Technologie - L'innovation tombée du ciel

Cette photo de la NASA montre l’astronaute Fred W. Haise Jr au travail lors du vol dramatique d’Apollo 13, en avril 1970. Un incendie à bord du module avait forcé les astronautes à prendre des mesures extraordinaires pour regagner la Terre. C’est en lançant des vols comme celui-là que la NASA et les autres agences d’exploration spatiale ont développé une foule de technologies utilisées aujourd’hui dans toutes sortes de domaines.<br />
Photo: Agence France-Presse/Nasa Cette photo de la NASA montre l’astronaute Fred W. Haise Jr au travail lors du vol dramatique d’Apollo 13, en avril 1970. Un incendie à bord du module avait forcé les astronautes à prendre des mesures extraordinaires pour regagner la Terre. C’est en lançant des vols comme celui-là que la NASA et les autres agences d’exploration spatiale ont développé une foule de technologies utilisées aujourd’hui dans toutes sortes de domaines.

Paris — Quel est le point commun entre l'exploit de Youri Gagarine, premier homme dans l'espace il y a 50 ans, un cœur artificiel, un appareil dentaire, une perceuse sans fil et un producteur de jambons? Tous ont bénéficié des technologies développées pour la conquête spatiale.

En matière de progrès scientifique, on associe couramment les innovations spatiales aux robots, aux télécommunications ou au GPS. Mais une multitude d'autres objets du quotidien nous sont tombés du ciel.

À elles seules, les technologies développées par la NASA ont donné lieu à quelque 1600 innovations dans d'autres domaines, souvent loin de leur destination première. Quant à l'Agence spatiale européenne (ESA), son programme de transferts de technologies revendique plus de 200 applications dérivées.

Les nouveaux matériaux

C'est dans le domaine des nouveaux matériaux que l'exploration spatiale s'illustre particulièrement. Les panneaux solaires, utilisés pour alimenter les engins spatiaux, en constituent l'exemple le plus célèbre. Les engins spatiaux emploient aussi toute une série de matériaux «à mémoire de forme», en alliage de titane, qu'on retrouve dans les montures de lunettes, dans les robinets mitigeurs, dans certains types d'agrafes chirurgicales ou encore dans les «stents», petits tubes utilisés pour déboucher les artères.

La médecine a en effet profité abondamment des retombées de l'espace. Des générations d'enfants peuvent déjà remercier les astronautes qui leur ont permis de remplacer les thermomètres à l'ancienne, à l'emploi des plus inconfortables, par des appareils auriculaires détournant les techniques mises au point pour observer le rayonnement infrarouge des astres lointains.

Cardiaques et diabétiques

Les cardiaques et les diabétiques peuvent également compter sur leur bonne étoile. Une pompe utilisée dans les coeurs artificiels — «pompe d'assistance ventriculaire» —, dix fois plus petite que les précédents modèles, est issue des systèmes de suivi des carburants dans les moteurs de la navette spatiale.

Dérivée du programme Viking d'exploration de Mars, une autre pompe allège les contraintes quotidiennes des diabétiques en leur injectant de l'insuline en continu, selon un rythme préprogrammé. Et les systèmes de purification de l'eau pour les missions spatiales de longue durée ont inspiré un appareil de dialyse portable.

Combinaisons résistantes à la chaleur, masques de protection étanches, système de respiration... Les pompiers bénéficient également des équipements destinés aux astronautes. Encore sont-ils censés intervenir moins souvent depuis l'invention du détecteur de fumée, développé pour la mission Skylab dans les années 70.

La recherche spatiale sauve aussi des vies avec le sac gonflable, devenu désormais obligatoire à bord des voitures dans de nombreux pays. Les capteurs qui déclenchent ce coussin gonflable en cas de choc sont directement issus de ceux servant à l'orientation des satellites.

Les satellites ont aussi de quoi redonner le sourire: une céramique translucide, jusqu'alors utilisée par l'armée dans la détection des missiles à tête chercheuse, a fini par se retrouver dans la bouche de milliers d'adolescents sous la forme d'appareils dentaires quasi invisibles.

Encore plus insolite, la technologie élaborée par l'ESA pour étudier les déplacements des fluides dans le corps des astronautes sert désormais aux éleveurs espagnols à mesurer le taux d'humidité de leurs jambons labellisés.

Et dans l'espace comme ailleurs, même les rebuts se recyclent: une société utilise les surplus de combustible solide de la NASA pour fabriquer des engins de déminage à distance.