Prix Michel-Jurdant - L'écologiste forestier avait raison

Christian Messier entreprend un nouveau chapitre de sa carrière avec la Chaire CRSNG/Hydro-Québec sur le contrôle de la croissance de l’arbre.<br />
Photo: Source Acfas Christian Messier entreprend un nouveau chapitre de sa carrière avec la Chaire CRSNG/Hydro-Québec sur le contrôle de la croissance de l’arbre.

Christian Messier, l'écologiste forestier dont les travaux ont inspiré notamment le ministère des Ressources naturelles et de la Faune pour l'élaboration du régime forestier adopté en 2009, a vu jeudi son œuvre être reconnue.

Professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM depuis 1992 et fondateur du Centre d'étude de la forêt, Christian Messier a réalisé ces dernières années un projet-pilote en aménagement forestier durable, appelé TRIADE, en collaboration avec les gouvernements, les entreprises forestières, les communautés autochtones et les groupes écologistes.

«C'est un projet de grande envergure en Haute-Mauricie. L'idée, c'est d'arriver à un aménagement écosystémique en créant trois zones sur le territoire», affirme-t-il.

La première zone est protégée de toute activité industrielle. La deuxième est une zone de foresterie intensive où des espèces sont plantées et récoltées comme en agriculture. La troisième est une zone d'aménagement écosystémique. «Cette zone atteint environ 70 % du territoire, précise le scienti-fique, et on y fait des types de coupes variées qui s'inspirent des perturbations naturelles des forêts, comme les épidémies d'insectes, les arbres qui tombent avec le vent, etc. C'est bon, parce que ces coupes partielles facilitent la régénération et la création d'habitats.»

Avec la méthode d'aménagement de Christian Messier, on fait encore de la coupe à blanc, mais beaucoup moins qu'on en faisait au Québec, et la méthode a été revue. «Auparavant, on coupait d'immenses rectangles, maintenant, on fait des contours irréguliers pour ressembler davantage aux feux de forêt. On laisse aussi des îlots d'arbres qui permettent de garder un héritage biologique, et les arbres qui meurent permettent à plusieurs organismes vivants de faire leur habitat», affirme le chercheur, qui est souvent sollicité pour donner des conférences à des ingénieurs forestiers afin de les amener à élargir leur vision de la ressource qu'est la forêt.

Aboutissement et changement

Dès 2013, donc, lorsque le nouveau régime forestier sera appliqué, les entreprises devront toutes avoir leur plan d'aménagement en trois zones. Pour Christian Messier, qui a toujours voulu lier la théorie et la pratique, c'est un aboutissement. Si bien qu'il réorientera le gros de ses recherches.

«J'aime changer de domaine après environ 10 ans parce que, sinon, j'aurais peur d'être trop convaincu et de manquer d'autocritique. Pour être un bon scientifique, il faut se remettre en question», affirme celui qui a commencé ses études à l'Université Laval en foresterie pour les terminer à l'Université d'Helsinki, en Finlande, avec un postdoctorat en écologie forestière.

C'est donc avec enthousiasme que le chercheur âgé de 49 ans entreprend un nouveau chapitre de sa carrière avec la Chaire CRSNG/Hydro-Québec sur le contrôle de la croissance de l'arbre. «Je travaillerai sur les milieux urbains et périurbains. C'est important parce que la ville s'étend et que les questions d'aménagement prendront de plus en plus d'ampleur. Tout est à faire dans ce secteur», affirme le scientifique, qui a d'ailleurs dirigé l'ouvrage collectif publié en 2006 et intitulé Écologie en ville.

Et qu'est-ce qu'Hydro-Québec vient faire dans cette chaire de recherche? «Hydro-Québec a un intérêt en raison des problèmes causés par les arbres qui poussent dans les fils électriques. Trop souvent, l'élagage a été horrible! Un volet de nos recherches tentera de mieux comprendre l'arbre qui se développe en milieu urbain, pour arriver à mieux l'intégrer», explique Christian Messier.

Le scientifique, qui a grandi à Saint-Gabriel-de-Brandon, est particulièrement stimulé par un projet «farfelu» qu'il réalisera cet hiver grâce à cette chaire. «Nous allons sacrifier une vingtaine d'arbres sur lesquels nous simulerons du verglas en les arrosant fréquemment. Nous allons les observer pour arriver à être capables de faire de l'élagage préventif qui respecterait les phénomènes naturels afin de causer moins de bris», explique celui qui affirme avoir été encouragé très jeune à poursuivre de longues études par son père, qui aurait bien aimé avoir eu cette chance.

Des caractéristiques plus diversifiées

Un autre volet des recherches de la nouvelle chaire portera sur le choix des espèces. «Même si on plante différentes espèces d'arbres en ville, on a remarqué qu'elles ont souvent les mêmes caractéristiques. Ça peut avoir des impacts majeurs lors de perturbations. Dans les milieux naturels, si une espèce tolère mal une perturbation, une autre prendra la relève. On travaillera donc à diversifier les espèces dans la ville.»

Ainsi, le scientifique se servira de son travail dans les milieux naturels pour travailler dans les milieux habités. «Il y a des spécialistes des milieux urbains et d'autres des milieux naturels, mais il n'y a pas encore eu de lien entre les deux. Ce sera mon défi.»

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Collaboratrice du Devoir

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Le prix Michel-Jurdant a été créé en 1985 en l'honneur de l'écologiste Michel Jurdant et récompense des activités de recherche en sciences de l'environnement. Il est destiné à une personne dont les travaux et le rayonnement scientifiques ont eu un effet dans la société en ce qui a trait à la mise en valeur et à la protection de l'environnement. Il est parrainé par Cascades.