Numérisation - «Comment enlever des taches de rouge à lèvres sur un tailleur ?»

De plus en plus, les bibliothèques développent leur volet virtuel. Des représentants de plusieurs grands établissements en Europe et en Amérique du Nord sont venus discuter de leurs stratégies lors du colloque «Les bibliothèques du XXIe siècle», qui s'est tenu le 22 novembre lors des 23es Entretiens du Centre Jacques Cartier. Le Devoir y était.

Pourriez-vous donner une très bonne recette de tarte aux myrtilles? Savez-vous comment enlever des taches de rouge à lèvres sur un tailleur? Vous avez peut-être déjà pensé à poser ce genre de questions à un moteur de recherche dans le web, mais probablement jamais vous n'avez pensé à les poser à un bibliothécaire. Pourtant, en France, plusieurs le font, que ce soit par courriel ou par téléphone. Et les bibliothécaires leur répondent. Pourquoi?

«Nous avons, dans nos rayons, des livres qui contiennent ces réponses, alors nous répondons pour rendre cette information disponible en ligne», a expliqué Bertrand Calenge, directeur par intérim de la Bibliothèque de Lyon, qui est venu parler notamment du site www.guichetdusavoir.com que l'établissement a mis en place.

Les trucs et astuces ne constituent toutefois pas, bien sûr, le genre d'information qui domine ces bases de données. L'idée, c'est de permettre au grand public de poser des questions d'ordre documentaire aux bibliothécaires. «Depuis 2004, nous avons répondu à 32 000 questions et nos bibliothécaires s'engagent à répondre en 72 heures. Notre Guichet du savoir reçoit 2,5 millions de visites par an», a-t-il précisé.

On a fait sensiblement la même chose à la Bibliothèque nationale de France (BnF), à Paris. Le Service d'information des bibliothécaires à distance (SINBAD), créé en 2005, reçoit environ 850 questions par mois. Depuis la fin de 2008, on publie une sélection de questions dans une base de données. «Pour faire connaître ce service à l'extérieur de notre site, nous publions maintenant une question de la semaine dans notre page Facebook», a indiqué Isabelle Copin, coordonnatrice des services à distance à la BnF.

La Bibliothèque de Lyon est allée encore plus loin en créant le site www.pointsdactu.org. «Même si nous sommes constamment gavés d'information, les moteurs de recherche reçoivent énormément de requêtes concernant les questions d'actualité. Il y a donc clairement des aspects qui sont laissés de côté par les médias. Nos bibliothécaires écrivent donc des articles qui viennent mettre en contexte certaines questions d'actualité», explique Bertrand Calenge.

BAnQ prend le virage

Bibliothèques et Archives nationales du Québec (BAnQ) ne fait pas exception et prend le virage du virtuel. «Lors de l'ouverture de la Grande Bibliothèque en 2005, les gens nous visitaient principalement sur place. Aujourd'hui, nous avons 280 000 abonnés actifs, dont 27 % qui utilisent seulement les services à distance de la bibliothèque. De 2005 à 2009, le nombre de documents téléchargés a triplé et le nombre des demandes d'information et de référence à distance a augmenté de 68 %», a confié Hélène Roussel, directrice générale de la diffusion à BAnQ.

Bien qu'un service de questions-réponses soit en place dans l'établissement, il n'y a pas encore de base de données accessible en ligne. «C'est dans nos projets», a précisé Mme Roussel au Devoir après sa présentation.

«Développer nos ressources dans le web nous permet de mieux remplir notre mandat national, puisqu'il n'y a plus de barrière», a indiqué au Devoir Guy Berthiaume, p.-d.g. de BAnQ et un des responsables du colloque.

Le meilleur exemple est la numérisation d'ouvrages. BAnQ a près de 40 000 livres numériques dans sa collection et 23 000 d'entre eux peuvent être téléchargés sur une tablette de lecture. «C'est merveilleux, parce que ça augmente l'exposition aux livres au Québec. Si quelqu'un de Sept-Îles veut avoir un de nos documents à Montréal, il doit demander qu'on fasse le transfert. Ça prend du temps! Avec la numérisation, c'est instantané et les ouvrages sont chronodégradables», a ajouté M. Berthiaume.

Google Livres

Lorsque vient le temps de numériser des ouvrages, plusieurs grandes bibliothèques aux États-Unis et en Europe travaillent avec Google Livres. «Nous avons signé une entente avec Google Li-vres et nous a-vons maintenant 300 000 ouvrages numérisés, qui sont d'ailleurs 10 fois plus consultés que nos autres livres», a confié lors du colloque Ann Thornton, de la New York Public Library.

«Numériser des livres, c'est très long et très cher. Google en fait une industrie et le géant va seulement dans les plus grandes bibliothèques du monde et numérise très rapidement un très grand nombre de volumes», a expliqué au Devoir David Aymonin, directeur de l'information scientifique et des bibliothèques de l'École polytechnique de Lausanne.

Au Québec, on s'arrange donc tout seul! «Nous n'avons jamais été approchés par Google Livres», a précisé Guy Berthiaume.

Cela n'empêche pas BAnQ de poursuivre ses efforts de numérisation. «Le grand défi, a ajouté M. Berthiaume, c'est d'augmenter la disponibilité de titres québécois en version numérique. Nous sommes en train d'essayer d'établir un système pour y arriver et nous souhaitons signer prochainement une entente avec l'Association nationale des éditeurs de livres.»
2 commentaires
  • Line Gingras - Abonnée 19 décembre 2010 17 h 26

    Lien

    Le lien que vous donnez ne fonctionne pas (en ce qui me concerne, du moins). Voici celui que j'ai obtenu par une recherche Google, et qui m'a amenée à bon port : http://www.guichetdusavoir.org/

  • Mario Plourde - Inscrit 19 décembre 2010 23 h 00

    BanQ

    La BanQ devrait s'adapter à notre époque. Fermer à 1h am, et ce, pour tous les étages tous les jours, même le lundi. Ouvrir à 8h am. Offrir un plus grand nombre de chutes de livre.


    Ce sont des choses de base tout aussi importantes que d'offrir un accès universel à tous les livres, et ce, gratuitement sur Internet,24h/24. Ces mises à niveau ne sont d'ailleurs que des prérequis avant de parler de valorisation et de développement du métier de bibliothécaire.