Cybersécurité - Un robot logiciel traquera les malfrats informatiques

Pierre Vallée Collaboration spéciale

Internet est un formidable outil de communication et d'information. Si l'honnête citoyen s'en réjouit, le criminel itou. La cybercriminalité est une réalité et nombreux sont les criminels qui utilisent le Web pour planifier et commettre leurs méfaits, espérant ainsi passer sous le radar des forces de l'ordre. Djemel Ziou, de l'Université de Sherbrooke, et ses partenaires contre-attaquent toutefois avec un robot logiciel.

Les forces policières savent que le monde interlope a Internet dans sa mire et, par conséquent, elles ont constitué des unités d'enquêteurs spécialisés dans la cybercriminalité. «Mais les outils informatiques utilisés par les enquêteurs sont trop rudimen-taires, explique Djemel Ziou, professeur à l'Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire CRSNG-Bell Canada en imagerie numérique personnelle. C'est la raison pour laquelle nous avons proposé de développer un outil informatique spécialisé afin d'augmenter l'efficacité des enquêtes.»

Une proposition qui deviendra réalité d'ici trois ans, puisque le projet du professeur Ziou vient d'obtenir un appui financier de 440 000 $ du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada. Cette somme servira à développer une plateforme informatique de cybersécurité. L'équipe dirigée par le professeur Ziou pourra compter sur la collaboration du professeur Nizar Bouguila, de l'Université Concordia, et de Khalid Daoudi, chercheur à l'Institut national de recherche en informatique et en automatique de France. Le projet est aussi soutenu par deux partenaires, soit la Sûreté du Québec et l'entreprise E-Profile.

«La plateforme informatique de cybersécurité est un robot logiciel conçu pour fouiller le Web et repérer les informations pertinentes à une enquête, explique Djemel Ziou. L'enquêteur précise et indique au robot logiciel les éléments de recherche de départ, une adresse courriel, une page Web, par exemple, et le robot repère toutes les informations s'y rapportant ou ayant un lien. Ensuite, les informations recueillies sont indexées, regroupées et recoupées. Un tri des données permet alors de sélectionner les informations pertinentes au dossier et par conséquent d'apporter à l'enquêteur un complément d'information.»

Particularités et avantages

Ce robot logiciel fonctionne sur le principe du robot d'indexation ou Web crawler. Il existe présentement sur le marché plusieurs versions d'un robot d'indexation. Mais le robot logiciel que mettra au point l'équipe de Djemel Ziou, en plus d'être conçu pour un usage précis, intégrera des fonctions que n'offrent pas les robots d'indexation présentement disponibles.

«La première différence, c'est que notre robot logiciel est conçu pour mener des enquêtes criminelles et doit donc intégrer la culture des policiers, c'est-à-dire qu'il doit fonctionner en épousant la démarche qu'utilise un policier lorsqu'il mène une enquête. C'est la raison pour laquelle le partenariat avec la Sûreté du Québec est si important. Un chercheur dans son bureau à l'université ne peut pas comprendre seul comment pense et fonctionne un enquêteur. Cette expertise nous sera fournie par la SQ.»

La seconde particularité de la plateforme informatique en cybersécurité est que le robot logiciel n'est pas limité au seul contenu textuel. «Le robot logiciel parcourra le Web à la recherche de contenu non textuel, comme le son, la parole, les images et les vidéos. Aujourd'hui, on trouve dans le Web un important contenu non textuel et nombreuses sont les personnes qui communiquent entre elles via le Web en faisant circuler une photo ou une vidéo. Ce contenu non textuel peut renfermer des informations pertinentes à une enquête et le robot logiciel en tiendra compte.»

Le contenu mis en ligne dans le Web est classé en deux catégories: celui du Web de surface et celui du Web profond ou caché. «Le Web de surface comprend tous les contenus et toutes les pages Web répertoriés et indexés par les grands moteurs de recherche, comme Google et Yahoo. Mais on estime que la grande majorité du contenu mis en ligne se trouve dans le Web caché, celui qui n'est pas indexé par les grands moteurs de recherche et qui, règle générale, passe inaperçu. Notre plateforme informatique sera en mesure de fouiller le Web caché et d'y repérer les informations pertinentes.»

Au service des enquêteurs

La plateforme informatique en cybersécurité sera pour les forces policières un nouvel outil d'enquête informatique qui sera plus complet que ceux dont ils disposent présentement et qui leur permettra de peaufiner leurs méthodes d'enquête. C'est donc un outil de détection mais aussi un outil de prévention.

«En combinant la recherche de contenu textuel et non textuel, dans le Web de surface comme dans le Web caché, on donne à l'enquêteur un meilleur outil d'évaluation.» Par exemple, un enquêteur découvre un site Web où figurent des propos à caractère terroriste. Comment savoir si ces propos sont sérieux ou au contraire de simples élucubrations d'un hurluberlu? «Mais s'il a aussi en main une vidéo s'y rattachant où on voit des armes, il est donc en mesure de mieux juger du sérieux des propos et du danger que cela peut représenter.»

Dans un premier temps, la plateforme informatique en cybersécurité développée par l'équipe que dirige Djemel Ziou a pour objectif de ratisser le Web à la recherche d'informations pertinentes à une enquête, de les trier et de les recouper afin de donner à l'enquêteur la possibilité de brosser un profil d'enquête le plus complet possible, qui lui permettra par la suite de procéder à l'arrestation du malfaiteur ayant commis le crime.

«Mais elle a aussi pour objectif de donner à l'enquêteur un outil de surveillance. Celui-ci sera donc en mesure, avec les diverses informations recueillies, non seulement d'identifier les malfaiteurs, mais aussi d'évaluer leur potentiel de danger, ce qui permet à l'enquêteur d'anticiper l'action et d'agir avant que le crime ne soit commis.»

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Collaborateur du Devoir