La fusion des trois fonds de recherche publique au Québec suscite une forte opposition

Une claire opposition à la fusion des trois fonds qui subventionnent la recherche publique au Québec a été exprimée hier dans le cadre de la Commission parlementaire des finances publiques qui entamait ses consultations et auditions publiques au sujet du projet de loi 130. Les différents intervenants du milieu universitaire, de la recherche et des établissements de santé ont souligné les dangers que laisse planer la réforme prévue par le projet de loi sur l'essor de la recherche publique au Québec.

Le projet de loi vise notamment l'abolition de certains organismes et de certains fonds, ou leur regroupement en un seul. Notamment, il prévoit la création du Fonds Recherche Québec qui intégrera les activités du Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), du Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) et du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC).

«Il ne faut pas démanteler un système qui fonctionne très bien. Nous avons travaillé pendant dix ans pour arriver à ce système qui fait preuve d'une très grande efficacité», a affirmé au Devoir le président de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), Pierre Noreau, tout en soulignant le fait que cette réforme ne répond à aucun souhait de la communauté des chercheurs et du milieu universitaire.

«Les trois fonds ont des missions spécifiques, dont il faut préserver les caractéristiques», a ajouté Lise Denis, directrice générale de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Mme Denis a fait remarquer que les fonds FQRSC et FQRNT ont déjà regroupé leurs services administratifs dans le but de faire des économies. Et le FRSQ serait disposé à en faire autant.

La Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU) a indiqué que «cette réorganisation produira inévitablement une instabilité dans un domaine d'activités complexe qui s'est bien développé au Québec après de longs efforts».

Plusieurs intervenants ont manifesté leur inquiétude de voir l'indépendance du nouveau Fonds Recherche Québec compromise par un élément du projet de loi qui accorde à la ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation la possibilité de déterminer les orientations des organismes subventionnaires.

La plupart doutent également que la fusion permette de faire de réelles économies. «Il est difficile d'établir les gains que permettrait la réforme. Il ne devrait pas y en avoir tant que cela puisqu'on aura tout de même trois vice-présidents pour chacun des comités sectoriels qui remplaceront les conseils d'administration des trois fonds. Ce qu'on pourra gagner en petites économies d'un côté, on risque de le perdre de l'autre. En démantelant le système actuel, on risque de ralentir la dynamique de la recherche québécoise», fait valoir M. Noreau, tout en rappelant que grâce à la performance exceptionnelle des trois fonds, les 200 millions que le gouvernement du Québec investit chaque année dans la recherche permettent aux chercheurs québécois d'aller chercher 600 millions au fédéral.

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