Les nouvelles méthodes de datation réécrivent la préhistoire

Les dessins réalisés avec du charbon de bois dans la grotte de Chauvet en Ardèche l’ont été il y a entre 30 000 et 32 000 ans, une période qui correspond au début du peuplement de la France par l’homme moderne.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) - DRAC Les dessins réalisés avec du charbon de bois dans la grotte de Chauvet en Ardèche l’ont été il y a entre 30 000 et 32 000 ans, une période qui correspond au début du peuplement de la France par l’homme moderne.

Les premiers peuplements d'Homo sapiens sapiens étaient beaucoup plus évolués qu'on l'avait imaginé. Les nouveaux instruments de datation nous forcent à revoir la chronologie des événements marquants de la préhistoire, souligne l'archéologue française Hélène Valladas, qui donnera ce soir une conférence au Cœur de sciences de l'UQAM.

Préhistoriens et archéologues ont recours aux mêmes méthodes de datation que jadis, mais les appareils de mesure sont aujourd'hui beaucoup plus sensibles et nécessitent des échantillons beaucoup plus petits, explique au bout du fil Mme Valladas, chercheuse au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement du Centre national de recherche scientifique (CNRS) et du Commissariat à l'énergie atomique.

La méthode du carbone 14 qui permet de dater tout ce qui contient du carbone, comme le bois carbonisé, les ossements et les coquillages, s'effectue maintenant à l'aide de la spectrographie de masse par accélérateur (SMA) qui compte directement le nombre d'atomes résiduels de carbone 14 dans l'échantillon. Cette technologie ne requiert qu'«un milligramme de carbone, alors qu'auparavant nous avions besoin d'un gramme pour effectuer une mesure. Il nous fallait quelquefois un kilogramme d'ossements pour obtenir à la fin le gramme nécessaire, précise Mme Valladas. La SMA nous a notamment permis de dater directement des peintures pariétales françaises [dans la grotte de Chauvet en Ardèche] qui avaient été réalisées avec du charbon de bois en prélevant quelques dizaines de milligrammes de pigments».

«En France, les préhistoriens avaient tenté de retracer l'évolution de l'art pariétal grâce à des études stylistiques. Et dans leur esprit, l'art préhistorique avait évolué d'une forme assez rudimentaire à quelque chose de très élaboré, comme à Lascaux [dont les peintures datent de 18 500 ans]. Mais on a découvert la grotte de Chauvet en Ardèche qui, par chance, contenait énormément de dessins réalisés avec du charbon de bois qu'on a pu dater. Or les datations ont révélé qu'ils avaient été réalisés il y a entre 30 000 et 32 000 ans, une période qui correspond au début du peuplement de la France par l'homme moderne [Homo sapiens sapiens]. Ces découvertes nous montrent que les premiers hommes modernes maîtrisaient les techniques picturales. [...] Elles font reculer dans le temps un comportement qu'on croyait beaucoup plus tardif.»

La technique de luminescence optique qui permet de dater les minéraux composant les couches archéologiques a aussi beaucoup progressé au cours des dernières années, ajoute Hélène Valladas. «Précédemment, il fallait prélever quelques grammes de sédiments pour effectuer une mesure. Maintenant, les instruments permettent de dater avec un seul grain. Nous pouvons ainsi multiplier les datations en analysant plusieurs grains, ce qui permet d'effectuer une étude plus détaillée du niveau géologique ou archéologique.» La puissance de la récente technique de thermoluminescence qui s'intéresse aux minéraux qui ont subi une chauffe dans leur vie archéologique, comme ceux composant les poteries ou les éclats de silex ayant chauffé alors que les hommes préhistoriques taillaient leurs pointes près d'un foyer, s'est également accrue.

Ces deux méthodes ont beaucoup «contribué à nous éclairer sur le comportement des premiers hommes modernes. Un temps, on pensait que les comportements modernes [comme le façonnage d'outils en pierre et en os très évolués] étaient apparus avec les premiers hommes modernes du Paléolithique supérieur européen», rappelle Mme Valladas. Or, la datation de sédiments et de silex chauffés qui étaient associés à des fossiles d'hommes modernes découverts dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, et à Skhul, en Israël, a complètement modifié cette chronologie. «À Blombos, des datations ont montré que les niveaux qui avaient livré ces objets très évolués dataient de 70 000 à 80 000 ans. [Et à Skhul, en Israël, ils remontaient à 100 000 ans.] Ces découvertes nous révèlent que le comportement moderne n'est pas apparu vers 40 000 ans avec les premiers hommes modernes du Paléolithique supérieur européen, mais beaucoup plus tôt en Afrique et au Proche-Orient.»
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 22 septembre 2010 09 h 36

    Luminescence

    L'homme de Lascaux avait-il un, deux ou trois crayons?

  • ghislaine fortin - Inscrite 22 septembre 2010 12 h 09

    a datation

    Chose certaine, les scientifiques n'auront pas à se pencher pour étudier le carton....