Trois bras, deux jambes et une sculpture dans l'estomac

L’artiste Stelarc a utilisé des cellules souches pour intégrer une oreille à son bras.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’artiste Stelarc a utilisé des cellules souches pour intégrer une oreille à son bras.

Stelarc, de son vrai nom Stelios Arcadiou, est né le 19 juin 1946 à Chypre. Il va très tôt vivre en Australie, où il fait des études en art. Dans une de ses premières performances, il se greffe une troisième main, qu'il attache à son bras droit par excroissance en acrylique et qui est mise en mouvement par l'activité électrique de ses muscles. Il dispose ainsi de trois mains bougeant indépendamment. On l'invite à présenter cette technologie avant-gardiste au Jet Propulsion Lab à Pasadena, en Californie, ainsi qu'au Johnson Space Center à Houston.

Il entame ensuite une série de performances dans lesquelles son corps est suspendu dans les airs à l'aide de crochets métalliques enfoncés dans sa peau. Assis en tailleur et encerclé de roches qui contrebalancent son poids, il flotte nu dans une galerie de Tokyo en 1980 (Sitting-Swaying: Event for Rock Suspension). En 1981, son corps nu suspendu à l'horizontale au-dessus de l'océan se balance au gré du vent (Seaside Suspension: Event for Wind and Waves). En 1984, son corps hameçonné glisse le long d'un câble suspendu au-dessus d'une rue d'East Village, à New York (Street Suspension). L'année suivante, il se suspend au-dessus du théâtre Royal de Copenhague (City Suspension).

Un autre de ses projets consistait à «concevoir une sculpture de l'intérieur de son corps» (Stomach Sculpture, en 1993). Un petit dispositif a été spécialement conçu et fabriqué pour cette oeuvre d'art avec l'aide d'un bijoutier et d'un fabricant d'instruments de chirurgie microscopiques. «Le dispositif devait être assez petit pour pouvoir entrer par la bouche. Relié par un fil, il s'ouvrait dans l'estomac pour atteindre la taille de mon poing, et se comportait à la manière d'un feu clignotant faisant bip-bip. À ce dispositif s'ajoutait un second tube qui acheminait un endoscope médical qui enregistrait le tout. Il faut imaginer ce dispositif comme une machine chorégraphique qui se produit à l'intérieur du corps humain», explique Stelarc, qui nous a avoué que le projet ne fut «pas facile à réaliser, et même un peu dangereux».

En 1995, Stelarc réalise une performance intitulée Fractal Flesh, dans laquelle son corps est physiquement au Luxembourg, tandis que des spectateurs à Paris, à Helsinki et à Amsterdam peuvent faire bouger certaines parties de son corps en interagissant avec une interface numérique reliée à Internet. «Cette idée d'interfacer mon corps avec votre corps à travers Internet devient possible», dit-il.

En 2006 débutent les premières chirurgies du projet Ear on Arm.

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Avec la collaboration de Catherine Lalonde.


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