La fusion des fonds scientifiques inquiète les chercheurs

Le vice-doyen à la recherche à l’Université de Montréal, Pierre Boyle, est venu au Devoir avec trois de ses collègues pour dénoncer le Fonds Recherche Québec, résultat de la fusion des trois fonds  distincts déjà existants.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le vice-doyen à la recherche à l’Université de Montréal, Pierre Boyle, est venu au Devoir avec trois de ses collègues pour dénoncer le Fonds Recherche Québec, résultat de la fusion des trois fonds  distincts déjà existants.

Les chercheurs québécois sont inquiets de cet empressement avec lequel le gouvernement du Québec s'apprête à fusionner les trois fonds qui ont si bien favorisé le développement de la recherche au Québec, et qui font même l'envie des autres provinces. Ils sont d'autant plus inquiets qu'ils n'ont pas été consultés et qu'aucune analyse sérieuse des avantages et des inconvénients d'une telle restructuration n'a été effectuée par le ministère.

Dans son dernier budget en mars dernier, le gouvernement du Québec annonçait sa volonté de réduire le nombre de sociétés et d'organismes gouvernementaux. Parmi les victimes figuraient le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) et le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) que l'on prévoyait de regrouper en une seule structure qui se dénommera le Fonds Recherche Québec.

Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac, a même lancé le 27 septembre dernier le processus de sélection pour recruter le «scientifique en chef» qui dirigera ce nouveau Fonds composé d'un seul conseil d'administration et de trois conseils sectoriels. Ne reste plus qu'à adopter une loi cet automne pour concrétiser cette fusion.

Bien que les chercheurs et les directions des trois fonds admettent que la création du Fonds Recherche Québec permettrait une meilleure harmonisation des services administratifs des trois fonds et une plus grande interdisciplinarité, ils croient toutefois que la formule retenue, qui supprimera les conseils d'administration de chacun des fonds, mettra en danger la spécificité de chaque fonds.

«La culture, les besoins et la façon de faire sont très différents d'un fonds à l'autre», a précisé la sociologue Andrée Demers, directrice intérimaire de l'Institut de recherche en santé publique de l'Université de Montréal, venue exprimer ses craintes au Devoir avec trois de ses collègues. Pierre Boyle, aujourd'hui vice-doyen à la recherche à l'Université de Montréal, a rappelé comment le conseil d'administration du FRSQ, grâce à sa bonne connaissance des besoins des chercheurs en milieu hospitalier, a su accroître le nombre de chercheurs-cliniciens en mettant sur pied un programme de bourses attractif pour les médecins.

Yves Joanette, président du FRSQ, a également souligné que la façon de faire du FRSQ a permis au Québec d'aller chercher en subventions fédérales une part supérieure à son poids démographique: soit «près de 30 % des subventions fédérales alors qu'il représente 21 % de la population canadienne», a précisé Pierre Boyle.

Sans consultations

Tous déplorent que le gouvernement ait non seulement fait la sourde oreille à leurs recommandations écrites et orales, mais qu'il n'ait même pas pris la peine de procéder à des consultations auprès du milieu de la recherche et des universités, qu'il n'ait pas effectué d'évaluation rigoureuse des avantages et des inconvénients d'une telle fusion, qu'il n'ait pas même examiné les formules adoptées ailleurs dans le monde. À titre d'exemple, M. Boyle cite les Research Councils UK du Royaume-Uni et l'Alberta Innovates, deux organismes qui ont conservé les conseils d'administration de chacun des multiples fonds qu'ils chapeautent.

«Nous pensions que ces formules pouvaient remplir certains des objectifs poursuivis par le gouvernement, mais le ministère a réaffirmé qu'il s'en tiendrait à un seul organisme et un seul conseil d'administration» a affirmé au Devoir Jacques Babin, président-directeur général du FQRSC. «Ça nous inquiète que le gouvernement confie à un seul conseil le soin de faire le partage des ressources allant à chacun des fonds de recherche. De plus, il est clair que ce sera plus difficile de préserver les différences de chaque fonds.»

«L'abolition des trois conseils d'administration [de chacun des fonds] ne générera pourtant aucune économie puisqu'ils se composent de bénévoles», a fait remarquer Yves Joanette, tout en soulignant que les trois fonds québécois font l'envie du reste du Canada.
1 commentaire
  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 6 octobre 2010 14 h 41

    Titre erroné

    Le titre de cet article ne reflète pas la réalité. Est-ce la journaliste qui l'a choisi, ce qui pourrait expliquer cette méprise. Les trois fonds québécois ne sont pas des fonds scientifiques mais bien des organismes gouvernementaux de financement de la recherche. Au Canada, le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) et en France, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) sont des organismes scientifiques parce qu'il s'agit d'organismes de recherche où l'on retrouve des chercheurs payés par les gouvernements. Au Québec, rien de tel avec les trois fonds dont il est ici question.

    Par ailleurs, s'il est vrai comme le mentionne M. Yves Joanette que "l'abolition des trois conseils d'administration ne générera pourtant aucune économie puisqu'ils se composent de bénévoles", il en est tout autrement pour ce qu'il en est des ressources internes à chacun des Fonds. Est-ce que les professeurs-chercheurs préfèrent que les budgets attribués aux Fonds servent à payer trois directeurs de communications, etc. ou bien que ces budgets soient attribués aux boursiers et aux chercheurs ?

    Cette fusion peut très bien se faire en protégeant les enveloppes budgétaires des trois secteurs de recherche ainsi qu'en nommant au conseil d'administration des membres provenant de chacun des secteurs en proportion de ce qu'ils représentent dans les universités.

    En terminant, si "les trois fonds québécois font l'envie du reste du Canada", ce n'est certainement pas en raison de leur structure, mais bien de la qualité des chercheurs québécois qui continueront d'être excellents.