les salons de clavardage au Québec, en Espagne et aux Canada anglais.

La jeune chercheuse a scruté dans les derniers mois les «kossé», «jpense», «dhab», «surment mieu», «arnake» et «sé koi» qui huilent les échanges sous le protocole Internet Relay Chat (IRC). Les «LOL», «ppl» (pour people) étaient également là.

En substance, l'étude comparative révèle qu'en français, anglais et espagnol, les internautes ont développé des modes de réduction de langage qui répondent dans l'ensemble à des règles similaires d'une langue à une autre, avec ses réductions de graphèmes, ses créations de sigles et acronymes et ces logogrammes. Ces procédés abréviatifs sont toutefois plus exploités par la jeunesse que par les internautes plus âgés, et ce, en raison d'une volonté chez ces jeunes de s'associer à un groupe, estime la chercheuse.

Autre constat: similaire dans les grandes lignes, ces procédés témoignent d'une plus grande complexité dans la langue de Molière dont l'architecture force ses usagers à faire preuve d'une plus grande imagination pour la faire rentrer dans ces formats de communication rapide et instantanée, sans toutefois déprécier cette langue.

«Nous sommes face à deux codes linguistiques distincts, ajoute-t-elle. Les études sont nombreuses à indiquer que ces procédés d'abréviation n'ont pas d'effet sur l'habileté orthographique. Effets positifs ou négatifs.»

Reste qu'en matière de communication numérisée, le Québec tend d'ailleurs à se distinguer du reste de la francophonie, comme vont en témoigner les travaux d'Anne Bertrand, dont quelques éléments vont être présentés demain dans le cadre de l'ACFAS cuvée 2011. Chercheuse à l'Observatoire de linguistique Sens-Texte de l'Université de Montréal, elle a passé au crible les données recueillies dans le cadre de la recherche Texto4science pilotée par le professeur Patrick Drouin.

L'instantané de la langue des SMS au Québec ainsi livré est d'ailleurs fascinant. Il met en lumière une codification distincte, par rapport au reste de la francophonie. Codification moins scripturale qu'en France par ailleurs. «Ici, par exemple, les formulations comme "à 2M1", pour "à demain", sont très rares», dit Mme Bertrand qui a découvert des constructions plus marquées par l'oralité avec des «jpense», des «jva» ou encore ces «aek», «aik» et «ak» qui viennent dans le SMS remplacer le «avec» pour épargner de l'espace... et surtout donner de la matière à réflexion aux universitaires traqueurs de sens.
2 commentaires
  • Fernand Carrière - Abonné 9 mai 2011 09 h 28

    Comme au Moyen-Âge

    Au Moyen-Âge, chaque exemplaire de chaque livre était écrit et copié à la main, de véritables manuscrits, à la plume d'oiseau sur du parchemin. Avec l'émergence des universités, des chancelleries étatiques plus complexes et centralisatrices et des réseaux marchands vers la fin du MA, le parchemin devient plus rare. La fabrication du papier ne se répand qu'à la fin du MA et l'utilisation du papier ne se substitue que graduellement au parchemin. On recourt alors à l'usage de l’abréviation pour économiser l'espace. Cette pratique se répand à travers les scriptoria dans les monastères, ainsi que dans les boutiques de prêt de livres dans les universités. Il serait intéressant de comparer l'évolution de cet usage des abréviations à cette époque, comparé à la nôtre.

    Fernan Carrière

  • France Marcotte - Inscrite 9 mai 2011 12 h 32

    Le génie avant-gardiste des secrétaires

    Ma soeur était secrétaire et était géniale à la sténo.
    Elle entrait dans le bureau du patron et sténographiait tout ce qu'il lui dictait.
    Ensuite, elle pouvait écrire une lettre ou tout un texte mot pour mot juste à partir de ses notes. Fascinant!

    Sténographie: (du grec stenos, serré et graphein, écrire). Procédé d'écriture formé de signes abéviatifs et conventionnels, qui sert à transcrire la parole aussi rapidement qu'elle est prononcé.

    Bien sûr, il faudrait un clavier sténo pour les texto si on veut imiter les secrétaires...