Prix Léo-Pariseau - Bon, le sucre !

René Roy travaille aujourd’hui à plusieurs projets, dont un portant sur un vaccin contre le cancer du sein.<br />
Photo: Source Acfas René Roy travaille aujourd’hui à plusieurs projets, dont un portant sur un vaccin contre le cancer du sein.

La chimie des sucres, ou des hydrates de carbone, comme on les appelait autrefois, est l'une des branches de la chimie. Le professeur et chercheur René Roy en a fait sa spécialité et il a passé sa carrière à utiliser à des fins thérapeutiques ses connaissances en chimie des sucres. Il reçoit cette année le prix Léo-Pariseau en sciences biologiques et sciences de la santé.

Tout comme Obélix, René Roy est tombé dans la chimie à un jeune âge. «J'ai commencé à m'intéresser à la chimie lorsque mes parents m'ont offert à Noël un jeu de chimie, raconte-t-il. Le Noël suivant, j'en ai demandé un plus gros.» Son deuxième jeu préféré fut le Lego, ce qui explique sans doute son goût prononcé pour l'architecture moléculaire.

Aujourd'hui professeur et chercheur au département de chimie à l'UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en chimie thérapeutique, René Roy a obtenu son doctorat en chimie à l'Université de Montréal. Dès cette époque, il s'intéresse à la chimie des sucres. «Évidemment, ce n'est pas le même sucre que celui qu'on met dans son café.» Les molécules sucrées jouent plusieurs rôles dans l'organisme humain. Elles servent à stocker l'énergie, mais elles participent aussi à la reconnaissance cellulaire. C'est ce dernier aspect sur lequel travaille René Roy.

Immunologie

René Roy fait ses premiers pas professionnels en tant que chercheur associé au sein du Conseil national de recherches du Canada. «On m'offrait trois avenues: l'électrochimie, la manipulation de l'ADN et l'immunochimie. Comme la médecine était mon deuxième choix après la chimie, j'ai choisi l'immunochimie. De cette façon, je pouvais combiner ma passion de la chimie et mon désir de travailler de façon pratique dans le domaine de la santé.» Cette première collaboration le mène à participer à la mise en place d'un vaccin contre la méningite, vaccin qui sera breveté et ensuite homologué par Santé Canada.

En 1985, il entreprend une carrière de professeur et de chercheur au Département de chimie de l'Université d'Ottawa, où il poursuit ses travaux sur la chimie des sucres à des fins thérapeutiques. C'est lors de son séjour à l'Université d'Ottawa qu'il élabore avec un collègue cubain un autre vaccin, celui-ci contre la bactérie Haemophilus influenza, responsable de la pneumonie chez les enfants dans les pays en développement.

«Comme il n'y avait pas de vaccin disponible à Cuba, les autorités cubaines ont décidé d'en créer un. Avec mes collègues cubains, on a mis au point un vaccin synthétique qu'on a élaboré en éprouvette.» Ce vaccin est composé d'une molécule sucrée et greffée à une protéine. «Le sucre génère des anticorps contre la bactérie et la protéine stimule le système immunitaire de l'enfant.» Le vaccin est breveté et distribué dans certains pays en développement.

Glycodendrimères

Les plus récents travaux de René Roy portent sur les glycodendrimères. Ce sont des molécules sucrées dont la structure est qualifiée d'arborescente. Bien que complexes, ces molécules sont extrêmement petites, de l'ordre de 1 à 10 nanomètres. On peut dire qu'elles sont quasiment assemblées atome par atome. «On joue avec des fragments d'acides aminés pour construire ces molécules. C'est un peu comme un jeu de Lego, puisqu'on les assemble brique par brique.»

Le principe sous-tendant ces glycodendrimères est au fond assez simple. «C'est le principe: "L'union fait la force". On multiplie les mêmes fragments en périphérie et la force des glycodendrimères est la synergie entre tous les fragments qui travaillent ensemble.»

Les glycodendrimères ont de multiples applications, dont une prophylactique, pour ce qui est des bactéries résistantes aux antibiotiques. «On peut donc créer une molécule qui agit comme un leurre et qui est plus attrayante pour la bactérie que la cellule humaine.» La bactérie se fixe alors au leurre et perd sa capacité d'infecter la cellule. «Ces molécules pourraient aussi être d'un grand secours pour les personnes atteintes de fibrose kystique.»

René Roy travaille aujourd'hui sur plusieurs projets, dont un portant sur un vaccin contre le cancer du sein. Il vient de mettre en place le regroupement PharmaQAM afin de favoriser la recherche biomédicale. Il considère que la chimie des sucres n'a pas fini de donner des résultats. «Il existe des solutions sucrées à de nombreux problèmes thérapeutiques humains.»

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Collaborateur du Devoir

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Le prix Léo-Pariseau a été créé en 1944 en l'honneur de Léo Pariseau, radiologue et premier président de l'Acfas. Il souligne le travail d'une personne travaillant dans le domaine des sciences biologiques ou des sciences de la santé.

Il est parrainé par Merck Frosst.