79e congrès - «Ce sera le plus imposant rassemblement de l'histoire de l'Acfas en dehors de Montréal»

Réginald Harvey Collaboration spéciale
L’Université Bishop’s, à Lennoxville<br />
Photo: Source Bishop's L’Université Bishop’s, à Lennoxville

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Deux établissements s'associent pour la présentation du congrès à SherbrookeLes participants, au nombre de plus de 5000, se déploieront sur deux campus plutôt verdoyants, ceux de l'Université de Sherbrooke et de l'Université Bishop's. Ils échangeront autour d'une thématique en trois volets émanant de la recherche elle-même, dont tous les aspects seront abordés: la curiosité, la diversité et la responsabilité. Bienvenue au 79e congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas).

Denis Lebel, professeur au Département de biologie de l'Université de Sherbrooke, et Benoit-Antoine Bacon, directeur du Département de psychologie de l'Université Bishop's, sont les coprésidents du comité scientifique du congrès. Le premier dégage les résultats du partenariat entre les deux établissements sur le plan de la science: «C'est une expérience très positive. On a presque atteint la parité entre chacune d'entre elles; on a fonctionné de façon extrêmement efficace et professionnelle. Pour sa part, Bishop's possède certaines spécificités en matière de recherche du côté anglo-québécois, ce qui représente un apport dans un colloque qui, entre autres, est intitulé "Le Québec s'exprime en anglais". Il y a aussi tout le concept des minorités anglophones au Québec qui ressort; ils ont là une expertise unique, à ma connaissance.» Les gens ont été en mesure de tisser des liens personnels entre eux, dont découleront éventuellement des collaborations scientifiques encore plus nombreuses.

M. Bacon, qui occupera sous peu les fonctions de doyen de la Faculté des arts et des sciences de l'établissement anglophone, décrit le travail accompli: «Sur le plan scientifique, la responsabilité première des établissements hôtes, c'est de faire l'évaluation des travaux qui sont soumis en vue de cet événement; on a reçu environ 200 propositions de colloque et 1500 propositions de communication libre dont il nous revenait de décider de l'acceptation ou du refus. Dans ce but, M. Lebel et moi avons mis sur pied un comité scientifique d'une vingtaine de personnes en nous répartissant les expertises entre les deux universités, dans une proportion qui tourne autour de 40 % pour l'une et de 60 % pour l'autre.» Au terme de l'exercice, quelque 250 personnes retenues se sont attelées à la tâche d'évaluer les propositions soumises dans les 140 disciplines reconnues par l'Acfas.

Il se montre satisfait de l'expérience vécue et de la collaboration entre les deux partenaires, qui représentent une première dans l'organisation du congrès: «On est très content d'avoir la chance de profiter de cette possibilité; en fait, on était déjà très proche de l'Université de Sherbrooke, mais c'était une occasion en or de tisser des liens encore plus serrés. Dans une optique plus générale, on est très heureux et très fier de se rapprocher de ce que j'appellerais le milieu de la recherche québécoise francophone. C'est un bon timing pour nous, qui coïncide avec la refonte de notre plan de recherche stratégique doté de l'identification d'axes prioritaires; c'est le bon moment d'inviter chez nous la communauté de recherche francophone pour lui montrer ce qu'on réalise.»

Des milliers de personnes attendues


Denis Lebel laisse savoir que 4500 personnes s'étaient déjà inscrites au congrès une dizaine de jours avant sa présentation; un millier d'autres devraient joindre leurs rangs: «Je crois que ce sera le plus imposant rassemblement de l'histoire de l'Acfas en dehors de Montréal, sans qu'il s'agisse là d'une vérité absolue; sans vouloir me vanter, on a la cote, et les gens aiment bien venir à Sherbrooke, dans les Cantons-de-l'Est.» Sur le plan géographique, la ville est avantageusement située et offre la possibilité d'effectuer des allers-retours à partir de Québec et de Montréal pour assister à diverses présentations, ce qui élimine de la sorte les frais de séjour.

De 300 à 400 conférenciers vont provenir de l'extérieur du continent, dont un grand nombre de représentants de la France. Comme à l'accoutumée, les étudiants inscrits aux cycles supérieurs représenteront presque 50 % des congressistes: «Bien souvent, ceux-ci profitent de l'occasion pour faire leurs premières armes scientifiques; dans leur cas, c'est presque une tradition, dans les laboratoires de recherche, de préparer une affiche et une présentation orale pour l'Acfas avant de se diriger vers les grands congrès nationaux et internationaux. Il ne faut pas oublier que les bras et les mains qui effectuent les travaux dans les labos appartiennent actuellement aux étudiants.»

Une thématique à trois volets


Denis Lebel se montre intarissable en s'exprimant sur la thématique du congrès, qui repose sur la curiosité, la diversité et la responsabilité. Résumons ses propos. Sur le premier élément, il apporte cette vision: «Un chercheur, c'est quelqu'un qui est curieux et qui veut savoir. Le moteur premier de la recherche et de l'avancement du savoir relève de cette curiosité.»

Il aborde l'aspect de la diversité: «On parle de recherches qui sont multidisciplinaires; autrement dit, chimie et biologie vont maintenant la main dans la main. Voici un autre exemple, qui est celui de la génétique humaine: une séquence d'ADN, ce sont des mathématiques, des permutations, des séquences; ce sont purement des maths et, à la limite, le big boss du génome humain est un mathématicien de formation. On n'est donc plus dans les années 1940, où on se trouvait en présence d'un pur chimiste ou d'un pur biologiste; en biologie, maintenant, tout le monde est biologiste moléculaire, ou presque.» La diversité fait donc appel à l'interdisciplinarité, aux interactions et à la collaboration: le congrès est un bel exemple d'échanges, de communications, de résultats et de réflexions sur des sujets en groupe ou en table ronde.

Il situe la responsabilité de cette façon: «C'est l'éthique en recherche; il s'agit d'être honnête dans les résultats obtenus, et on entend dire, même si cela existe peu, que beaucoup de ceux-ci sont alambiqués, forgés ou fabriqués. Il est aussi question de recherche avec des animaux ou avec des humains sur le plan médical, où il y a évidemment toute une éthique qui s'impose.» En parallèle, il existe aussi la responsabilité de produire des choses qui serviront ultérieurement à la société: «Dans ce sens, c'est déjà une valeur importante que d'accroître la connaissance et le savoir humains.»

Acfas et environnement

La tradition veut que tous les champs de recherche soient couverts à l'occasion du grand rendez-vous annuel de l'Acfas: 2011 ne fera pas exception à cette règle lors de l'imposant rassemblement multidisciplinaire du savoir et de la recherche. Cet événement annuel se targue de plus cette année de faire une large place aux préoccupations écologiques, ce qui se traduit par des gestes concrets qui seront posés, comme le rapporte Denis Lebel: «Le congrès sera certifié écoresponsable. L'Université de Sherbrooke a été accréditée comme organisme qui pouvait accorder une telle certification.»

Différentes mesures seront prises pour satisfaire aux exigences qu'imposent à la fois une telle reconnaissance et une telle responsabilité: «L'Acfas adhère à cette initiative et les gens de cette organisation ont collaboré de façon extraordinaire avec nous pour la soutenir financièrement; cela représente des coûts. Un des commanditaires majeurs de la rencontre, Cascades, a aussi mis la main à la pâte dans cette voie en produisant un porte-document expérimental fabriqué entièrement de carton recyclé.»

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Collaborateur du Devoir