Prix Adrien-Pouliot - Un regard se fixe sur votre ventre !

Le Dr Jean-Pierre Després et sa collègue et conjointe, la Dre Isabelle Lemieux, présentent l’article de synthèse sur le syndrome métabolique, publié dans la revue Nature.<br />
Photo: Source Acfas Le Dr Jean-Pierre Després et sa collègue et conjointe, la Dre Isabelle Lemieux, présentent l’article de synthèse sur le syndrome métabolique, publié dans la revue Nature.

Depuis 25 ans, Jean-Pierre Després étudie le rapport entre santé et obésité. Et celui qui dénonce plus d'une idée reçue en diététique reçoit cette année le prix de l'Acfas qui souligne les relations scientifiques entre la France et le Québec.

«Le poil me dresse sur le corps lorsque je vois tous ces articles qui traitent d'épidémie de surpoids et d'obésité, lance celui qui vient de recevoir le prix Adrien-Pouliot. On ne dit pas les vraies affaires aux gens! Il faut plutôt dire qu'avoir un petit bedon dur — qu'on soit gros ou non — est la forme de surpoids la plus dangereuse.» De fait, un tour de taille de plus de 90 centimètres et un taux de triglycérides élevé sont aussi dommageables pour la santé que le cholestérol, l'hypertension ou le tabagisme.

M. Després est directeur de la recherche en cardiologie à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Il a montré que la graisse dangereuse pour la santé se loge à l'intérieur de l'abdomen — entre les viscères — et non pas sous la peau. On parle alors d'obésité viscérale. «L'obésité viscérale, dit-il, ce n'est pas nécessairement être gros, c'est avoir un petit bedon dur. On est alors une véritable bombe à retardement en matière d'infarctus et de diabète. Voilà ce que j'ai découvert.»

Piqûre pour la recherche

Originaire de Montmagny, où il habite toujours la maison de son grand-père, M. Després a toujours été fasciné par la biologie humaine. «Je savais que je ferais une carrière en science, dit-il. Il y a néanmoins des gens qu'on rencontre durant sa formation universitaire et qui ont une profonde influence sur soi.»

Dans son cas, il s'agit de Claude Bouchard, qui, à la fin des années 1970, amorçait à l'Université Laval une recherche sur la condition physique des Québécois. «Ce professeur recrutait des assistants de recherche, raconte M. Després. Je n'avais que 18 ans et je me suis dit: "Voilà ce que je veux faire pour le restant de mes jours!" Je suis donc allé le voir... À 18 ans, je me suis retrouvé à travailler non pas sur des rats, mais avec des êtres humains.»

En 1984, pendant un stage postdoctoral au Département de médecine de l'Université de Toronto, il tombe sur un article scientifique qui oriente à tout jamais ses travaux. «Je m'en souviens encore, dit-il avec émotion. C'était l'heure du midi, je mangeais à la sauvette un sandwich tout en parcourant les publications scientifiques... J'y découvre qu'un groupe de chercheurs scandinaves rapporte que les complications dues à l'obésité dépendent non pas du fait d'être gros, mais plutôt de la localisation de la graisse. "Ça y est, me suis-je dit, voilà ce qui importe: étudier la localisation de la graisse".»

De retour à l'Université Laval, le jeune chercheur entreprend un vaste programme de recherche. En cinq ans de labeur intense, il fait ressortir une notion tout à fait nouvelle: «J'ai montré que la graisse qui est dangereuse pour la santé est celle qui se trouve à l'intérieur de l'abdomen. Ce n'est nullement une question de surpoids... mais de bedon», résume-t-il.

Le mythe du poids santé

Jean-Pierre Després conteste vigoureusement la notion même de poids santé. «Lorsque vous comparez votre poids à votre taille — en cherchant à établir si vous avez un poids santé — vous n'obtenez rien de bon, tranche-t-il. Vous pouvez par exemple être une femme un peu rondelette et être en parfaite santé... mais avoir un poids santé de 28. On vous dira pourtant que vous figurez parmi celles qui ont un problème de surpoids. C'est faux.»

Ce qui importe plutôt, montre-t-il étude après étude depuis 25 ans, c'est la présence d'un «petit bedon». «La première chose que je fais le matin, raconte-t-il sérieusement, c'est de me regarder de côté dans le miroir.... Jamais je n'utilise un pèse-personne. C'est inutile.»

Si vous observez la présence d'un bedon, vous devez alors vous demander s'il est dur ou mou. Un bedon mou signifie que vous portez de la graisse sous la peau, ce qui n'est pas grave, tandis qu'un bedon dur témoigne de la présence de graisse dans votre cavité abdominale.

Cependant, pour confirmer que c'est bien votre cas, vous devez demander à votre médecin de vérifier votre taux de triglycérides. «Si vous avez de la graisse viscérale en excès, explique le spécialiste, votre organisme libère dans le sang des triglycérides. Or nous nous sommes rendu compte qu'un tour de taille élevé, combiné à la présence de triglycérides dans le sang, confirme la présence de graisses viscérales.»

La bonne nouvelle, enchaîne M. Després, c'est qu'il est relativement facile de faire diminuer cette graisse: il s'agit tout simplement de manger mieux et de bouger davantage. «Pas question de se mettre au régime et de chercher à perdre dix kilos, avertit-il. Nul besoin non plus de se transformer en moine végétarien. On doit tout bonnement manger un peu mieux. De la sorte, on peut faire baisser jusqu'à 30 % la graisse viscérale et ainsi diminuer de beaucoup ses facteurs de risque.»

Pour y parvenir, ajoute-t-il, il suffit «de faire un petit ménage» dans ses habitudes alimentaires et dans ses activités physiques. «De cette façon, doucement, on fait fondre son bedon et on diminue ses risques.»

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Collaborateur du Devoir

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Le prix Adrien-Pouliot a été créé au printemps 2000 en l'honneur d'Adrien Pouliot, mathématicien, ancien président de l'Acfas et détenteur de nombreuses distinctions françaises. Ce prix vise à souligner l'excellence de travaux qui sont réalisés en collaboration avec une personne ou une équipe de la France et qui ont des retombées autant en France qu'ici. Il est parrainé par le consulat général de la France à Québec et le ministère des Relations internationales du Québec.
1 commentaire
  • Liliane - Inscrite 10 octobre 2010 13 h 09

    on avance

    Bravo pour le Prix et enfin quelque chose de facile à comprendre et à corriger. C'est un grand soulagement pour contrer le discours de la peur qu'on entend un peu partout...
    Félicitations et merci