Éoliennes en milieu nordique - « Le bruit ne devrait plus représenter un véritable problème »

Ces dernières années, il y a eu énormément de développement visant à réduire les bruits des éoliennes.<br />
Photo: Agence Reuters Jonathan Ernst Ces dernières années, il y a eu énormément de développement visant à réduire les bruits des éoliennes.

Depuis vingt-cinq ans, le professeur Christian Masson, de l'École de technologie supérieure (ÉTS), se passionne pour les éoliennes. Par le fait même, il suit de près «le dossier» depuis l'époque où les écolos affirmaient que, au lieu de construire des barrages hydro-électriques, il fallait se tourner vers les éoliennes pour produire notre électricité. Comme il le constate sans peine, le monde a bien changé depuis.

Professeur au Département de génie mécanique de l'ETS, Christian Masson dirige la Chaire de recherche sur l'aérodynamique des éoliennes en milieu nordique. «Précisons, dit cet ingénieur, que nous ne nous intéressons pas à la conception des éoliennes en tant que telle, mais plutôt à l'installation de centrales éoliennes.»

La raison est simple: comme aucune entreprise québécoise ou canadienne ne fabrique de grandes éoliennes, la conception de celles-ci se fait à l'étranger. Par contre, étant donné notre climat et notre géographie, il faut développer un savoir-faire particulier pour installer correctement des éoliennes. La chaire que dirige M. Masson conçoit donc les outils informatiques qu'utilisent les firmes d'ingénieurs-conseils, les constructeurs de centrales ainsi qu'Hydro-Québec dans leur planification.

Une pépinière pour l'industrie

«Nos recherches portent sur les problèmes qui touchent l'aérodynamique des centrales éoliennes, poursuit Christian Masson, comme déterminer, une fois qu'on a identifié un site, l'endroit où installer précisément les éoliennes afin d'optimiser la production d'énergie.»

Il souligne que notre milieu est différent de l'Europe, où on retrouve la plupart des grandes centrales éoliennes. «Il y a bien sûr, en Europe, des régions assez semblables aux nôtres, dit-il, mais ce n'est jamais comme ici. Nous avons un climat beaucoup plus rigoureux, plus difficile. De plus, la topographie du terrain est assez complexe; il ne s'agit pas de grands territoires plats, comme au Danemark. Et, souvent, on s'installe sur un couvert forestier, ce qui est plus rare en Europe. Bref, nous développons des outils servant à concevoir des centrales éoliennes selon les particularités d'ici.»

Concrètement, la Chaire de recherche sur l'aérodynamique des éoliennes en milieu nordique sert principalement à développer des techniques de simulation utilisées par les entreprises conceptrices de centrales éoliennes. Elle cherche en outre à cerner les technologies les mieux adaptées à notre milieu.

Le chercheur précise en outre que les activités de sa chaire se concentrent sur la recherche fondamentale, et non sur la planification des centrales comme telle, tâche qui revient aux firmes. «Toutefois, nos activités offrent un intérêt à court terme pour les entreprises, puisque plusieurs d'entre elles collaborent avec nous.»

«Je dirais cependant que mon objectif principal, en tant que titulaire d'une chaire de recherche, c'est de former du personnel hautement qualifié, enchaîne M. Masson. En fin de compte, si je puis dire, mon "produit" le plus attrayant, c'est le personnel que je rends disponible pour l'industrie.»

Ses étudiants diplômés oeuvrent à titre d'ingénieur à tous les niveaux de l'industrie. «Aujourd'hui, déclare-t-il fièrement, je suis agréablement surpris de voir que mes diplômés se retrouvent à tous les échelons de l'industrie de l'éolien au Québec et au Canada: du développeur de projets ou d'un bureau d'ingénieurs jusqu'aux fabricants.»

M. Masson constate incidemment que le secteur de l'éolien a de grands besoins en personnel qualifié et qu'il est par conséquent assez facile de s'y trouver du travail. «Il n'y a vraiment pas de difficulté à se trouver un emploi intéressant dans l'éolien, surtout si on est ouvert sur le monde», lance-t-il avec satisfaction.

Une question de perception

Il y a vingt ans, bon nombre de ceux et celles qui s'opposaient à la construction de barrages hydro-électriques préconisaient le recours à l'énergie naturelle du vent. Toutefois, depuis qu'il est question d'installer un peu partout des centrales éoliennes, les promoteurs se butent à l'inquiétude de la population.

Le professeur Masson comprend d'emblée ces inquiétude. «Je pense même que c'est sain d'avoir cette réaction-là», dit-il. C'est le cas notamment du bruit généré par une éolienne. «N'oublions pas que ces machines génèrent deux sortes de bruit, commence-t-il par dire. Il y a des bruits aérodynamiques — l'extrémité des pales file tout de même à près de Mach 0,3 — et des bruits mécaniques, puisqu'il y a de gros systèmes mécaniques qui tournent.»

Cependant, poursuit-il, ces dernières années, il y a eu énormément de développement visant à réduire les bruits. «Lorsqu'on combine les technologies d'aujourd'hui aux règles qui ont été établies afin d'installer les éoliennes à bonne distance des habitations, le bruit ne devrait plus représenter un véritable problème.»

En fait, précise-t-il, c'est désormais plutôt une question de perception. «Je donne toujours l'exemple suivant, dit-il. Un jour, lorsque j'étais étudiant à l'École polytechnique, au beau milieu de la session, un camarade de classe me fait remarquer que l'un de nos professeurs faisait toujours un petit bruit de bouche à la fin de chaque phrase — ce que je n'avais jamais remarqué. Toutefois, à partir de ce moment-là, je n'entendais plus que cela!»

«Ainsi, les éoliennes d'aujourd'hui sont peu bruyantes lorsqu'installées à distance respectable des résidences, conclut-il. De la sorte, on ne devrait jamais avoir de problème majeur. Toutefois, il y aura toujours des gens qui seront incommodés même si, objectivement, le nombre de décibels émis par une éolienne est trop faible. Tout est une question de perception.»

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Collaborateur du Devoir