Les électrochocs demeurent un traitement de choix, malgré le tabou

Le traitement par électrochocs, pratiqué sous anesthésie, a fait un retour en grâce pour soigner les dépressions profondes.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Joel Saget Le traitement par électrochocs, pratiqué sous anesthésie, a fait un retour en grâce pour soigner les dépressions profondes.

La plupart des psychiatres s'accordent à dire que les électrochocs demeurent néanmoins le traitement le plus efficace contre la dépression majeure. «Beaucoup de gens pensent que les électrochocs sont un traitement archaïque qui n'est plus utilisé. Or ils demeurent le traitement de choix pour les dépressions très sévères et réfractaires aux traitements usuels. Toutefois, la grande majorité des patients craignent les électrochocs, ce qu'on peut comprendre», affirme le Dr Claude Vanier, chef médical de la clinique d'électroconvulsivothérapie (ECT) de l'hôpital Louis-H-Lafontaine. Le film Vol au-dessus d'un nid de coucou ainsi que celui sur la chanteuse Alys Robi ont contribué à perpétuer le tabou entourant l'ECT, qui, «dans les années 1940 et 50, était prescrite à toutes les sauces et pouvait provoquer des fractures lors des convulsions», rappelle le Dr Vanier.

Toutefois, cette technique a beaucoup évolué depuis cette époque. Elle s'effectue désormais sous anesthésie générale (d'une durée de l'ordre de cinq minutes), afin que les patients ne ressentent aucune douleur. L'anesthésiste administre aussi un paralysant musculaire (une forme de curare) afin d'éviter que le patient bouge et se blesse, comme cela se produisait autrefois. De plus, «les patients sont ventilés afin de prévenir les baisses d'oxygène dans le sang qu'on observait jadis, car, pendant les quelques secondes où survient la convulsion, le corps consomme une grande quantité d'oxygène», précise le Dr Vanier. Tout au long de l'intervention, l'anesthésiste surveille les signes vitaux (tension artérielle, battements cardiaques, taux d'oxygénation du sang), «ce qu'on négligeait de faire autrefois. Si la tension artérielle du patient est trop élevée, on ne lui administrera pas le traitement car celle-ci s'élève durant la convulsion», affirme le spécialiste.

La procédure consiste à appliquer un courant électrique pendant quelques secondes entre l'oeil et l'oreille, puis ce courant déclenche une convulsion qui durera de 20 à 30 secondes. «Un traitement unilatéral [visant un seul hémisphère, le droit, de préférence, car le site de la mémoire verbale se situe dans l'hémisphère gauche] n'est pas efficace chez tous les patients. Un plus grand nombre de personnes répondent à un traitement bilatéral, qui toutefois peut entraîner des effets secondaires plus marqués sur la mémoire», avoue le Dr Vanier, avant d'ajouter qu'une ECT comporte en moyenne huit séances réparties sur trois semaines.

Mécanisme d'action

«L'ECT vise à déclencher une épilepsie au niveau des neurones du cortex, explique le Dr Paul Lespérance, du CHUM. Il a été observé dans des modèles animaux que cette convulsion électrique entraîne des transformations telles qu'un accroissement de la sérotonine et une modification de la sensibilité des récepteurs aux neurotransmetteurs, qui sont similaires à celles qu'on retrouve à la suite d'un traitement médicamenteux. Mais pourquoi une décharge électrique parvient à faire cela, c'est la grande question.»

Ce n'est qu'une hypothèse, ajoute le Dr Vanier. «C'est comme l'aspirine et le Tylenol, on ne sait pas exactement comment ça fonctionne, mais on en prend tous quand même parce qu'on sait que c'est efficace et sans danger. Même chose pour les électrochocs.»

L'ECT présente néanmoins certains effets secondaires qui affectent surtout la mémoire. Mais ces problèmes disparaissent la plupart du temps au bout de quelques heures, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois. «Il faut rappeler que la dépression elle-même et l'anesthésie provoquent des troubles de mémoire. En médecine, on soupèse toujours les avantages et les inconvénients. Or, quand une personne souffre d'une dépression profonde, qu'elle ne mange plus et ne pense qu'à mourir, les électrochocs deviennent un traitement de choix, fait valoir le Dr Vanier. Une convulsivothérapie permet de traiter un épisode de dépression, mais celle-ci peut resurgir, car comme un pontage coronarien permet de traiter un épisode cardiaque, cela ne veut pas dire que la personne ne refera pas d'infarctus», prévient le psychiatre.

Au Québec, l'ECT est «un traitement d'exception prescrit pour des dépressions sévères. Elle est réservée aux cas graves et sévères ou aux dépressifs qui ne répondent pas aux traitements habituels», souligne le Dr Vanier, tout en précisant que, «contrairement à jadis où on soumettait certains patients de force à ce traitement, aujourd'hui on respecte la volonté du patient. Et son consentement ou celui de ses proches, voire de la cour, est requis avant de procéder au traitement.»
2 commentaires
  • johanne fontaine - Inscrit 26 mars 2011 11 h 09

    Avis aux décideurs; la primauté au patient du plan d'action du gouvernement en santé mentale

    Véritable percée scientifique ou pseudo-science?

    La rhétorique hight tech du Dr Francois Lespérance, psychiâtre au CHUM concernant cette "avancée scientifique" sonne faux à mon oreille!



    Je suggère aux proches, aux familles mais surtout aux Juges de la Cour Supérieure du Québec qui émettent de telles ordonnances de "traîtement", bref à tous les décideurs du bien d'autrui d'examiner minutieusement ce qu'en pensent les patients et comment ils s'en trouvent, après avoir expérimenté l'ECT...



    Johanna Fontaine
    St-Cuthbert
    johannaf68@gmail.com

  • Florence Piron - Abonnée 26 mars 2011 16 h 34

    Un article mal documenté

    Comment se fait-il qu'un article scientifique fasse la promotion d'une technologie médicale contestée et risquée, sans questionner les personnes qui ont vécu ce traitement, sans recueillir d'opinions contraires et sans rendre compte des articles scientifiques qui montrent que les effets secondaires de cette technologie sont plus graves qu'une "légère perte de mémoire" et que ses effets bénéfiques sont très minimes? Le journalisme vise à éclairer l'information en croisant les sources, pas à faire la promotion de technologies qui, malgré les assurances paternantes de certains spécialistes, sont très invasives et humiliantes. Il y a bien d'autres moyens d'aider des personnes en dépression que de secouer leur cerveau. Mais elles prennent du temps et sont exigeantes sur le plan humain.
    Article à consulter: http://breggin.com/index.php?option=com_docman