Grands projets et communication - Pourquoi Rabaska et pas Orford ?

Martine Letarte Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La stratégie de communication adoptée peut être déterminante dans la réalisation ou l'échec d'un grand projet. Voilà l'un des sujets que Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communications marketing de l'UQAM, mettra de l'avant lors du 79e congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas).

L'industrie du gaz de schiste, dans l'histoire récente du Québec, est un bel exemple de l'impact que peut avoir une stratégie de communication sur le sort d'un projet. Idem pour la vente du mont Orford. «Dans ces projets, sur le plan des communications, les opposants ont formé une coalition et ils ont été plus efficaces que les promoteurs, démunis par rapport aux communications», indique M. Motulsky, qui organise la conférence intitulée «Grands projets et communication: de multiples défis», avec sa collègue, Valérie Lehmann, le 12 mai.

Par contre, il remarque que les promoteurs du port méthanier Rabaska étaient plus organisés que leurs opposants. «Ma collègue Stéphanie Yates a comparé Orford et Rabaska, sur le plan des communications. Pour Rabaska, les opposants étaient déchirés, alors que le promoteur était présent et répondait aux questions», explique le professeur.

Entre deux chaises


Bernard Motulsky croit que si les projets ont des stratégies de communication d'une efficacité très variable, c'est parce que la discipline tombe souvent entre deux chaises. «Dans les écoles de gestion, les chercheurs ont souvent peu de relations avec ceux oeuvrant en communications, et d'ailleurs il n'y a pas de département de communications. En communications, les chercheurs s'intéressent peu à la gestion de projet. Nous sommes donc en train d'élargir le cercle de gens qui s'intéressent à ces questions pour développer ce champ de recherche.»

L'objectif du professeur et de son équipe est de voir comment on peut gérer la communication de façon pertinente.

«Souvent, les gens qui travaillent en gestion de projet n'ont pas de formation en communications. Or, même si un projet est bien géré, il peut échouer si les préoccupations d'ordre communicationnel ne le sont pas. C'est certain que les préoccupations financières et technologiques sont plus importantes, mais je crois que les préoccupations communicationnelles demeurent un défi et que nous devons leur donner plus de place», affirme M. Motulsky.

Il croit entre autres qu'un promoteur doit savoir à qui il a affaire avant de se lancer dans un projet. «Il doit regarder l'environnement dans lequel il évoluera. Il doit aussi se demander quelles sont les modifications qu'il serait prêt à faire pour satisfaire les gens touchés. Sera-t-il prêt à expliquer, à dialoguer, à agir en concertation? Il y a plusieurs gradations possibles dans les échanges avec la collectivité», explique M. Motulsky.

Il faut aussi parfois penser à la mise en place d'un processus de consultations. «Ça prend énormément de ressources pour identifier quelles sont les populations touchées, pour organiser les séances de consultations, les préparer et faire connaître leur tenue. Il faut aussi s'assurer qu'on aura sur place des gens qualifiés pour répondre aux questions, pour diriger les rencontres et faire le suivi, etc.»

Faut-il aller chercher de l'expertise à l'extérieur ou se fier aux ressources internes?

«Il y a des organisations qui ont vraiment développé des modèles de développement et de consultations. Toutefois, plusieurs doivent aller chercher l'expertise à l'extérieur, comme on le fait pour l'expertise financière ou en génie. Pour que cela fonctionne, il faut toutefois que les gens à l'interne soient sensibles», indique M. Motulsky.

Documenter des cas

Avec des partenaires français, les chercheurs de la Chaire de relations publiques et communications marketing de l'UQAM travaillent sur ces questions en vue de développer un programme de recherche pour les prochaines années.

«Nous voulons aller chercher du financement pour passer du stade de la réflexion aux actions concrètes. Parce que tout le monde semble savoir que la communication est une discipline importante, mais personne ne semble savoir par où commencer», remarque Bernard Motulsky.

À la chaire, on souhaite commencer par documenter des cas québécois, canadiens et internationaux pour lesquels les stratégies de communication déployées ont plus ou moins bien fonctionné. «Il n'est pas question d'arriver avec des recettes, mais de pouvoir par la suite s'y référer. Le but, ce n'est pas de se prononcer sur ce qui est bien ou pas, mais de développer des outils qui permettraient de mieux comprendre les stratégies de communication», affirme M. Motulsky.

Il rêve d'ailleurs de voir un jour les consortiums formés pour construire un projet se doter automatiquement de spécialistes des communications. «Leur objectif serait de s'assurer qu'on fait avancer le projet en harmonie avec les gens touchés en utilisant différentes stratégies, que ce soit les blogues, les sondages, les groupes de discussion, les audiences publiques, etc.»

Que font les spécialistes de la communication ?

En parallèle, Bernard Motulsky se penchera, lors du congrès de l'Acfas, sur les pratiques des professionnels des communications avec des collègues français et belges. «Nous voulons mettre en commun nos recherches sur les pratiques en communication, les outils de référence utilisés, le nombre de professionnels, la formation, les champs de pratique, les tâches réalisées dans les entreprises, les budgets, etc.»

Les résultats d'une étude canadienne sur ces questions seront d'ailleurs révélés lors du congrès de l'Acfas. «Nous avons fait des recherches chacun de notre côté, précise le professeur, mais, en mettant tout cela en commun, nous voulons voir les ressemblances et les différences. Ensuite, nous voulons aller plus loin avec de nouvelles recherches qui seront facilement comparables.»

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Lise Lachance - Inscrit 7 mai 2011 08 h 41

    RABASKA : BAPE-ACEE - RÉPONSES AUX QUESTIONS DU PUBLIC – VRAIMENT?

    Lors des audiences conjointes du BAPE et de l’ACEE (Agence canadienne d’évaluation environnementale), sur le «Projet d’implantation du terminal méthanier Rabaska et des infrastructures connexes», monsieur Qussaï Samak, président de la commission, incitait les participants à transmettre leurs questions par écrit.

    «…Je profite de l’occasion, on limite
    les questions à deux questions par tour,
    mais les questions que vous aimeriez
    transmettre à la Commission par écrit,
    il y a pas de plafond pour l’instant,
    donc on VA s’assurer que l’information
    vous est disponible.»
    (Séance de l’après-midi du 7 décembre 2006, p.68)

    SUR 319 QUESTIONS TRANSMISES À LA COMMISSION(1) PAR LE PUBLIC
    …plus de 150 questions sont encore sans réponse!


    Lise Lachance


    (1) BAPE-ACEE: Projet d’implantation du terminal méthanier Rabaska et des infrastructures connexes
    QUESTIONS TRANSMISES À LA COMMISSION
    http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/Rabask