Quand les antidépresseurs sont impuissants

L’appareil de stimulation magnétique transcrânienne répétitive (SMTr) est placé sur la tête d’une patiente.<br />
Photo: Source Institut universitaire en santé mentale Douglas L’appareil de stimulation magnétique transcrânienne répétitive (SMTr) est placé sur la tête d’une patiente.

Plusieurs retrouvent le goût de vivre grâce à un antidépresseur. Pour d'autres, le mal de l'âme est plus récalcitrant et ne s'estompe qu'avec des électrochocs, qui constituent à ce jour le traitement le plus efficace contre la dépression. De nouvelles techniques de neuromodulation semblent toutefois offrir une nouvelle voie, à laquelle des chercheurs d'ici s'intéressent.

Entre 15 et 20 % des personnes atteintes de dépression majeure sont insensibles aux différents antidépresseurs (AD) vendus sur le marché. À l'heure actuelle, peu de traitements alternatifs s'offrent à elles. «Nous sommes un peu dans une impasse en psychiatrie face à ces cas réfractaires aux médicaments. La neuromodulation présente un certain espoir», lance le Dr Paul Lespérance, qui dirige l'Unité de neuromodulation psychiatrique au CHUM. La neuromodulation, qui fait appel à des techniques de stimulation cérébrale, se fonde sur le fait que les neurones du cerveau communiquent entre eux par le biais de signaux électriques et chimiques. Les neurones convertissent les messages qu'ils reçoivent en une impulsion électrique qui les traverse de la tête (le corps cellulaire) aux pieds (les terminaisons nerveuses), où elle induit la libération d'un messager chimique (neurotransmetteur) qui migrera jusqu'aux neurones voisins dans lesquels il engendrera une impulsion électrique.

La plus ancienne technique de stimulation cérébrale est l'électrochoc, aussi appelé électroconvulsivothérapie (ECT), mais, compte tenu qu'il s'agit d'une «technique relativement complexe qui est mal acceptée socialement et qui peut s'accompagner d'effets secondaires sur la mémoire», les scientifiques cherchent à mettre au point d'autres techniques de stimulation moins invasives, délivrant des courants électriques de moindre intensité que l'ECT, fait valoir le Dr Lespérance, qui est également directeur du Département de psychiatrie de l'Université de Montréal. L'une d'elles, la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (SMTr), a été approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis et Santé Canada. Elle est dispensée au CHUM ainsi qu'à l'Institut Douglas. La stimulation transcrânienne à courant continu (STCC) et la stimulation magnétique transcrânienne profonde (SMTP) sont, quant à elles, encore expérimentales.

Stimulation magnétique transcrânienne répétitive


La STMr consiste à appliquer sur le cuir chevelu des impulsions magnétiques qui induiront des courants électriques au niveau des neurones de la région du cortex visée. La technique permet d'activer ou d'inhiber des zones du cerveau simplement en modifiant la fréquence des pulsations magnétiques.

«Dans les dépressions majeures, il y a généralement un hypométabolisme — se traduisant par un hypofonctionnement — du cortex préfrontal, qui est impliqué dans la mémoire, la prise de décisions, la planification, la régulation des émotions et le vécu émotionnel complexe, c'est-à-dire cette capacité de l'humain de pouvoir dire qu'il se sent triste», précise le Dr Lespérance, avant d'ajouter qu'on utilise la STMr à haute fréquence (10 ou 20 impulsions par seconde ou Hz) pour stimuler le cortex préfrontal et ainsi accroître le métabolisme de cette région dans le but de rétablir les capacités d'autorégulation des émotions, qui permettront de repousser les idées et les sentiments négatifs.

En freinant l'activité du cortex temporopariétal, la STMr à basse fréquence (une impulsion par seconde, 1Hz) permet par ailleurs de diminuer les hallucinations auditives résistantes aux médicaments antipsychotiques chez les schizophrènes.

La stimulation transcrânienne à courant continu (STCC) émet pour sa part des courants électriques de faible intensité qui peuvent stimuler ou inhiber des zones cérébrales spécifiques, selon que la polarité de l'électrode est positive ou négative.

Efficacité

«Ces techniques s'adressent principalement aux patients qui sont demeurés insensibles à un ou deux antidépresseurs (AD) différents, ainsi qu'à ceux qui ne tolèrent pas les effets secondaires de ces médicaments», précise le Dr Marcelo Berlim, directeur du programme de neuromodulation à l'Institut Douglas. Par contre, les patients qui avaient préalablement essayé quatre ou cinq AD sans résultat ne semblent pas tirer de bienfaits de la stimulation magnétique.

Ces techniques font apparaître l'effet thérapeutique plus tôt que ne le font les AD. «Certains patients voient leur état s'améliorer dès la première ou la deuxième semaine de traitement, qui comprend cinq séances

hebdomadaires de 20 à 40 minutes», indique le Dr Berlim. La majorité des patients récupèrent néanmoins surtout entre la quatrième et la sixième semaine de traitement, à l'instar de ce qu'on observe avec les AD.

Comme il s'agit de techniques relativement nouvelles, il y a peu d'études se penchant sur leurs effets à long terme, fait remarquer le chercheur, qui est aussi professeur de psychiatrie à l'Université McGill. «Il a néanmoins été observé que les patients qui avaient subi une amélioration radicale à la suite du traitement voyaient leur rétablissement persister au moins trois à six mois après l'arrêt du traitement. À l'instar de ce qui se passe avec les AD, les patients qui avaient connu une amélioration significative de leurs symptômes, mais qui continuaient néanmoins d'être déprimés, étaient plus sujets à une rechute dans les mois qui suivaient leur thérapie. De plus, quand on répète le traitement un an, voire deux ans, plus tard, les patients y répondent aussi rapidement. Le fait d'y avoir été sensible par le passé est un signe prédisant qu'ils en tireront profit dans le futur.»

Dispensées sans anesthésie, alors que le patient est assis confortablement dans un fauteuil, ces différentes techniques peuvent engendrer de légers maux de tête, vraisemblablement dus à des tensions musculaires au niveau du cou, ou exceptionnellement une convulsion, précise le Dr Berlim.

Stimulation profonde


Pour traiter la dépression, les spécialistes voudraient bien intervenir sur des régions profondes du cerveau, comme l'amygdale, qui intervient dans la régulation des émotions, ou le cortex orbitofrontal (situé derrière les orbites), qui est un des sites de la tristesse et du traitement des idées négatives. Jusqu'à récemment, ils comptaient sur le fait que la stimulation des régions superficielles du cortex, par effet indirect de cascade, engendrait des changements dans les régions profondes, étant donné que toutes les régions du cerveau sont interconnectées.

Des scientifiques israéliens ont toutefois mis au point des bobines qui génèrent des impulsions magnétiques capables d'atteindre les régions profondes du cerveau. La stimulation magnétique transcrânienne profonde (SMTp) qui utilise ces bobines semble très prometteuse.

Une autre stratégie permettant d'effectuer une stimulation cérébrale profonde consiste à implanter une électrode très fine dans le cerveau «en déplaçant légèrement le tissu nerveux sans le léser», explique le Dr Lespérance, qui a procédé à une telle intervention sur un patient, lequel a connu une amélioration de 75 % de ses symptômes dépressifs. Pratiquée sur des déprimés réfractaires à de nombreux AD, cette technologie permet d'assurer une stimulation continue grâce à la présence permanente de l'électrode, qui est reliée à deux batteries insérées sous la peau, à la manière des stimulateurs cardiaques. «On programme les paramètres de stimulation de l'électrode de sorte qu'elle inhibe les régions orbitofrontales, par exemple», explique le chercheur.

«Le nerf vague qui voyage à proximité des carotides au niveau du cou est une autoroute vers le tronc cérébral, où se trouvent les noyaux qui produisent les neurotransmetteurs, tels que la sérotonine et la noradrénaline, qui sont habituellement ciblés par les AD. En lui attachant une électrode qui est branchée à une batterie, on peut donc le stimuler aux cinq minutes 24 heures sur 24», précise le Dr Lespérance, tout en soulignant le fait que cette intervention, appelée

«stimulation du nerf vague», se distingue par un faible taux de rechute lorsqu'elle s'avère efficace chez un patient.
3 commentaires
  • johanne fontaine - Inscrit 26 mars 2011 09 h 50

    Ceux qui ont expérimenté cette technique

    J'invite Pauline Gravel à communiquer avec moi afin d'interviewer une personne qui a subi ce genre d'expérience thérapeutique.



    Johanna Fontaine
    St-Cuthbert
    johannaf68@gmail.com

  • Florence Piron - Abonnée 26 mars 2011 16 h 37

    Électrochocs et humiliation

    Comment peut-on penser qu'on pourra les aider des personnes qui souffrent de dépression en les traitant comme des animaux qu'on peut manipuler dans tous les sens ?? Une personne qui souffre, comme une personne bien portante, a besoin d'être traitée avec dignité et compassion. Dans le cas d'une dépression, elle a besoin d'être écoutée et non jugée. Un être humain n'est pas qu'une somme de neurones!!!

  • Elisabeth Savoie - Abonnée 27 mars 2011 16 h 42

    @ Florence Piron

    Les psychologues et psychiatres font TOUJOURS un suivi psychologique en même temps que les traitements, à ma connaissance. Parfois, le suivi avec le psychologue n'est pas assez et les traitements additionnels peuvent grandement aider. Si c'est ce qui peut aider quelqu'un à se remettre, je trouve que c'est ce qui est humain. On parle ici de dépression chronique, et je ne m'aventurerai pas dans une explication scientifique parce que je ne suis aucunement qualifiée pour en donner une, mais dans ces cas, il est souvent plus question d'un "pattern" de manière de penser ou de condition physiologique qui affecte la cognition du patient, en plus des préoccupations personnelles de l'individu.