Le biologiste Joël Bêty élu scientifique de l'année

Vol d’oies blanches à la réserve du cap Tourmente.
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Vol d’oies blanches à la réserve du cap Tourmente.

Le biologiste Joël Bêty, de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), s'est vu décerner le titre de scientifique de l'année 2010 attribué par Radio-Canada pour avoir élucidé, grâce à une expérimentation surprenante, les raisons qui poussent plusieurs oiseaux à effectuer de longues migrations vers le Grand Nord.

Si plusieurs recherches ont déjà expliqué comment les oiseaux parviennent à s'orienter lors de leur migration, les travaux du professeur Bêty lèvent le voile sur les facteurs qui entraînent des milliers d'oiseaux à parcourir d'immenses distances au cours de leur vie pour aller couver.

Selon l'hypothèse vérifiée sur le terrain, l'équipe de M. Bêty a réussi à prouver que plus les oiseaux nichent à des latitudes nordiques, plus les chances que leurs oeufs échappent aux prédateurs sont grandes. «Un oiseau qui niche dans le Haut-Arctique a deux fois plus de chances de voir ces oeufs éclore qu'un oiseau qui niche dans le Bas-Arctique. C'est un genre de refuge pour limiter les risques d'être trouvé», a expliqué le professeur hier, à l'émission Les Années lumière, diffusée sur les ondes de la radio de Radio-Canada.

Les résultats de la recherche du professeur Bêty viennent d'ailleurs d'être publiés dans le numéro de janvier de la prestigieuse revue scientifique américaine Science.

C'est surtout la méthodologie élaborée pour tester l'hypothèse qui a retenu l'attention du jury, composé de journalistes des Années lumière, de l'émission Découverte et du magazine Québec Science.

Après avoir disposé plus de 1555 nids artificiels et 10 000 oeufs de caille sur un territoire de 3300 km allant du sud de la baie James à l'île d'Ellesmere, les chercheurs ont mesuré sur une période de quatre ans les taux de prédation des oeufs sur le terrain. Leurs relevés ont démontré que ce taux de prédation diminuait de 3,6 % à chaque degré de latitude franchi vers le nord, pour une réduction totale de 66 %.

Pour plusieurs oiseaux, qui n'ont qu'une seule couvée par année, cette stratégie est donc majeure pour assurer leur reproduction, explique le professeur Bêty. Notamment pour la sterne arctique, qui migre de l'Arctique à l'Antarctique, parcourant chaque année 80 000 km par an. On a démontré la véracité du modèle pour les oiseaux de rivages, mais l'hypothèse reste à éprouver pour d'autres volatiles, comme les oies blanches.

Ces recherches pourraient aussi s'avérer importantes pour mieux comprendre l'impact des changements climatiques.

Jusqu'à maintenant, on croyait la migration nordique de plusieurs espèces d'oiseaux surtout liée à l'absence de pathogènes. La démarche scientifique appliquée par le professeur Bêty a été qualifiée cette semaine de véritable «pièce d'anthologie» par le recteur de l'UQAR, Michel Ringuet. La surveillance de la prédation des oeufs a nécessité le transport de milliers d'oeufs par hélicoptères dans des endroits reculés du Grand Nord et des parcours de milliers de kilomètres par les chercheurs à des températures glaciales.

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