Une web-anthropologie de la génération C

Internet et la mise en réseau des relations humaines auraient fortement transformé l'identité et le sens du réel de la génération C, celle qui est née entre 1982 et 1996, disent les experts, gourous du Web et «logues» de ce monde. Mais sur le terrain, comment l'axiome tient-il la route?

La question taraude depuis plusieurs mois la jeune cinéaste Myriam Verrault qui, caméra à l'épaule, est partie à la rencontre de cette jeunesse branchée dans toutes les régions du Québec. Pour leur donner la parole. Et le résultat va se mesurer à partir d'aujourd'hui — à midi, pour être précis — sous la forme d'un nouveau web-documentaire de l'Office national du film (ONF) intitulé Ma tribu c'est ma vie (onf.ca/matribu).

Derrière l'enrobage numérique de circonstance, Jimmy de Rouyn-Noranda, Pierre-Luc de Saint-Félicien, Janis de Québec, Sébastien de Montréal et Laurianne de Sayabec, pour ne citer qu'eux, s'y dévoilent avec l'authenticité qu'encouragent les réseaux sociaux, mais aussi avec ce goût de la musique, peu importe sa forme, qui les unit. «Je voulais étudier l'impact de l'Internet sur la construction de l'identité et des relations interpersonnelles en mettant sous la loupe une communauté», dit Mme Verrault, jointe cette semaine au téléphone par Le Devoir. «Le but était de sortir de la théorie pour donner la parole aux gens qui baignent dans cette technologie, qui l'utilisent, sans prendre du recul sur cette utilisation, un peu comme pour donner de la valeur à la naïveté et à la banalité apparente qui finalement s'avèrent très intéressantes.»

À l'image du film À l'ouest de Pluton, qu'elle a coréalisé avec Henry Bernadet en 2008, cette web-incursion dans le monde des jeunes finit donc très vite par prendre les allures d'une autopsie fascinante d'une génération dont la solitude, la différence, les questionnements identitaires, les essais et les erreurs se sont mis eux aussi à l'heure du 2.0, ce Web que l'on dit participatif.

«Au départ, je me suis lancée dans ce projet avec des idées préconçues», dit-elle, en lançant les mots «narcissisme», «repli sur soi» et «homogénéisation». «J'ai plutôt trouvé des jeunes avec des personnalités fortes et diversifiées, personnalités que la Toile vient simplement amplifier.»

Cette même Toile pourrait d'ailleurs amplifier le contenu de ce documentaire en ligne, produit par Hugues Sweeney, qui se présente sous forme interactive en invitant les internautes, comme le font les autres web-productions de l'ONF, à commenter, remettre en question, partager, étoffer les contenus qui se présentent à eux. Histoire de partager un peu le quotidien d'une tribu qui, comme toutes les autres, ne cherche finalement qu'à exister.