Au Carrefour de l'innovation INGO - École d'ingénieurs cherche partenaires pour innover

Anne-Laure Jeanson Collaboration spéciale
Le Carrefour de l’innovation INGO offrira des espaces locatifs aux entreprises intéressées en recherche et développement.<br />
Photo: Source ETS Le Carrefour de l’innovation INGO offrira des espaces locatifs aux entreprises intéressées en recherche et développement.

L'École de technologie supérieure (ÉTS) cherche des partenaires pour stimuler l'innovation. Elle offre aux entreprises intéressées des espaces locatifs en face de l'école, dans l'ancienne brasserie Dow, angle Peel et Notre-Dame, à Montréal. Il s'agit de la première phase de développement du Quartier de l'innovation.

Le bâtiment, dont les travaux de restauration devraient débuter en mai, dispose de 70 000 pieds carrés utilisables. Dès le milieu de l'été, ce Carrefour de l'innovation INGO pourra accueillir les services de recherche et développement (R & D) d'entreprises.

Dans un premier temps, une vingtaine d'entreprises pourront s'y établir. Une deuxième phase sera envisagée si la demande le justifie. «Les locataires, une fois installés, auront l'avantage de se retrouver imprégnés dans un campus universitaire. Ils auront accès à des services, tels que la cafétéria, le gymnase ou la bibliothèque, mais aussi à des contrats de recherche et à des conseils», explique le directeur général de l'ÉTS, Yves Beauchamp. Les entreprises pourront aussi facilement collaborer avec des étudiants en maîtrise ou au doctorat.

À ce jour, trois entreprises ont signé un bail, dont deux multinationales, l'une oeuvrant dans l'aéronautique, l'autre dans les télécommunications. La troisième est une société de robotique, Kinova, qui a démarré dans le centre d'incubation de l'ÉTS. Kinova proposera ses dernières générations de robots pour des travaux de recherche. «Leur intérêt est de continuer à travailler à proximité de l'école, notamment pour la poursuite de la R & D de leurs produits», selon M. Beauchamp.

Pour les multinationales, la possibilité d'être proche de l'ÉTS et au sein du futur Quartier de l'innovation est une valeur ajoutée, d'après le directeur de l'ÉTS. Des discussions sont en cours avec deux groupes français qui ne sont pas encore présents au Canada. «Ils voient d'un bon oeil de venir s'installer dans un centre comme celui-là. Ils seront en synergie avec une université qui leur permettra de poursuivre certains développements. Ils pourront également évaluer le marché canadien avant de se déployer», indique Yves Beauchamp.

L'école espère que, dès l'automne prochain, la majorité des entreprises seront installées. «Le plus difficile, c'était d'avoir les premières. Maintenant, il y a un effet d'entraînement», note M. Beauchamp.

Sélection rigoureuse

«Si l'entreprise ne représente pas une valeur structurante pour l'ÉTS, on préfère ne pas louer», affirme d'entrée de jeu M. Beauchamp. Sans une sélection rigoureuse pour le choix des collaborateurs, le bâtiment serait probablement déjà complet. «On peut se permettre d'être un peu plus sélectif, du fait qu'on n'a aucune hypothèque, ce qui n'est pas le cas pour un entrepreneur qui a besoin de locataires le plus rapidement possible», précise le directeur de l'ÉTS. Le bâtiment a été acquis en 2005 à la suite d'une expropriation, au moment où l'ÉTS prenait possession du site de la brasserie O'Keefe.

L'ÉTS peut être sélective, car 100 % des travaux de restauration du bâtiment, soit 20 millions de dollars, ont été financés par les gouvernements fédéral et provincial. Ottawa a pris en charge 10 millions dans le cadre de son Programme d'infrastructure du savoir et le ministère québécois du Développement économique, de l'Innovation et des Exportations a assumé l'autre partie.

Les entreprises qui s'installent dans le Carrefour INGO ne sont pas obligées d'avoir, au départ, des collaborations avec l'école. «Si, à la fin d'un bail de trois à cinq ans, il n'y a eu aucun échange avec nous, il est fort peu probable qu'on le renouvelle, explique Yves Beauchamp. Le Carrefour innovation doit être un centre structurant pour le développement de l'établissement. Nous ne sommes pas un simple propriétaire», ajoute-t-il.

L'école entend favoriser les contacts entre chercheurs et entrepreneurs en organisant des activités de réseautage afin de stimuler des collaborations.

Un modèle stimulant

Situé dans les anciens quartiers industriels de Griffintown et du Faubourg des récollets, à l'ouest du centre-ville, le Quartier de l'innovation se développe en partenariat avec l'Université McGill.

«McGill est davantage dans la recherche fondamentale, l'ÉTS, dans la recherche appliquée, et leur partenariat permettra de développer un bassin de collaborations encore plus large», dit Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Les entreprises qui voudraient se rapprocher de l'Université McGill pourront aussi s'installer dans le quartier, dans le Carrefour d'innovation ou ailleurs. «L'avantage pour l'entreprise de s'y installer, c'est d'être au coeur d'un quartier académique où les possibilités d'échanges sont plus grandes. L'environnement est un accélérateur de l'innovation», souligne le directeur de l'ÉTS.

Le Quartier de l'innovation

Le projet du Quartier de l'innovation a émergé en 2009. Selon M. Leblanc, ce qui est vraiment intéressant dans ce cas pour les entreprises, c'est la proximité d'une école d'ingénieurs, une pièce majeure dans le plan de restauration du quartier. «D'entrée de jeu, on veut un modèle de mixité, qui fait en sorte que les gens qui travaillent dans ces entreprises vont être encouragés à habiter à proximité. Cela reflète une tendance, qui est un retour du désir de vivre dans son lieu de travail et de travailler dans son lieu de vie», ajoute Michel Leblanc.

C'est une évolution par rapport à une époque où les campus étaient placés à l'extérieur des centres urbains. Le Quartier de l'innovation est un milieu de vie. Les gens sont encouragés à y travailler, mais aussi à se rencontrer le soir dans un café ou à l'épicerie, comme dans d'autres quartiers du genre: Silicon Valley, près de San Francisco, le district 22 de Barcelone et The Innovation District de Boston. «L'innovation est un processus qui ne se limite pas aux heures de bureau», conclut le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

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Collaboratrice du Devoir